La vie d'une communauté
Par David MESSAS, Grand Rabbin de Paris
Nous avons un Devoir de Solidarité envers Israël.
Nous l’exprimons tous les jours par nos discours, nos engagements, nos actions quotidiennes, nos interventions publiques. Autan d’actions qui expriment notre détermination et notre conviction que
nous avons besoin d’Israël.
Ce « besoin » n’est pas uniquement matériel ou politique. Il n’exprime pas uniquement un attachement, nourri par notre mémoire, ou par un besoin de refuge pour notre peuple. Nous avons besoin
d’Israël, parce qu’Israël est le point de convergence de toutes les formes de la vitalité juive. C’est d’Israël que jaillit la lumière de la Thora, de la parole de D.ieu. Ce besoin d’Israël
constitue la démarche vers la réalisation de la plénitude spirituelle - individuelle et collective - du peuple juif. Il constitue un des fondements de l’unité du peuple juif, d’hier,
d’aujourd’hui et de demain.
Parler de l’Exil, de la Galout, ou de la Diaspora, c’est exprimer l’inconscient collectif du peuple juif qui a toujours vécu dans la précarité. Le concept d’Exil exprime la révélation d’une
attente messianique, l’insatisfaction du présent, qui est le prélude d’un idéal de stabilité, se réalisant à travers l’investissement dans l’étude et la pratique des enseignements de la Thora, en
Eretz Israël. Etre en Exil, c’est attendre le Retour, la Téchouva, le retour aux origines. Les prémices de ce retour, frémissantes encore, sont le signe que l’Universel se réalise - à
travers les tensions et les malentendus - en Israël, dont la vocation est à la fois particulière et universelle.
Ce besoin d’Israël, qui est peut être quelquefois en sommeil, en état de veille, crée une unité organique du peuple juif. C’est pourquoi, naturellement, nous sommes solidaires d’Israël, c’est une
évidence.
Notre solidarité s’exprime en défendant la juste cause d’Israël, qui est aujourd’hui injustement souvent bafouée vilipendée, injuriée et même contestée dans son existence, à la fois territoriale,
politique et spirituelle. Ce combat est difficile. Nous assistons à un renversement tragique des valeurs. Israël défend sa survie et son existence contre un terrorisme aveugle, inhumain et
sanglant. Il est malheureusement souvent rejeté par une désinformation malveillante. Les médias et les nations ont une responsabilité immense ; les uns, pour une information tendancieuse, les
autres pour leur politique souvent injuste. Ils permettent au monstre de l’antisémitisme de se réveiller.
Notre solidarité avec Israël doit s’exprimer aussi en consommant les produits israéliens, en allant en Israël, en y passant nos vacances, afin de manifester notre soutien, par notre présence
physique. Nous devons également aider Israël financièrement par notre participation à l’Appel, en aidant les associations qui oeuvrent en Israël pour Tsahal, ainsi que pour les personnes vivant
dans la précarité. Enfin, notre aide doit être spirituelle, en priant et en étudiant la Torah dans nos synagogues pour la paix en Israël et dans le monde.
Le terme « solidarité », n’est pas adéquat pour exprimer notre relation avec Israël. Cette relation est une relation d’exception, de destin, de vie, de vocation, de sensibilité et d’identité. Les
juifs dans le monde constituent un ensemble d’éléments organiques, formant un seul « corps », dont les membres différents et complémentaires, se soutiennent et s’irriguent de vie les uns aux
autres. Le terme solidarité implique le souci de l’autre, le souci de celui qui est nanti envers celui qui se trouve dans la dépendance et le besoin. La solidarité incite à la générosité, au don
gratuit, à une disponibilité morale, perçue comme une plus-value par rapport à l’exigence légale.
Concernant notre relation avec Israël, il est plus juste de parler de responsabilité. Nous aurons à répondre devant notre conscience, devant D.ieu, devant l’Histoire, de notre éventuel
relâchement ou de notre négligence à l’égard d’Israël, à l’égard des familles qui souffrent de la perte d’un mari ou d’un enfant. Notre maître mot n’est pas : Soyons solidaires, mais : Avons-nous
assumé notre responsabilité ? Avons-nous accompli notre devoir ?
Ce partage des responsabilités est exprimé avec force par Moïse au moment où les enfants d’Israël étaient sur le point d’entrer en Terre promise. Les tribus de Gad et de Reuben s’approchèrent
alors de Moïse et exprimèrent leur désir de pouvoir rester en TransJordanie. Ils demandèrent à Moïse : « Ne nous fait pas passer le Jourdain ». Ils employèrent un langage poli et plein d’humilité
: « Si nous avons trouvé grâce à tes yeux, que ce pays soit donné à tes serviteurs ». Dans sa réponse cinglante, Moïse les met brutalement et dramatiquement face à leurs responsabilités : « Vos
frères iraient au combat et vous vous demeurerez ici ? » L’exigence de Moïse va au delà de la simple solidarité. Elle rappelle cette injonction du Talmud : « A-t-on fait tout ce que l’on pouvait
faire ? ».
Pinchas H. Pelli, relate, dans son ouvrage « La Tora, aujourd’hui » que « lors d’une discussion qui eut lieu à la conférence du comité exécutif du mouvement sioniste à Jérusalem, pendant les
jours difficiles de la guerre d’indépendance en 1948, le doyen des leaders juifs américains, le rabbin Israël Goldstein, déclara que les juifs des états unis, et les juifs d’Israël, étaient
associés dans la lutte acharnée pour l’établissement et le développement de l’état juif. L’association, dit Goldstein, peut être définie par le mot hébreu damim, signifiant à la fois, sang et
argent. Nous, juifs de la diaspora, apportons nos damim (notre argent). Vous, israéliens, donnez vos damim (votre sang). A ce moment là, le rabbin Meïr Bar Ilan, le leader du Mouvement Sioniste
Religieux, se leva et dit : « C‘est vrai, dit-il, nous avons le terme de « damim » en commun, mais quand un juif israélien donne son sang pour son peuple, il le donne jusqu’à sa dernière goutte.
Est-ce que le juif de la diaspora donne jusqu’à son dernier centime ? »
Ainsi, L’Ethique de Responsabilité, nous rend pleinement comptable de la gestion de nos rapports avec les autres. Il s’agit d’un niveau d’intervention et d’action qui nous engage à partager et
pas uniquement à soutenir.