La vie d'une communauté
La Mezouza
Grand-Rabbin Michel Gugenheim
Le contenu
La Mezouza est constituée de deux extraits du Deutéronome (VI,4-9 ; XI,13-21) écrits sur un parchemin qui font aussi partie intégrante d’une prière récitée bi-quotidiennement : le Chema’. Ces quelques versets renferment l’essentiel de la foi juive : proclamation du monothéisme et de l’amour de D.ieu, affirmation de l’importance de l’étude et de l’enseignement à ses enfants de la Torah, engagement formel de se soumettre aux commandements divins, et de traduire ainsi les sentiments de la crainte et de l’amour de D.ieu par des actes concrets, par l’observance scrupuleuse des mitsvots (N.D.L.R. : les commandements. Singulier : Mitsva.) dans leur totalité et leur intégrité.
Signification
Ainsi, apparaît clairement la signification première de la Mezouza : à travers elle, chaque juif proclame et affiche publiquement quel est son mot d’ordre, son grand projet, son programme pour la vie. Telles des armoiries gravées à l’entrée d’un palais, elle annonce à tout venant la caractéristique de la maison : un lieu où D.ieu est sans cesse présent, où tout se qui se déroule est orienté vers Lui, s’intègre dans une conception religieuse - un " Miqdach Mé’at ", selon l’expression biblique : un sanctuaire en miniature (Ezéchiel 11/6).
Un emplacement important
De plus, de par sa situation " stratégique ", la Mezouza est dotée d’une force considérable d’évocation et de rappel à l’ordre. Comme le souligne Maïmonide, " chaque fois qu’il entre et qu’il sort, [le juif] rencontre l’Unité du Nom du Saint Béni Soit-Il, il évoque son amour pour lui et il se réveille de sa torpeur et de son engouement pour les vanités temporelles. Il réalise alors que rien ne dure éternellement sinon la connaissance du " Rocher éternel ". Aussitôt, il se ressaisit et marche dans le droit chemin " (Hilkhot Mezouza VI, 13).
Un gage
Cette mitswa exceptionnelle appelle une rétribution exceptionnelle : fait unique en son genre, le Choul’hane ‘Aroukh dans un chapitre (Yoré Déa, 285) intitulé " la récompense de la mitswa de la Mezouza " stipule : " quiconque l’observe scrupuleusement, verra ses jours et ceux de ses enfants prolongés, dans le cas contraire, ils seront abrégés ". C’est dans cet esprit aussi que s’est répandue la coutume d’écrire au verso de la Mezouza le mot Chaddaï, un des noms de D.ieu, qui représente aussi le sigle du titre : " Chomer Daltot Israël " - Gardien des Portes d’Israël. Cependant, s’il est indéniable que la Mezouza constitue un gage de sécurité pour le foyer, ce n’est pas le désir de cette protection qui anime et guide l’observant : c’est la conscience de la valeur et de la signification de cette mitswa qui permet, mieux que tout autre, de manifester son attachement indéfectible à D.ieu.
Attention...
Soulignons, pour conclure, qu’il serait totalement erroné de voir en la Mezouza une sorte de talisman, doué de vertus magiques. Ainsi que l’exprime le texte du Choul’hane ‘Aroukh précédemment cité, les bénédictions qui découlent de la Mezouza ne sont que la réponse divine à l’accomplissement méritoire de la mitsva dont elle est l’objet.