La vie d'une communauté
NITSAVIM-VAYELEKH
(par le Rav Arie Levy)
Chaque année nous lisons la paracha Nitsavim (debout) dont les premiers mots sont « vous voici tous debout (présents) aujourd’hui... ». Or en général, chaque fois que les béné-Israël étaient rassemblés pour écouter les paroles de Moché, la forme du passé est employée (comme dans la paracha « Vayaq-hèl » Moché fit assembler...) Pourquoi ici la forme du présent est-elle employée, comme si c’est à nous aujourd’hui que l’on s’adresse ?
Le roi Salomon dit dans Qohélèt (l’Ecclésiaste I/9) : « ce qui a été c’est ce qui sera ; ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera ; il n’y a rien de nouveau sous le soleil » ; comme si les évènements de l’histoire étaient gravés sur un disque et qu’à chaque génération, l’histoire revient sur elle-même, avec quelques changements dans la forme, mais le fond reste le même.
L’actualité est là et elle nous interpelle à la réflexion : les hommes vont leur chemin de par le monde, et l’incroyable se déroule sous nos yeux lorsque la cruauté ne se pratique pas par des fauves de la jungle mais par des fauves d’allure humaine. Et si quelqu’un s’engageait à expliquer leurs crimes sur un enfant de trois ans qui sourit ou sur des dizaines d’enfants dans une école en prétextant qu’ils sont poursuivis ou humiliés, il lui sera demandé alors d’expliquer aussi les actes nazis perpétrés méthodiquement pendant des années sur des innocents sous la façade d’une guerre.
La paracha Nitsavim (être debout) jumelée avec Vayélèkh (aller) nous apporte cet enseignement sur la démarche des hommes : il peuvent être debout, pétrifiés devant un évènement tragique qui a lieu aujourd’hui, mais tout de suite après, ils iront vers leurs occupations, comme si rien ne s’était passé hier.
Comment faire partie de ceux qui peuvent être dignes du titre « d’homme » ? « Regarde, je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bien, la mort et le mal (v.15).. tu choisiras la vie (v.19) » Le don exceptionnellement précieux du libre arbitre n’a été donné qu’à l’homme, autrement dit si nous analysons nos tendances dans toutes les circonstances de la vie, aussi bien envers ceux qui nous sont le plus proches comme notre conjoint(e) et nos enfants, qu’envers autrui, nous avons la capacité de définir si nos actes et nos pensées tendent vers le bien ou vers le mal. Il y a quelques années, j’ai organisé une rencontre entre deux hommes d’affaires qui désiraient s’associer pour monter une très grosse affaire. Après maints pourparlers, l’un d’eux qui est un ami m’a invité à les accompagner, son avocat et lui-même, afin de signer un contrat chez l’avocat de son futur associé. Ce dernier était accompagné de sa femme, qui devait signer aussi certains papiers, et à un moment donné des pourparlers entre les deux avocats, il fit signe à sa femme de l’accompagner hors du bureau. Puis mon ami fit une pause aussi, s’absenta quelques minutes et revint en nous disant : venez, nous partons, je ne signe pas. Nous étions abasourdis, et lorsque nous fumes près de sa voiture, son avocat lui demanda ce qui se passait. Ecoutez, nous dit-il, je suis allé à la cuisine pour me servir à boire et malgré moi bien sûr, j’ai entendu la façon dont cet homme s’adressait à sa femme, je ne m’associerai pas avec un tel homme. Mais quel rapport avec les affaires lui dis-je, et il me répondit : un homme qui est capable de s’adresser à sa femme avec une telle agressivité et sur un ton menaçant renferme en lui un mal qu’il ne maîtrise pas ; je ne suis pas intéressé de m’associer avec le mal.
De cet exemple se dégage un élément important : choisir la vie c’est-à-dire le bien, doit trouver son expression à tous les instants et dans tous nos rapports avec autrui, et aimer la vie peut se traduire par aimer tout simplement, c’est-à-dire n’aspirer qu’à donner à l’autre, ce qui revient à dire, à ne voir que le côté positif chez l’autre. Combien de gens sont en vie mais ne vivent pas, n’appréhendant que le côté négatif d’autrui. Nos sages nous enseignent qu’on reproche aux autres nos propres défauts. « Quel est l’homme qui aspire à la vie ? » c’est celui qui « aime les jours pour n’y voir que le bien (Téhilim psaume 34)» c’est celui qui n’aspirera qu’à être le miroir dans lequel l’autre verra se refléter ses qualités, et nous en avons tous, et peut-être pouvons-nous ainsi construire une société de paix et d’amour où celui qui donne recevra en retour ce qu’il y a de meilleur en l’autre.