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21 novembre 2012 3 21 /11 /novembre /2012 08:37

Lors de la manifestation de solidarité avec l’Etat d’Israël

Le 20 novembre 2012 à Paris

entretien1Comme beaucoup de juifs Français, nous avons de la famille et des amis en Israël, certains dans le Sud qui vivent depuis des années au rythme des tirs et des sirènes, la plupart qui, dans le Néguev, dans la région de Tel Aviv, et même à Jérusalem, ont découvert ou redécouvert le chemin des abris, le temps glacé de l’attente et le bruit proche ou lointain des explosions lorsque les sirènes retentissent sur ces villes, désormais sous les tirs de missiles.

Comme beaucoup de Français juifs, nous avons téléphoné à nos familles et nos amis en Israël. Ils sont, tous, profondément choqués. Ils sont tous profondément unis. Certains sont d’ailleurs ahuris à l’idée que les missiles aveugles tirés sur Jérusalem auraient aussi pu frapper la mosquée Al Aqsa, le Saint-Sépulcre, le mur des lamentations ou les quartiers arabes de la ville.

A nos familles, à nos amis, aux Français juifs et à l’ensemble de nos concitoyens, je veux dire, au nom de la communauté juive de France unie, notre profonde et totale solidarité avec l’Etat d’Israël en ces temps d’épreuves et de douleurs.

Je veux dire aussi ma sympathie à toutes les victimes de ce nouveau conflit, victimes israéliennes et aussi civiles palestiniennes, même si je ne suis pas naïf, même si je sais pertinemment que certaines des personnes mortes depuis une semaine m’auraient abattu sans hésiter, avec froideur ou délice, si elles en avaient eu l’opportunité, conformément à la charte du Hamas qui demande le meurtre de tous les Juifs.

Le rabbin que je suis n’est pas un stratège et, encore moins, un militaire. Comme beaucoup d’Israéliens et de Palestiniens, comme beaucoup de Juifs et d’Arabes, j’aspire à la paix et à la coexistence harmonieuse des peuples et des religions. Mais je n’aspire pas à une trêve dont Israël redoute qu’elle soit utilisée par le Hamas pour refaire son arsenal et perpétuer le cycle des violences.

Nous avons la chance de vivre dans un pays magnifique, la France, où la parole est libre, où le débat est une tradition, et où l’échange des points de vue trace le chemin vers la compréhension mutuelle.

Dans notre pays, j’appelle tous ceux qui souhaitent exprimer leurs convictions et leurs sympathies concernant ce conflit distant de plus de 3.000 km, à le faire dans le respect des Lois de la République, et en ayant le souci de l’autre. Si les événements en Israël et à Gaza sont évoqués dans les synagogues ou dans les mosquées, je souhaite que cela soit fait dans cet esprit, sans agressivité, ni transposition en France et, surtout, avec une pensée pour les populations civiles, qui souffrent de part et d’autre. J’adresse cette consigne à l’ensemble des rabbins de France et invite les autorités musulmanes à faire publiquement de même auprès de tous les imams de France.

Nous devons donner l’exemple en France de la coexistence, dissuader tous ceux qui pourraient être tentés par la haine et faire rempart contre les violences physiques et verbales qui ciblent le Juif parce que juif ou soutien d’Israël, et aussi l’Arabe parce qu’arabe. Notre combat commun, ici en France, est le combat contre la haine, contre la bêtise, contre le racisme et contre l’antisémitisme.

Solidarité avec l’Etat d’Israël et appel à ne pas importer en France les violences du Proche-Orient.

Tel est le sens de notre participation à la manifestation de ce jour.

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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 10:32

Par le Grand Rabbin Moshe M. Levy

RDV - HanouccaSi un non-juif passe devant une maison juive et voit par la fenêtre les lumières de Hanoucca, alors que la maison est illuminée, il se posera sûrement la question sur l'importance et la raison de ces petites flammes.
Tous ceux qui connaissent l'histoire juive savent (ou devraient savoir) la raison de cette fête : c'est l'histoire du roi grec de Syrie, Antiochus Epiphanes qui a occupé la Palestine (Judée) et, aidé par la complaisance de Juifs héllénisants, a voulu hélléniser la vie du peuple juif.

Pour la première fois dans l'histoire, le peuple d'Israël a dû se mesurer à une culture étrangère qui a voulu l'absorber, le réduire et l'assimiler. Ce n'est pas la première fois que le peuple juif a dû affronter des ennemis beaucoup plus importants et plus puissants, mais la lutte n'a jamais eu un tel caractère.

800 ans avant l'ère commune, les armées de Chalmanassar sont entrées dans le territoire du Royaume de Chomron et ont déporté les dix tribus d'Israël qui le composaient. Comme la majeure partie du peuple juif en opposition au Royaume de Judée, était à moitié idôlatre, assimilée parmi les ennemis vainqueurs, il disparut facilement..

130 ans plus tard, les armées de Nabuchodonosor, roi de Babylone, occupèrent la Judée. Après des guerres particulièrement violentes entre les soldats d'Israël et les Babyloniens, Jérusalem fut détruite, le Beith Hamikdach du roi Salomon fut brûlé et le peuple déporté à Babylone. Là en exil, on leur a imposé la domination politique, mais les autorités babyloniennes ne sont pas intervenues dans le mode de vie religieuse des fils d'Israël.

Aux Babyloniens ont succédé les Perses. Cyrus, roi de Perse s'est montré très bon avec les Juifs. Il les a encouragés et leur accorda la liberté de retourner dans leur patrie, de la reconstruire et de rebâtir le Temple, de s'y organiser à leur manière, étant donné qu'ils n'avaient pas été contaminés par le paganisme.

Ce ne fut pas la même chose avec les Grecs de Syrie. Sûrs de la supériorité de leur haute culture, ils traitaient les autres peuples dominés de barbares et d'arriérés. Ils ont voulu imposer leur civilisation et leur religion. C'était une obligation d'adhérer à leur manière de vivre. Si une personne était contraire ou résistait à leur culture et à leur religion, elle était tuée.

Et c'est cette situation qui sévissait en Israël en l'an 165 avant l'ère commune. Les familles qui formaient l'élite de la population juive, les Saducéens hellénisants, n'avaient pas attendus d' y être forcés, ils trouvaient cette culture très séduisante. Ils soutinrent Antiochus Epiphane dans ses projets.

A son retour d'une guerre perdue en Egypte, Antiochus Epiphanes favorisé par cette situation et par les intrigues qui séparaient les Hassidim des héllénisants, entra un jour de shabbat dans le temple de Jérusalem, tua tous les Juifs fidèles à leur D. Il mit à sac tous les objets sacrés ainsi que trésor qui contenait les dons du peuple. Peu de jours après, il introduisit la statue de Zeus dans le Temple obligeant les Juifs à prendre part avec les prêtres païens, aux sacrifices qui étaient immolés en l'honneur de l'idole de Zeus.

Cette provocation a suffit, pour que le drapeau de la révolte soit hissé par Mathatias, de la famille des Hasmonéens, du Cohen Gadol, accompagné de ses 5 fils, avec le cri : " Mi l'Amonai elai " (Tous ceux qui sont pour D., me suivent). Dès ce moment, la guerre du Judaïsme contre le paganisme fut engagée.

Des combats terribles eurent lieu avec différentes armées dirrigées par différents généraux grecs, comme Nikanor et Gorgias. Grâce à l'appui de D., qui s'est dressé dans toute Sa miséricorde, la petite armée des Maccabés a soutenu différents combats. Ils arrivèrent avec .l'aide de D., à repousser l'ennemi de Jérusalem. Ils entrèrent dans le temple, le nettoyèrent de toutes les graisses des sacrifices faits en l'honneur de Zeus. Ils enlevèrent la statue de Zeus, pour la réduire en poussière. Ensuite, ils purifièrent le sanctuaire et allumèrent les lumières ainsi qu'il est écrit : " Veidlikou nerot behatzrot kodcheha ". Ainsi cet événement fut célébré avec une grande allégresse durant 8 jours et la fête de Hanoukka, consacrée.

Sans l'assistance divine, puisque c'est une petite armée que les Maccabés ont portée à la victoire du judaïsme sur le paganisme, on n'aurait plus parlé de la religion juive et du peuple d'Israël. Ainsi la première crise de l'assimilation fut annihilée par la victoire et la liberté des Maccabés.

C'est pour cela qu’à Hanoukka, on lit le Hallel : chant de joie et d'hommage à D. pour les merveilles qu' Il fait en faveur de Son peuple.

Il faut célébrer la fête de Hanoukka tous les ans. Les docteurs de la Loi ont dit : " Si toutes les fêtes sont supprimées un jour, la fête de Hanoukka continuera à être célébrée avec joie dans nos maisons et nos cœurs seront illuminés par ses lumières. " Les flammes de Hanoukka évoquent la valeur morale, les sentiments nobles et constants de l'âme juive.

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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 16:13

jacob esau

La paracha Toldoth (Engendrements) nous présente en son début la naissance des frères jumeaux, Esaü (Essav) et Jacob (Yaakov), fils d'Isaac (Yitshak) et de Rébecca (Rivka). Des faux-jumeaux à en croire le texte, puisque Esaü naît avec un système pileux développé (d'où son nom Essav, de assouy = « celui qui est fait ») alors que Jacob restera un homme à la pilosité réduite (« je suis un homme à la peau lisse »). Mais cette différente physiologique semble mineure par rapport à une autre différence plus signifiante pour la Torah, la différence dans leurs options de vie.

 

 

Fils de juste ou fils de méchant :

 

Isaac et Rébecca sont présentés comme des justes, Isaac est juste fils de juste (Abraham) et Rébecca, juste fille de méchant (Laban). L'idée est importante, elle signifie que si le second couple patriarcale est juste ce n'est pas par hérédité, mais par choix de la justesse du comportement en conformité à la volonté divine. La vertu ne s'hérite pas, elle se mérite.

 

Ce choix existentiel d'être juste se repose à la génération suivante entre Esaü et Jacob ; l'un comme l'autre sont fils de justes. Ils vivent dans un environnement propice à l'épanouissement spirituel, à l'intégration de l'éthique monothéiste. Pourtant le verset dit d'Esaü qu'il épousa des femmes cananéennes « ce qui fut amertume de souffle pour Isaac et Rébecca.» En d'autres termes, Isaac et Rébecca furent dépités par ce double mariage.

 

Trouver la femme :

 

La question du choix de l'épouse est récurrente dans les premiers récits de la Bible. On se souvient notamment qu'Abraham délègue son serviteur (que la tradition identifie à Eliézer, puisque le verset ne donne pas son nom) pour aller chercher une épouse pour son fils Isaac. On note l'insistance du patriarche pour trouver une épouse hors de Canaan car en Canaan les femmes s’adonnent à l'idolâtrie. Abraham connaissait bien les mœurs et coutumes de ses concitoyens cananéens, s'il avait trouvé une femme vertueuse pour Isaac, il lui aurait demandé d'être sa bru.

 

Plus tard, Juda aura le mérite de découvrir en Tamar une cananéenne vertueuse, comme Moïse rencontrera Tsipora la midianite au grand cœur. Mais Abraham ne connut pas une telle femme dans son environnement, et il envoya donc en Mésopotamie, son pays d'origine, Eliézer pour trouver une femme pour son fils.

 

Le serviteur savait très bien ce qu'il cherchait : une épouse digne de s'inscrire dans l'éthique abrahamique, aimant l'étranger et pratiquant l'hospitalité. Sa prière fut exaucée puisqu'il rencontra la belle Rébecca qui courut pour étancher la soif du serviteur et de ses compagnons de voyage, et même de ses chameaux.

 

Isaac et Rébecca s'étaient donc rencontrés, unis et aimés autour d'un projet commun : perpétuer le message d'Abraham. On peut alors comprendre leur déception en apprenant l'union d'Esaü avec deux femmes cananéennes qui allaient couper leur mari de ses racines hébraïques.

 

C'est sans doute ce fait, souvent passé sous silence, qui pourrait justifier le choix décisif de Rébecca de faire passer Jacob à la place d'Esaü pour la transmission de la bénédiction paternelle. Esaü avait au final choisi une autre voie que celle d'Abraham et d’Isaac.

 

Un jour les enfants grandissent, et ils opèrent leur propre choix : être juste ou non. Et là, seule la volonté individuelle peut trancher. Un texte talmudique rapporte qu'un ange est préposé à la semence d'un homme pour la conception. Il se nomme Laïla "Nuit". Il présente la semence devant Dieu et demande : « Quelle sera la nature de ce futur humain : grand ou petit, sage ou sot, riche ou pauvre ? Mais il ne demande sera-t-il juste ou injuste, car cela n'est pas décrété par le Ciel. Car tout est entre les mains du Ciel sauf la crainte du Ciel. »

Philippe HADDAD

 

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 09:08

Le nombre de place étant limité, dépéchez-vous de vous faire inscrire pour participer à cette soirée de solidarité...WIZO

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 15:29

Haye Sarah

 

  Il est écrit dans notre Paracha : "VeAvraham zaken ba bayamim"

Ce qui se traduit par : "Et Avraham était vieux, il vint dans les jours".

Le Midrach explique a ce sujet : "Certains hommes ont la vieillesse mais pas les jours, d'autres ont les jours mais pas la vieillesse. Mais ici, la vieillesse équivaut aux jours et les jours a la vieillesse."

L'explication simple de ce Midrach est qu'un homme peut paraitre vieux alors qu'il est encore jeune, alors qu'un autre peut paraitre jeune bien qu'il soit déjà âgé.

Mais si l'on doit expliquer ainsi notre verset, alors on ne comprend pas en quoi ceci est une éloge dans le cas d'Avraham.

Les qualités présentées ici sont bien marginales par rapport a la grandeur réelle d'Avraham, de qui il est dit qu'il est unique. Nos maitres disent à son propos qu'il a été le premier a éclairer le monde et ce n'est qu'a partir de lui que commence la période des deux millénaires de Torah. Nous ne pouvons donc pas nous arrêter à cette explication simple, mais nous comprenons bien que l'on peut trouver dans ce désert une explication beaucoup plus profonde.

Nos maitres expliquent ainsi: "vieux : c'est celui qui a acquis la sagesse"

"il vint dans les jours : c'est a dire qu'il a mis a profit chaque jour de sa vie".

Autrement dit, l'explication du mot "vieux" est lié au perfectionnement personnel de l'homme : il a acquis la sagesse, la connaissance.

Et "il vint dans les jours" signifie la part de l'action de l'homme dans le monde, comment il a occupé chaque jour de sa vie.

Ces deux qualités représentent en fait deux sujets distincts: L'étude de la Torah et l'application des mitsvot.

L'étude de la Torah met l'homme sur la voie de sa perfection personnelle : ceci lui procure un apport personnel, l'engage sur la voie de la sagesse, de la connaissance, du raffinement de son comportement et de sa personnalité. Mais tout ceci reste personnel.

L'application des mitsvot, des commandements divins, c'est l'action de l'homme sur le monde, car le but des commandements est de sanctifier le monde matériel.

La grandeur de Avraham était d'unir en lui-même la perfection dans ces deux domaines.

D'une part, la perfection personnelle, et d'autre part l'action sur le monde.

Ces deux sujets sont différents et parfois se contredisent même, car l'énergie mise dans l'un de ces domaines peut manquer a l'autre.

La grandeur de Avraham est qu'il a su atteindre la perfection dans l'un comme dans l'autre, les unir ensemble.

Nous comprenons maintenant ce que signifie que la période des deux millénaire de Torah a commence avec Avraham.

L'aspect nouveau qui fut dévoilé lors du don de la Torah est la possibilité d'unir "les cieux et a la terre", c'est à dire la sainteté divine avec notre monde matériel. C'est au mont Sinaï que fut crée le lien entre ces deux entités jusqu'alors incompatibles, et qu'il nous a été donné la force de les unir.

Avraham fut donc un précurseur en la matière, réalisant en cela une préparation au don de la Torah. Il fut le premier à unir, sous forme de complémentarités, ces deux entités que sont le spirituel et le matériel. Les tsadikim qui l'ont précédé n'ont réalisé que l'un ou que l'autre. Soit ils se sont occupés de leur perfectionnement personnel en négligeant leurs contemporains, soit ils ne se sont préoccupes que de l'influence qu'ils pouvaient avoir sur le monde en négligeant le travail qu'ils auraient pu effectuer sur eux-mêmes.

Le comportement d'Avraham indique a chacun de nous la voie a suivre.

Certains considèrent que leur unique rôle est d'agir sur le monde, d'autres pensent que l'essentiel est de se perfectionner soi-même, sans se préoccuper des autres.

Avraham nous a montré quel est le chemin qu'il convient de suivre : celui de l'unité, de la perfection dans les deux domaines. Les deux actions, se perfectionner soi-même et améliorer le monde, doivent être menées ensemble.

 

 

Nul n’est à même d’appréhender la dimension véritable de nos patriarches. En témoigne cet enseignement hautement révélateur : « Les patriarches constituent eux-mêmes le ‘ Char ’ [Merkava] du Saint Béni soit-Il ! » (Béréchit Rabba 84, 7).

 

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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 10:13

Ahmed ben Sarah - De retour de Ramallah

 

tombeau_du_rabbin_Rav_Enkaoua.jpgDans une synagogue à Jérusalem, l’office étant terminé, David se dirigea rapidement vers les premiers rangs pour dire «Chabbat Chalom » au rabbin et aux quelques personnes de sa connaissance, puis rebroussa chemin vers la sortie. Il fallait maintenant rentrer à la maison pour le Kiddouch.

Comme il s’apprêtait à sortir, mû par une impulsion soudaine, il se retourna pour regarder les fidèles qui sortaient un par un de la synagogue. Il regarda attentivement. N’y aurait-il pas quelqu’un d’isolé qu’il pourrait inviter ? « Tiens, qui est encore assis prés du mur latéral ? Je connais pratiquement tout le monde ici, et je n’ai pas l’impression de l’avoir déjà vu ».

David s’approcha du jeune inconnu et l’examina d’un œil expert.

Une salopette, un sac à dos, le teint mat, des cheveux bruns bouclés : un Sépharade sans doute, peut être un Marocain…

Il réfléchit encore un instant puis se dirigea vers le jeune garçon en lui tendant la main dans un geste de bienvenue : « Chabbat Chalom ! Je m’appelle David Einfild. Voulez-vous dîner chez moi ce soir ? »

Le visage soucieux du jeune garçon s’éclaira instantanément d’un grand sourire. « Oui, merci. Moi, c’est Moshi ». Il ramassa son sac à dos et ils sortirent ensemble de la synagogue.

 

Quelques minutes plus tard, ils étaient tous debout autour de la table de Chabbat de David. Alors que toute la famille entonnait « Chalom Aleikhem », David remarqua que son invité ne chantait pas. « Peut-être qu’il est timide, ou qu’il ne sait pas chanter » se dit-il. Le jeune garçon le gratifia d’un autre de ses grands sourires et tenta de suivre, sans grand succès, mais en essayant visiblement de faire de son mieux.

Le repas commença et l’invité se détendit un peu, mais il semblait toujours un peu nerveux et ne parlait pratiquement pas. David, s’en rendant compte, fit en sorte que la conversation s’en tienne à des généralités et se cantonna à des réflexions sur la Paracha de la semaine et à des propos à bâtons rompus sur l’actualité.

Après le poisson, David remarqua que son invité feuilletait le recueil de zmiroth (chants de Chabbat), comme s’il y cherchait quelque chose.

 

Il lui demanda en souriant : « Vous voulez chanter quelque chose ? Je peux vous aider si vous n’êtes pas sûr de l’air ».

Le visage de Moshi s’éclaira instantanément. « Oui, il y a un air que j’aimerais bien chanter, mais je ne le trouve pas là.

J’ai beaucoup aimé ce que nous avons chanté ce soir à la synagogue. C’était comment, déjà ? Quelque chose avec "Dodi"… »

David était sur le point de dire: « C’est qu’on ne le chante pas à table habituellement… », mais il se reprit rapidement et se dit « Après tout, si ça lui fait plaisir, quel mal y a-t-il ? ».

Il reprit à voix haute: « Vous voulez dire "Lekha Dodi" ? Attendez, je vais vous donner un Livre de Prières ».

Après avoir chanté Lekha Dodi, le jeune garçon redevint silencieux jusqu’après le potage, lorsque David lui demanda « Et maintenant que voulez-vous chanter ? »

L’invité eut l’air embarrassé, mais après avoir été encouragé, il dit fermement :

 « J’aimerais vraiment chanter encore Lekha Dodi ».

David ne fut pas surpris lorsque, ayant demandé à son invité, après le poulet, ce qu’il voulait chanter, le jeune garçon lui répondit: « Lekha Dodi, s’il vous plait ». David faillit s’exclamer : « Chantons un peu moins fort cette fois, les voisins vont croire que je suis cinglé », mais il se ravisa.

A la fin, David, n’en pouvant plus, suggéra gentiment, « Vous ne voulez pas chanter autre chose? »

Son invité rougit et baissa les yeux. « C’est que j’aime vraiment cette mélodie », murmura-t-il.

« Il y a quelque chose en elle… Je l’aime vraiment ». Ils avaient bien dû chanter huit ou neuf fois ‘La Mélodie’. David ne savait plus très bien… il avait perdu le compte.

 

Plus tard dans la soirée, lorsqu’ils purent parler tranquillement, David lui dit : « Nous n’avons pas eu beaucoup le temps de bavarder. D’où êtes-vous ? »

Le garçon eut l’air ennuyé, puis, tout en regardant le plancher, répondit doucement :

« De Ramallah ».

David sentit son cœur s’arrêter dans sa poitrine. Il n’était pas sûr d’avoir entendu le garçon dire « Ramallah », une grande ville arabe de Judée-Samarie.

Il se reprit rapidement et se dit qu’il avait dû dire « Ramleh », une ville israélienne. David dit: « Oh oui, j’ai un cousin là-bas.

Est-ce que vous connaissez Effie Golberg ? Il habite rue Herzl ».

Le jeune garçon secoua la tête et dit avec tristesse : « Il n’y a pas de Juif à Ramallah ».

David eut le souffle coupé. Il avait bien dit « Ramallah » !

Ses pensées se précipitaient. Est-ce qu’il venait de passer Chabbat avec un Arabe ?

Pas d’affolement ! Tu vas respirer à fond et essayer d’y voir plus clair.

Il secoua rapidement la tête et dit au garçon : « Je suis désolé, je m’y perds un peu. A propos, j’y pense maintenant, je ne vous ai même pas demandé votre nom de famille. Comment vous appelez-vous ? »

Le garçon eut un moment l’air terrifié, puis, se raidissant, il dit calmement: « Ahmed Ibn-Esh-Hussein ».

Moshi semblait encore plus terrifié maintenant. A l’évidence, il savait ce que David pensait. Il s’écria précipitamment : «Attendez ! Je suis juif ! J’essaye simplement de savoir où se trouve ma place ».

David restait sans voix. Que pouvait-il dire ?

Moshi hésita, puis rompit le silence. « Je suis né et j’ai grandi à Ramallah. On m’a appris à haïr mes "oppresseurs" juifs et à penser que les tuer était un acte héroïque. Mais j’ai toujours eu des doutes à ce sujet. On nous apprend que la Sunna, la tradition, dit que « Nul d’entre vous n’est un croyant s’il ne désire pas pour son frère ce qu’il désire pour lui-même ». J’ai réfléchi et je me suis demandé, est-ce que les Yahud (les Juifs) ne sont pas un peuple eux aussi ? N’ont-ils pas, comme nous, le droit de vivre ? Si nous devons être bons envers tout le monde, comment se fait-il que les Juifs soient tenus à l’écart ?

« J’ai posé ces questions à mon père et il m’a chassé de la maison. Comme ça, sans rien d’autre que les vêtements que j’avais sur le dos. Mais ma décision était prise : je voulais partir et vivre avec les Yahud jusqu’à ce que je me fasse une idée de ce qu’ils sont réellement ».

Moshi poursuivit :

« Je revins à la maison cette nuit-là pour rassembler mes affaires et les mettre dans mon sac à dos. Ma mère me surprit en pleins préparatifs. Elle me parut pâle et troublée, mais elle était calme et me parla gentiment. Je lui expliquai que je voulais aller vivre quelque temps avec les Juifs pour voir comment ils étaient réellement, et que, peut-être, j’envisagerais même de me convertir.

Elle devenait de plus en plus pâle en m’entendant, et je crus qu’elle était en colère, mais je me trompais. C’était autre chose qui lui faisait mal. Elle murmura : « Tu n’as pas besoin de te convertir. Tu es déjà juif ».

J’étais sous le choc. Ma tête se mit à tourner et pendant un moment, je fus incapable de parler. Puis je balbutiai « Qu’est-ce que tu veux dire ? »

« Dans le judaïsme, me dit-elle, la religion se transmet par la mère. Je suis juive, cela signifie que tu es juif ».

Je n’avais jamais eu l’idée que ma mère puisse être juive. Je suppose qu’elle voulait que personne ne le sache. Elle ne devait pas être très satisfaite de sa vie car elle murmura soudainement : « J’ai fait une erreur en épousant un Arabe. A travers toi, ma faute sera rachetée ».

Ma mère s’exprimait toujours comme ça, de manière un peu poétique. Elle s’éloigna et revint avec de vieux documents qu’elle me tendit : c’était mon bulletin de naissance et sa vieille carte d’identité israélienne, qui me permettraient de prouver que j’étais juif. Je les ai là, avec moi, mais je ne sais pas quoi en faire.

Ma mère avait encore en main un papier qu’elle hésitait à me donner. Elle finit par dire : « Tiens, autant que tu prennes ça aussi. C’est une vieille photo de mes grands-parents, qui a été prise alors qu’ils cherchaient la tombe d’un de nos ancêtres très vénéré. Ils sont allés dans le nord et ont trouvé la tombe, et c’est là que cette photo a été prise ».

 

David posa doucement sa main sur l’épaule de Moshi, qui leva les yeux, et on lisait dans son regard un mélange de crainte et d’espoir. David demanda: « Tu as la photo avec toi ? »

Le visage du garçon s’éclaira. « Oui, bien sûr ! Je l’ai toujours avec moi ».

Il chercha dans son sac à dos et en sortit une vieille enveloppe froissée.

David sortit avec précaution la photo de l’enveloppe, prit ses lunettes, et regarda attentivement. Ce qu’on voyait au premier abord, c’était une photo de groupe : une vieille famille Sépharade du début du siècle. Puis, il se concentra sur la tombe autour de laquelle se tenaient les personnages. Lorsqu’il parvint à lire l’inscription sur la pierre tombale, il faillit laisser tomber la photo. Il se frotta les yeux pour être sûr qu’il avait bien lu. Il n’y avait pas le moindre doute. La photo avait été prise dans le vieux cimetière de Safed, et la tombe était celle du grand kabbaliste et tsaddik Rabbi Shlomo Alkabetz, l’auteur de "Lekha Dodi".

David expliqua à Moshi, d’une voix tremblante d’excitation, qui était son ancêtre. « C’était l’ami du Ari zal, un grand Sage, un Juste, un mystique. Et tu vois, Moshi, c’est ton ancêtre qui a écrit cette mélodie que nous n’avons pas arrêté de chanter ce Chabbat : Lekha Dodi ».

Cette fois, c’était au tour de Moshi de rester sans voix. David se leva lentement, encore sous le choc de ce qui venait de se passer.

Il tendit une main tremblante et dit : « Bienvenue à la maison, Moshi ! Et maintenant, que dirais-tu de te choisir un nouveau nom ? »

 

Extrait de Monsey, Kiryat Sefer, and Beyond de Zev Roth (Targum Press, 2002).

L'histoire est véridique, seuls les noms ont été modifiés.

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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 09:42

vayera

Notre paracha débute par le dévoilement de D-ieu, vis a vis de Avraham, suite a sa brit milah (circoncision), par les mots suivants :

"Vayera elav Ha-chem ... vehou yochev peta'h haohel".

Ce qui signifie : "D-ieu se fit voir a lui ... et lui est assis a l'entrée de la tente."

Déjà avant que Avraham ne fasse la brit mila, il mérita plusieurs fois le dévoilement divin.

Cependant, le terme "D-ieu se fit voir a lui" sous-entend que jusqu'a présent il ne s'était pas fait voir.

Autrement dit, il bénéficia cette fois-ci d'un dévoilement bien supérieur aux dévoilements précédents, il eut accès a un niveau du divin qui transcendait largement ceux auxquels il avait déjà accédé.

Un point particulier de ce nouveau dévoilement est allusionné par les mots "et lui est assis a l'entrée de la tente". Dans la Paracha précédente, il est écrit en effet : "Et Avraham tomba sur sa face". Rachi explique a ce propos :

"De crainte de la présence Divine. Tant qu'il n'était pas circoncis, il n avait pas la capacité de se tenir face a la présence divine".

Par contre, suite a la brit milah, il devint capable de recevoir le dévoilement divin malgré qu'il soit assis.

C'est ainsi que le Midrach dit a ce sujet : "Maintenant qu'il s'est circoncis, il est assis et Je suis debout".

La différence entre ces deux dévoilements, celui face auquel l'on "tombe sur sa face", et celui face auquel l'on peut rester assis, est que le premier dévoilement est au dessus de la capacité de réception du corps. C'est pourquoi ce dernier s'affaiblit et n'assume plus ses fonctionnalités habituelles.

Dans le second cas, le corps est par contre capable de recevoir ce dévoilement, et peut donc se maintenir dans son existence habituelle.

C'est grâce a la brit milah que le corps d'Avraham s'est raffine et qu'il a ainsi pu supporter le dévoilement divin tout en restant assis.

 

Mais il y a parallèlement a cela une différence dans le dévoilement lui-même, et pas seulement dans la capacité de réception d'Avraham.

Le Or Ha'haim précise qu'il s'agissait ici d'un dévoilement total de la divinité, alors que les dévoilements précédents étaient partiels.

C'est également la brit milah qui permit a Avraham ce dévoilement d'un niveau supérieur. La brit milah provoque donc aussi bien un raffinement du corps lui-même (aspect matériel) lui permettant de supporter le dévoilement divin, que l'accès a un dévoilement d'un niveau supérieur (aspect spiritutuel).

Ceci est lie au fait qu'elle se démarque par rapport aux autres mitsvot dans ces deux domaines.

D'une part, alors que pour toutes les mitsvot de la Torah ont été conclues trois alliances, ce sont treize alliances qui ont été conclues pour la brit milah.

Et d'autre part, la brit milah est la seule mitsva qui pénètre dans le corps matériel même, ainsi qu'il est écrit : "Et ce sera mon alliance dans votre chair, comme alliance éternelle".

Cette capacité d'unir le niveau spirituel le plus élèvé avec la matérialité du corps est un héritage transmis a chaque juif. Au moment ou le bébé entre physiquement dans l'alliance d'Avraham, au même moment entre dans son âme spirituelle une partie même de D-ieu, d'un niveau infiniment élevé, réellement.

Et par cela il nous est donne la possibilité de connaitre D-ieu, au point que cette connaissance peut et doit s'intérioriser même dans notre vie matérielle.

Nous devons simplement aspirer à voir ce dévoilement, non seulement d'un sentiment intérieur à l'âme, mais bien matériellement.

Cette aspiration rapproche et stimule la venue de Machiah qui amènera la délivrance véritable et totale. Nous pourrons alors voir de façon matérielle le dévoilement du divin qui est pour l'instant caché dans toute la création.

 

 

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 11:29

sinai

 

C'est au début de cette paracha que Avraham, sur l'ordre de D-ieu, quitte son pays natal.

Pour reprendre les mots de la Torah : "Vayomer Ha-chem el Avraham : Le'h Le'ha, meartse'ha ... el aharets acher areka".

Ce qui signifie : "Et D-ieu dit à Avraham : Va pour toi, depuis ta terre ... jusqu'a la terre que je te montrerai".

Dans notre paracha débute donc la mise en œuvre de deux buts essentiels du peuple d'Israël :

 

1) L'acquisition de la terre d'Israël.

2) Le don de la Torah.

Pour l'un comme pour l'autre, il fallait avant tout se mettre en chemin.

C'est par l'ordre de D-ieu "Va pour toi" qu'a commence l'histoire du peuple juif.

Et c'est donc cet ordre qui permit de concrétiser l'essence du peuple juif, sa préparation en tant que peuple à recevoir la Torah.

Nous savons que de même D-ieu est éternel, les injonctions de la Torah le sont également. Nous comprenons donc que de tout temps et dans toutes les générations, D-ieu nous demande et attend de chacun de nous la chose suivante :

"Le'h Le'ha" ; "Va pour toi".

Que signifie pour nous aujourd'hui cet ordre ? La terre d'Israël nous fut acquise depuis bien longtemps, et la Torah nous a déjà été donnée depuis plus de 3300 ans.

En réalité, ces deux points nous concernent, et sont toujours d'actualité aujourd'hui.

Lors de l'alliance contractée entre D-ieu et Avraham, connue sous le nom de "brit bein habetarim", D-ieu nous a transmis l'héritage de la terre d'Israel sous le nom suivant : "La terre des dix nations".

Mais en fait, nous savons que jusqu'a ce jour cet heritage est resté incomplet, du fait que seule la terre des sept nations descendantes de Canaan furent acquises a l'époque. La terre des trois autres nations ne seront par contre acquises et rendues au peuple d'Israël que lors de l'avènement du Machia'h, comme le précise Maimonide.

Pour cette raison, depuis que D-ieu a donné cet ordre, "Le'h Le'ha", il a ancre dans le peuple juif le désir de parvenir a ce but, d'acquérir la totalité de la terre d'Israël.

Et ceci est particulièrement vrai dans nos générations, dont les signes indiquent qu'elle est la dernière de l'exil et la première de la délivrance.

Mais la particularité de cette nouvelle acquisition, par rapport a celle des sept peuples, est qu'elle n'aura pas lieu par des guerres, puisqu'a l'époque de Machia'h il n'y aura plus de guerres.

C'est a dire que ces terres seront remises au peuple juif de plein gré, de la propre volonté des nations.

Il en est de même par rapport a l'autre but susmentionné, celui du don de la Torah.

Bien que la Torah nous ait déjà été donnée depuis plus de 3300 ans, elle non plus ne nous a pas été donnée entièrement. Ce n'est qu'à l'époque de Machia'h qu'elle nous sera entièrement dévoilée, conformément au verset :

"Torah 'hadacha meiti tetse" (Une Torah nouvelle sortira de moi).

C'est ainsi que nos sages ont dit : "La Torah qu'un homme étudie dans ce monde-ci n'est qu'un souffle par rapport a la Torah du Machia'h".

C'est la raison pour laquelle, aujourd'hui encore, cet ordre, "Le'h Le'ha", est toujours d'actualité.

Nous devons "aller" et avancer chaque jour vers ce grand but qu'est le dévoilement complet de notre Torah, avec la venue du Machia'h.

Et autant sommes-nous prêts aujourd'hui d’atteindre ce but, autant ceci doit être ressenti fortement dans notre service divin, chez chacun de nous, par une intensification de l'étude de la Torah qualitativement comme quantitativement, et en particulier par l'étude des sujets qui traitent de la Gueoula et de Machia'h, afin que tout ceci se réalise très rapidement, le don complet de la Torah comme celui de la terre d'Israël, avec l'avenement du Machia'h.

 

 

 

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18 octobre 2012 4 18 /10 /octobre /2012 09:07

bhhhlOn peut ne pas être toujours d'accord avec BHL mais ceci a le mérite de la franchise.

 

Face à la marée noire du nouvel antisémitisme

L’antisémitisme nouveau est arrivé. Cela fait longtemps que nous étions quelques-uns à l’annoncer. Mais, cette fois, il est là, et bien là, avec ses cellules combattantes, ses figures emblématiques, ses petites frappes et ses caïds passés sans transition du gangstérisme au djihad, ses idéologues, ses prêcheurs. Face à ce phénomène, face à l’image révoltante de synagogues, de magasins kasher, d’écoles juives, qui, non seulement autour de Paris, mais dans toute l’Europe, prennent des allures de camp retranché, la seule question qui vaille est désormais : que faire ?

Il faut donner à la chose son nom. Déjà, et pour commencer, son nom. Car il est vrai, naturellement, que se mêle à cette haine antijuive une haine de la France, plus une haine de la République, plus une haine de l’Occident. Mais il n’en est pas moins vrai que ce sont des enfants juifs, pas « occidentaux » en général, qui sont molestés dans les écoles. Ce sont les lieux de culte juifs, pas catholiques, ou protestants, ou musulmans, qui sont mis sous surveillance. Et, quand on démantèle une cellule à Torcy, la liste des cibles que l’on découvre sont des cibles juives et seulement juives. Il faut arrêter, autrement dit, avec le prêchi-prêcha sur la haine-des-juifs-qui-est-en-réalité-une-haine-de-la-France. Il ne faut plus commettre l’erreur de ceux qui, au moment du martyre d’Ilan Halimi, multiplièrent les contorsions sémantiques avant de décider si, oui ou non, l’affaire relevait de l’antisémitisme. Bien nommer les choses, disait Camus, c’est réparer un peu le monde. C’est pourquoi la première tâche, c’est cet acte de nomination, de prononciation du mot : l’Europe est le théâtre, que cela plaise ou non, d’une vague antisémite d’un type nouveau.

Quel type ? Et en quoi nouveau ? Cela aussi, il faut le dire. Et il faut, pour le combattre, le dire avec exactitude. Le djihadisme, bien sûr. L’islamisme, évidemment. Mais aussi, venant alimenter cet islamisme, le vieux thème du « juif riche » (Ilan Halimi). Mais encore, venant en renfort, l’idéologie conspirationniste du juif maître du monde (voir tels ou tels sites Internet, qui devraient tomber sous le coup de la loi — je sais de quoi je parle). Bref, un retour des grands motifs de l’anti-sémitisme français traditionnel, voire de ce refoulé nazi qui n’épargna, naguère, pas plus le monde arabe que l’Europe, mais que le premier n’a, contrairement à la seconde, jamais vraiment pris la peine de regarder en face et de traiter. Mohamed Merah plus Edouard Drumont. Les Frères musulmans plus Les protocoles des sages de Sion. Une hérésie musulmane plus la mémoire sombre du continent. Telle est la réalité. Tel est le cocktail explosif qui peut, si l’on n’ouvre pas les yeux, donner au délire une force décuplée.

D’où l’impérieuse nécessité de refuser, face à la menace, toute forme de culture de l’excuse. D’abord parce que les Merah et autres Jérémie Louis-Sidney n’ont pas, et c’est peu dire, le profil type de ces Misérables façon Zola qui font pleurer les sociologues. Mais ensuite parce qu’aucune « enfance difficile », aucun « malaise existentiel », aucun « divorce précoce des parents », ces ponts aux ânes de la psycho-sociologie, ne justifie que l’on attaque un magasin à la grenade, que l’on assassine une fillette d’une balle en pleine tête, bref, que l’on redonne droit de cité à la persécution meurtrière du nom juif. Que la République ait abandonné ses banlieues, c’est vrai et c’est une honte. Que la prison soit devenue un lieu criminogène, c’est un problème et il faut l’affronter. Mais exciper de ce problème pour trouver au nouvel antisémitisme des circonstances atténuantes, c’est ajouter l’ignominie à l’ignominie et, peut-être, le crime au crime. Sans même parler de cette autre niaiserie — qui vaut, elle aussi, atténuation du crime — sur l’« exportation » du problème israélo-palestinien à Paris…

Pis, il y a le discours, non plus des sociologues, mais des responsables politiques qui soufflent, eux aussi, sur les braises et devraient susciter la même condamnation unanime. Je passe — car qui s’en étonnera ? — sur le cas de Mme Le Pen qui, lorsqu’elle met sur le même plan le port de la kippa et l’enfermement sous un voile intégral, disculpe par avance le nervi tenté de se cogner un enfant juif. Mais quid du député communiste européen et directeur de L’Humanité Patrick Le Hyaric ? Quid de ce discours de clôture de la dernière Fête de L’Huma où il qualifie le pseudo-film islamophobe qui a provoqué l’ire d’une partie du monde musulman de « film réalisé par un intégriste israélien » ? Ne désigne-t-il pas, lui aussi, ce faisant, des cibles à la vindicte ? Ne participe-t-il pas, lui aussi, en relayant cette information qu’il sait fausse, puisque l’auteur du brûlot était un copte égyptien, de la stigmatisation qui permet à des manifestants en colère de venir crier « mort aux juifs » devant une ambassade à Paris ? Lutter contre l’antisémitisme nouveau, c’est exiger des excuses du député Le Hyaric et, au-delà de lui, du Parti communiste français.

Un dernier mot. Le Front national est une chose. Les dérapages du PC en sont une autre. Mais que la responsabilité soit partagée ne doit pas exonérer la communauté musulmane de sa part de lucidité. Et le fait que l’immense majorité de ses fidèles ne soient pour rien dans les agissements d’une minorité d’extrémistes fascisants devrait rendre d’autant plus facile une condamnation sans appel. On attend donc la déclaration solennelle des imams réprouvant, toutes obédiences confondues, cette vague antisémite. On attend la grande manifestation où l’on verrait les républicains de confession musulmane défiler, avec les autres, derrière la banderole « Halte à la haine des juifs ». Eux aussi doivent prendre leurs responsabilités. Eux aussi, eux les premiers, se doivent d’activer, ou inventer, leurs contrefeux antifascistes. Le vivre-ensemble est à ce prix. La barbarie est l’alternative.

Bernard-Henri Lévy

 

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 16:42

Noah

 

Nous lisons cette semaine la paracha Noa'h, dans laquelle survint le déluge qui effaça toute présence humaine ou animale (terrestre et aérienne) de la surface de la terre. Seuls Noa'h, sa famille, et les animaux qui ont passé avec lui une année dans l'arche furent sauvés et ce sont eux qui ont repeuplé la terre.

Pour reprendre les mots du verset ".. vayichaer a'h Noa'h ...". C'est à dire : "... il est resté seulement Noa'h ...". Le mot "a'h", "seulement", parait superflu. Ne sait-on pas qu'il n'est resté que lui ?

Rachi explique que le mot "ah", qui indique une restriction, signifie que Noa'h avait un manque a sa sortie de l'arche. Et il nous indique quels étaient les manques en question. D'une part, Noa'h était seul, toute sa génération ayant péri dans le déluge. D'autre part, il gémissait et souffrait du mal qu'il avait a s'occuper de tous ces animaux. Et enfin, qu'il a été blessé d'un coup de patte du lion, qui était en colère contre Noa'h qui a un jour tardé a lui apporter son repas, comme le cite le Midrach.

Cette dernière explication a de quoi nous surprendre : De tous les lions qui existaient avant le déluge, seuls un lion (et une lionne) ont été choisis par D-ieu pour être sauvés. Et c'est ce lion-ci qui a blesse Noa'h, pour un simple retard sur l'heure de son repas. Pourquoi ceci est-il arrivé a Noa'h ? Rachi continue son commentaire en rapprochant cette mésaventure du verset suivant : "Le tsadik est-il récompensé sur terre ?"

C'est à dire que lorsqu'un tsadik commet ne serait-ce qu'une erreur infime, il lui arrive alors une telle mésaventure sur cette terre, dans ce monde-ci, afin que rien ne manque a la récompensé qui lui a été prévue dans l'autre monde, comme ceci est dit dans la Michna.

Il s'avère donc que la blessure que Noa'h a reçu par l'intermédiaire du lion était en réalité pour son bien, puisqu'elle l'a entièrement "nettoyé" de la faute infime qu'il avait commis, celle d'apporter son repas en retard au lion.

Tout ceci nous apporte à tous, particulièrement dans notre génération, un enseignement important :

De même que Noa'h a survécu au déluge, notre génération est celle qui a survécu a la shoah, et au cours de laquelle s'est reformé le peuple juif.

De même que Noa'h a reçu de D-ieu la mission de s'occuper de tous animaux qui étaient dans l'arche et les nourrir, de même il nous incombe aujourd'hui de nourrir spirituellement, de faire partager la Torah, a tous les juifs de notre génération, a quelque endroit où ils se trouvent.

Nous pouvons apprendre également que lorsqu'il s'agit de "nourrir" son prochain, d'apporter a son âme la nourriture spirituelle dont elle a besoin, il ne faut pas tarder à le faire, comme on voit que le retard de Noa'h a nourrir le lion lui a été considéré comme une faute.

La Torah témoigne sur Noa'h qu'il était tsadik et entier. C'est lui également qui a reçu le mérite particulier de sauver le monde de l'anéantissement, et c'est lui qui a été charge par D-ieu de nourrir tous les habitants de l'arche durant une année entière. Et malgré tout cela, cette mission l'a entraine jusqu'a gémir et cracher du sang du fait de sa difficulté.

Ceci est également un enseignement pour nous. Parfois, le travail spirituel qui est le notre peut sembler nous dépasser. Nous nous trouvons parfois confrontes à des difficultés, à des épreuves qui nous effraient. Nous devons alors nous renforcer, à l'exemple de Noa'h, ne pas lâcher prise dans nos efforts et nos réalisations. Il faut avoir conscience qu'il s'agit la de la mission que D-ieu lui-même nous a confié, et pour cette raison tous les efforts que l'on fait peuvent et doivent être faits dans la joie, la joie de servir son créateur.

Puissions-nous bientôt vivre la joie intense du service de D-ieu qui sera le notre lors de la venue du Machia'h, conformément à la promesse divine "je retirerai l'esprit d'impureté de la surface de la terre", très prochainement.

 

 Information  importante pour les Nîmois et Gardois

Pour le blog 848X1199

 

  

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