A propos de l'engagement communautaire
Notre paracha traite de la construction du temple portatif du désert, le mishkan, construit grâce aux dons des enfants d'Israël : or, argent, cuivre, tentures, bois, etc. Ce temple
allait devenir le lieu par excellence de la ferveur religieuse qui allait s'exprimer par le korban, "sacrifice". Pourtant ce temple ne durera pas, ni le premier temple, ni le
second. Après la destruction des temples, les rabbins ont sauvé le judaïsme en créant le beth haknésseth, la synagogue, et en remplaçant le sacrifice par la
prière.
Ci-dessous un texte de la Mishna (traité Bérakhoth) qui nous allons actualiser :
"Rabban Gamliel enseigne l'homme est tenu de prier le shmoné essré tous les jours. Rabbi Yéoshoua enseigne : un résumé du shmoné essré
(suffit). Rabbi Aquiba enseigne : si la prière est habituelle dans sa bouche, il récitera le shmoné essré, si la prière n'est pas habituelle dans sa bouche, il récitera un
résumé."
Texte halakhique, technique pour spécialiste de la prière, pour croyant engagé dans l'expérience religieuse. Mais un texte du Talmudique en dit plus
que ce qu'il dit, on peut en tout cas le faire déborder de son cadre normatif.
Ici
trois grands maîtres de l'époque de la Mishna. Trois opinions (c'est bien connu, dans le judaïsme il existe autant d'avis que de rabbins). Le point de débat : la shmoné essré (la âmida) cette
prière récitée debout à voix basse et qui remplace le sacrifice obligatoire. L'être juif ne se contente de revendiquer son identité, elle s'affirme à l'aune d'un engagement. Prier, assumer
un face-à-face avec Dieu, à la synagogue, dans son foyer.
Pour Rabban Gamliel, le président du tribunal rabbinique, l'exigence est totale,
il faut assumer la prière instituée par Ezra, au retour de l'exil de Babylone. La totalité de l'être juif se conjugue ici avec la totalité de la prière.
Rabbi Yéoshoua est souvent en opposition avec Rabban Gamliel. Pour le
deuxième maître, l'exigence n'est pas dans la totalité de la prière ; même un résumé, un concentré de prière, un reader digest est suffisant. Si je ne viens pas à la synagogue à l'ouverture,
même si je pars avant la fin, j'ai affirmé ma présence, ma solidarité avec les juifs d'aujourd'hui, et ceux d'hier. On n'est pas moins juif si on en fait moins, l'important c'est de faire, c'est
d'affirmer un engagement.
Rabbi Aquiba, le grand Aquiba, reconnu de son vivant comme le plus grand de sa
génération, Rabbi Aquiba comparé à un nouveau Moïse va trancher par "ça dépend". Pas une réponse à la Normande, mais une réponse à la mesure de chacun. Il y a celui qui prie tous les jours,
qui ressemble à Obélix, qui est tombé dans le judaïsme quand il était tout petit. Pour lui, bien sûr, l'exigence est totale, mais celui qui bégaye, qui bafouille son judaïsme, le "simple" du soir
de Pessah, voire "celui qui ne sait pas poser de question", pour lui il faut une autre modalité normative : un résumé de prière, un judaïsme de base, un judaïsme en
10 leçons.
La halakha (la conclusion rituelle) est comme Rabbi Aquiba. Car la communauté c'est cela : un ensemble de juifs à différents niveaux d'engagement, à
différents niveaux de savoir. L'important est de sentir qu'il s'agit bien de sa famille.
Ce Shabbat est dédié à la mémoire de
Notre regretté
Aaron, Aaroni BENSOUSSAN
אהרן
Que son âme veille sur toute la famille
et sur toute la communauté