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La Sidra de la semaine : Béchala'h

Action de Dieu, responsabilité de l'Homme

La paracha / sidra Béchalah présente deux moments clefs de la sortie d'Egypte qui marque la naissance du peuple d'Israël : La traversée de la mer Rouge et le commencement de la traversée du désert.

Ces deux aspects sont si bien distingués ici que le nombre de versets qui constituent la première partie est équivalent au nombre de versets de la seconde partie, soit  58 versets. Ce découpage précis ne peut laisser le lecteur ou la lectrice indifférent. Parmi les soixante-dix visages qui s'offrent en autant de lectures possibles, nous retiendrons une idée majeure de la pensée juive.

 

Quand Dieu agit pour l'homme :

La première partie de notre paracha tourne autour de ce grand miracle que constitue la traversée de la mer Rouge (ou mer du Jonc). Pour la majorité des commentateurs et des exégètes, ce miracle fut bien supérieur aux dix plaies d'Egypte réunies. On se souviendra par exemple de la discussion mentionnée dans la Haggadah de Pessah dans laquelle les maîtres, chacun selon son herméneutique, démontrent que l'intervention divine au bord de la mer fut de loin plus manifeste que Son intervention en Egypte.

Cette manifestation du Transcendant dans l'immanence du monde sera-t-elle, qu'elle dispensera pratiquement les Hébreux de combattre. « L'Eternel combattra pour vous, et vous taisez-vous ». Israël reçoit un seul ordre : « Parle aux enfants d'Israël et qu'ils avancent ». Tais-toi et marche ! dirait, en quelque sorte, Moïse. 

Dieu, tel un père protecteur, tel un aigle majestueux, tel un chef d'armée prend en charge ces esclaves affranchis. Dans un langage théologique, nous nous trouvons ici dans un temps de grâce. Or cette grâce totale ne dure qu'un temps.

 

Quand la Nature reprend ses droits :

Que se passe-t-il après ce moment de grâce « extra-ordinaire », ce moment « sur-naturel » ? La Nature reprend ses droits.

Le peuple arrive près d'une source d'eau amère, ce qui entraînera les premières récriminations de l'impatience. Ainsi, Dieu n'aplanit-Il pas immédiatement les difficultés. Il semble vouloir préparer le peuple à un monde normal, « un monde qui suit son cours », le monde du « septième jour » offert en lieu de réalisation de l'humanité de l'Homme.

L'évènement le plus marquant de ce retour à la norme naturelle nous est présenté à la fin de notre paracha, lorsque le peuple d'Amalek attaque, lâchement, Israël. Amalek attaque par derrière, à l’image de pharaon avec son armée. Mais dans ce cas de figure, aucun miracle, le ciel reste silencieux, point de séisme, point de tremblement de terre ; Dieu se trouverait sans doute dans « la voix d'un doux silence ».

Dans l'urgence de la situation, Moïse demande à Josué de mener le combat, tandis que le prophète se tiendra sur la colline, les bras tendus vers les Cieux. Afin d"éviter d'y voir une quelconque attitude magique, nos maîtres expliquent que les mains de Moïse ne faisaient pas la guerre, mais elles renforçaient la foi des Hébreux.

 

De la grâce au mérite :

La leçon est importante : le judaïsme s'est toujours refusé à attendre les miracles du Ciel. Ni les patriarches, ni Moïse, ni les rabbins après eux ne prônèrent une fuite du monde au profit d'un attentisme salutaire. La émouna elle-même n'est pas comprise comme un mouvement de Dieu vers l'homme, mais bien de l'homme vers Dieu.

Dieu construit le monde en « six jours », le septième jour est béni. Ce septième jour représente notre temps d’histoire, celui de notre responsabilité ici-bas.

Sortir d’Egypte signifie prendre en charge le projet de Dieu, …grâce à Dieu !Shabbat Shalom


Philippe Haddad

      
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