La vie d'une communauté
En méditant la paracha
Vayé’hi Par Philippe Haddad
Et Jacob vécut en Egypte dix-sept ans.
Genèse / Béréshith XLVII, 27
La paracha de la semaine nous présente les dernières années de vie de notre patriarche Jacob, auprès de ses enfants, en Egypte. En particulier elle décrit quelques moments de dialogue entre le vieux père et son fils bien aimé Joseph, qu’il croyait mort.
Le Midrash va amplifier ce lien entre le père et le fils, en mettant en exergue le parallélisme entre leurs deux vies pleines d’épreuves.
Jacob bénit les fils de Joseph.
Jan Victors (Amsterdam, 1620 – 1677)
Les dix-ans années en Egypte :
La paracha commence par le verset que nous avons cité en exergue. Ceux qui sont familiarisés avec les textes bibliques feront sans doute un lien avec un autre passage où il est mentionné dix-sept ans :
« Voici les engendrements de Jacob : Joseph âgé de dix-sept ans, était berger avec ses frères. »
Genèse / Béréshith XXXVII, 2.
Ainsi Joseph avait-il dix-sept ans lorsqu’il quitta son père pour aller constater la « paix de ses frères, à Sichem », une mission qui ne connut pas de retour.
A travers ce chiffre « dix-sept » un clin d’œil est fait au lecteur pour montrer que l’existence de Joseph ressembla par beaucoup de points à celle de Jacob (haine des frères, exil, diffamation, lutte, etc.) Ce parallélisme est souligné par plusieurs midrashim.
Josephs vécut dix-sept ans à l’ombre de son père, en Canaan, et Jacob vécut dix-sept ans à l’ombre de son fils, en Egypte. Joseph put alors accomplir la mitsva du respect filial, ce qu’il ne put accomplir pendant plus de vingt ans.
C’est ce que dit le Midrash Hagadol[2] :
« Vis-à-vis des dix-sept ans où Joseph vécut chez son père, ainsi fut le temps où Jacob demeura à l’ombre de son fils, tel est le sens du verset : Voici les engendrements de Jacob : Joseph. »
Selon sa méthodologie propre, le Midrash ne respecte pas le sens littéral, et coupe le verset après le quatrième mot pour mieux poser ce lien entre le père et le fils.
Une espérance à la fin :
Ce que nous pouvons retenir en conclusion de cette courte analyse est la leçon suivante : Bien que les vies de Jacob et Joseph furent perturbées par la haine des frères (Esaü, les fils de Léa en particulier), il y eut des retrouvailles de paix. Esaü et Jacob se retrouvèrent et s’embrassèrent, Joseph et ses frères s’étreignirent. Jacob retrouva ses parents, Isaac et Rébecca ; Joseph retrouva son père[3].
C’est sur cette paix, tant attendue par Jacob, que se termine le livre de la Genèse / Béréshit.
L’histoire du peuple d’Israël peut se poursuivre, dans l’espérance.
P.H
Le Chabbat Vayé’hi du 14 Teveth
Est dédié à la mémoire de
Notre Ami
André MESGUISH
[1] Selon un enseignement du professeur Y. Leibowitz.
[2] Midrash écrit au Yémen vers le huitième siècle.
[3] Rachel était morte en mettant au monde Benjamin.