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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 09:48

Composition12

Contact : Mme Nicole ILLOUZ : 06 29 84 97 43

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 17:57

invasion-criquet

 

« Je vous adopterai pour peuple, je deviendrai votre D.ieu, moi qui vous aurai soustraits aux tribulations de l’Egypte. » (Exode VI, 7)

A propos de l’expression « mon peuple », on peut remarquer sur le texte de Nombres XI, 1 où il est écrit : « Le peuple affecta de se plaindre amèrement aux oreilles du Seigneur »,le commentaire de RACHI disant : « cette expression est utilisée pour désigner les méchants ». De même, il est écrit : « que ferai-je pour ce peuple ? Peu s’en faut qu’ils ne me lapident » (Exode XVII, 4). Là encore, il s’agit de désigner des méchants. Par contre, quand il s’agit de personnes ayant agi dans le bons sens, le texte les désigne généralement en utilisant la formule « mon peuple », comme il est écrit par exemple : « renvoie mon peuple » (Exode V, 1).

Toutefois, nous savons qu’au moment où fut annoncée à ISRAËL qu’il allait recevoir la Torah au Mont Sinaï, le texte utilise bien l’expression « au peuple ». Dans pareille situation, s’agirait-il de méchants alors qu’ils avaient pourtant été jugés dignes de bénéficier d’un tel privilège ? En vérité selon le Admor R. Abraham de SOCHTZOV, même en utilisant l’expression« au peuple » (Exode VI, 7), dans ce cas présent, il s’agit d’une expression qui lui est favorable. En effet, ayant spontanément dit : « nous accomplirons » avant « nous comprendrons », autrement dit s’étant engagé à appliquer la Torah avant d’en comprendre le sens profond, ISRAËL a d’emblée accepté de suivre D.ieu sans aucune arrière-pensée, méritant bien ainsi d’être appelé peuple de D.ieu.

(Selon le CHEM MICHMOUEL)

« Ils n’écoutèrent point MOÏSE, ayant l’esprit oppressé par une dure servitude. » (Exode VI, 9) Il existe une catégorie de fidèles patients et intelligents, pourvus d’une âme supérieure, sachant servir D.ieu du mieux possible sans pourtant jamais parvenir à la perfection de leurs qualités. Une autre catégorie d’êtres nous montre des gens à l’esprit étroit, croyant accomplir leurs devoirs sans problèmes.

Ainsi, voyons-nous des fidèles travaillant durement, mortifiant leurs corps par des jeûnes et toutes sortes d’ascèses pour servir D.ieu. Lorsque MOÏSE se rend auprès de ce genre de personnes, elles ne peuvent l’écouter tant elles sont oppressées, car le service divin leur pèse, ne pouvant comprendre, que MOÏSE est en fait leur sauveur et non eux-mêmes, car agissant comme elles le font, elles s’épuisent inutilement. Certes, rien ne nous interdit de tout faire pour améliorer nos qualités, sans pour autant parvenir à des excès inutiles et nuisibles à notre santé.

(NOAM ELIMELEKH)

« Toi, tu diras tout ce que je t’aurai ordonné, et AARON, ton frère, parlera à PHARAON pour qu’il renvoie les Israélites de son pays. Pour moi, j’endurcirai le cœur de PHARAON...... » (Exode VII, 2-3)

Ce passage est surprenant. En effet, le texte nous apprend que D.ieu endurcira le cœur de PHARAON et par ailleurs nous apprenons que « MOÏSE étendit son bâton vers le ciel » (Exode IX, 23). Pour quelle raison D.ieu laissait-Il un répit avant que la plaie ne s’abatte sur l’Egypte le lendemain ? C’était pour permettre aux Egyptiens de faire repentance.

En vérité, D.ieu ne force pas un homme à agir contre sa propre volonté. Aussi, l’endurcissement du cœur de PHARAON, lorsqu’il reçut les deux frères mandatés par D.ieu pour qu’il laisse partir le peuple asservi, était un moyen de l’induire en erreur. En effet, le PHARAON devait être amené à faire le raisonnement suivant : S’il y a un dieu, il doit obligatoirement détenir un pouvoir absolu. Dans ce cas, pourquoi m’adresse-t-il des messagers pour que j’accède à son désir ? C’est pour cela qu’il est écrit : « Tu diras..... ... et AARON ton frère parlera à PHARAON..... et moi j’endurcirai le cœur de PHARAON ». Cela signifie que Toi MOÏSE accompagné de ton frère AARON, en lui présentant votre requête, vous serez la cause de son entêtement et il rejettera tout. En fait, ce despote avait déjà rejeté et nié D.ieu bien avant, lorsqu’il avait dit : « Qui est HACHEM auquel je devrais obéir ? (Exode V, 2). Par cette interrogation, le PHARAON demandait quel est donc ce HACHEM qui m’oblige à laisser partir son peuple ? N’est-il pas capable de réaliser seul ce sauvetage ? On voit par là qu’il n’est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Ce fut le cas de PHARAON avec toutes les conséquences terribles qui en découlèrent pour son peuple. Ce genre d’aveuglement est bien celui de nombre de dirigeants à travers le monde qui ont très souvent causé le malheur de leurs peuples. (Selon BINAH la ITIM de R. OBADIA di FEIGO)

« Et MOÏSE était âgé de quatre-vingts ans, AARON de quatre-vingt trois ans, lorsqu’ils parlèrent au PHARAON » (Exode VII, 7)

Pour quelle raison la Torah nous donne-t-elle l’âge de ces deux personnages lorsqu’ils se présentèrent devant le PHARAON ? Qu’est-ce que cela nous apprend ? Nous savons que jusqu’à leur apparition dans l’histoire biblique, nous avions connaissance de l’existence d’un juste cheminant pour accomplir l’œuvre de D.ieu, accomplissant les préceptes et faisant de bonnes actions, servant d’exemple par sa piété, son dévouement et sa crainte de D.ieu. A propos d’ABRAHAM, il est écrit : « Par toi seront bénies les nations de la terre. Si je l’ai distingué, c’est pour qu’il ordonne à ses enfants et aux siens d’avoir à garder le chemin de D.ieu en pratiquant la vertu et la justice. » (Genèse XVIII, 18-19).

C’est à partir de MOÏSE et d’AARON que débute l’exemple-type du libérateur et du guide brisant la tyrannie et les tyrans, soutenant les faibles, cassant les entraves et libérant les enchaînés en les ramenant à la liberté. Ils sont capables de fendre les mers pour les amener au SINAÏ, pour y recevoir la Torah. C’est depuis ce temps que s’est ouverte une page nouvelle dans l’Histoire du peuple d’ISRAËL et de toute l’humanité. Le texte biblique tient donc à nous préciser que ce temps remonte à l’époque où s’adressant au PHARAON, ils acceptèrent cette mission divine nouvelle. (Selon le AKEDATH ITSHAK de R. ISAAC ARAMA)

 

Grand Rabbin Alain GOLDMANN

Grand Rabbin du Consistoire de Paris Ile de France

 

 

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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 15:14

Tedghi

Hier, à Nîmes, les communautés Juives, Chrétiennes, Musulmanes ont présenté ensemble aux Nîmois leurs vœux pour 2013, et ce, pour la troisième année consécutive. Cette cérémonie a eu lieu à l’Hotel ATRIA en présence de Mr le préfet du Gard ainsi que de la plupart des élus régionaux et nationaux du département. Excellente ambiance conviviale, amicale où le thème de cette cérémonie a vraiment été mis en application.

Voici le développement qu’en a fait, au nom de la communauté Juive, Monsieur le Rabbin Yossef TEDGHI, les représentants  des autres religions ayant bien entendu pris également la parole.

 

A la rencontre de "L'Autre".


Il est vrai que la différence est là par Volonté Divine, mais ce sont les choix de l'Homme qui vont établir la nature des rapports que nous allons avoir avec celle ci.
Vouloir se rapprocher de l'autre c'est donc d'abord une conscience à avoir.

Que les hommes entre eux s'entendent et s'acceptent n'est une vérité que pour certains, car nous sommes forcés de constater qu'il n'en est pas toujours ainsi.

- N'assistons-nous pas à des manifestations implicites et explicites du rejet de l'autre?
- Donnons-nous un crédit de confiance suffisant à qui nous est différent?
- Est-on sincèrement optimiste du devenir de celui qui nous ressemble si peu?
- N'est-on pas pessimiste de ce qu'il peut nous apporter?
- Ne nous-moquons nous pas de tout ce qui nous est étrange en matière de coutume?
Il est clair que bien trop souvent nous jugeons autrui sans lui donner sa chance.
Nous le sous-valorisons en nous sur-valorisant.
Nous avons avec lui un rapport à bannir, car il nous manque quelque chose,
Il nous manque l'amour. Car combien de différence sait-on supporter lorsqu’on  aime !
Il ne s'agit pourtant pas d'amour aveugle mais d'amour légitime.
L'être humain aimé par Dieu serait-il haï par les hommes?
Encore eût-il quelque tort et qu'on l'écartât que ce devrait être sans haine.
Donc le manque d'amour que l'on éprouve envers autrui altère le rapport que nous entretenons avec sa différence.

La Volonté du Tout puissant est toute autre.

Dans la torah, (Nombres 6,5) Dieu ordonne à son peuple de l'aimer. Or comment Peut-on ordonner à quelqu'un d'aimer?

La tradition nous enseigne, notamment par le biais de Maïmonide, que pour aimer, il faut connaître. En effet connaître D. , En l'occurrence par la contemplation de la création, nous amènera à son Amour.
Le secret est dit : Pour aimer il faut connaître.

A nous d'ajouter que pour connaître il faut rencontrer.
Être en contact avec autrui c'est apprendre à le connaître et le connaître c'est l'aimer.
(Il est aussi utile de préciser que par ailleurs il nous est ordonné :
-tu aimeras ton prochain comme toi même ou encore
-Tu aimeras l'étranger et le converti).


Pour finir, il nous faut, dans un monde ou la bonne volonté se manifeste de plus en plus et ou les moyens médiatiques pour connaître l'autre foisonnent, nous rapprocher les uns des autres tout en respectant nos différences car l'autre à droit à un crédit de confiance en attendant d'être mieux connu.
On doit partir du principe de base qu'il y a du bien en tout homme et que c'est à nous de le découvrir.

 

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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 22:04

balance-et-marteau

Alors que les experts annoncent, sans exception ni relâche, que les temps à venir seront difficiles et que les déclarations officielles, malgré leur caractère rituel, ne laissent guère plus d’espoir, il existe des notions qu’il faut garder en tête tant elles nous servent de guide sur des chemins souvent obscurs.

Parlons donc de justice. Et posons-nous quelques questions : celle-ci peut-elle être absolue ou doit-elle tenir compte de ce que sont les hommes ? On dira ainsi : tel est riche, voire trop riche, tandis que tel autre est pauvre, inévitablement trop pauvre. On se prendra alors à commenter, quasiment sans y penser davantage : « il n’y a pas de justice. » Mais de quelle justice s’agit-il... au juste ? Cette interrogation suffit à se demander si la richesse est légitime du seul fait de son existence ou si elle doit se justifier par l’usage qui en est fait.  Si c’est le cas, alors l’état se doit d’intervenir dans la définition de cet usage. En France, il choisit parfois de le faire par l’intermédiaire de l’impôt à qui il confie un rôle de redistribution. La solidarité plutôt que la charité... Pourtant une telle conception de la justice – même motivée par une sorte d’humanisme laïc très noble et louable – laisse un sentiment mitigé. Cela ne s’apparente-t-il pas à une presque confiscation autoritaire de biens gagnés par l’effort individuel et dans le respect des lois ? Dans ce contexte, sommes-nous condamnés à voir s’affronter éternellement la justice et la liberté ?

Et si ce débat – et sa virulence – nous invitait à inventer/retrouver une autre idée, à la fois très proche et très lointaine : la justesse. La notion est précieuse. Elle signifie qu’il appartient à chacun, au travers de ses propres choix, de l’édification de sa vie, jour après jour, d’accomplir l’acte juste, non pas au sens d’un principe aveugle mais à celui d’un engagement personnel. Penser à l’autre, se soucier de lui sans condescendance, qui qu’il soit et qui qu’on soit, en font, par exemple, partie Les choses prennent alors, pour soi et pour la collectivité, une autre signification et aussi une autre portée. Finalement, on ne dit ici que la responsabilité qui revient à chacun pour que ce monde soit meilleur, plus harmonieux et plus libre. Une fois de plus, c’est de morale qu’il est question.

Rav  Haim Nisenbaum.

 

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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 18:40

 

GRUMBACHClaude

C’est avec une très grande tristesse que nous vous faisons part du décès le 2 janvier

 à Nîmes de l’ancien président de l’ACING, notre ami, notre frère

Monsieur Claude GRUMBACH

Selon sa volonté, ses obsèques auront lieu à JERUSALEM en présence de son épouse, ses enfants et de son ami de toujours, Mr Gérard Apelbaum.

Claude GRUMBACH a été, comme son père avant lui, un président de communauté exemplaire qui a su, dans la discrétion et l’efficacité, servir la communauté de Nîmes à laquelle il s’était complètement dévoué pendant son mandat.

Nous le pleurons avec sa famille à qui nous adressons nos sincères condoléances

csicsic@aol.com

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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 16:00

chemot

Nous inaugurons ce Shabbatle deuxième livre de la Torah, le livre de Chémot (les Noms). Très vite nous sommes plongés dans le monde de la violence inaugurée par le pharaon. Il consulte son peuple pour empêcher la prolifération des Hébreux. Il demande même aux sages-femmes de tuer les enfants mâles à leur naissance.

 Voyant que rien n’y fait, il décide l’ethnocide : jeter tous les nouveau-nés mâles dans le Nil. La Bible change ensuite d’acteurs : nous découvrons trois femmes, la mère biologique, la sœur et la mère adoptive de Moïse.

 Dans ces récits, les femmes sauvent les enfants, quand les hommes les tuent. Ce bébé portera dans l’histoire son nom d’adoption Moché « Sauveur des eaux ». Ce Moïse va grandir et il sort vers ses frères ? Quels frères ? Ces frères de sang ou d’adoption ? Les Hébreux ou les Égyptiens ? Les deux selon Abraham ibn Ezra. Il sort vers la fraternité, avec plein de bonnes intentions, le cœur naïf.

Mais voilà, il découvre la violence : un Egyptien frappe un esclave Hébreu, et deux Hébreux se battent entre eux. Moïse n’échappera pas à cette violence, puisqu’il tuera le garde-chiourme.

 Moïse aussi aura du sang sur les mains, d’après certains midrachim, cela lui coûtera son billet d’entrée en terre promise. Le livre de Chémot, commence comme celui de la Genèse par cette question récurrente de Dieu : « qu’as-tu fait de ton frère ? »

 dans la Genèse, le défit se joue entre deux frères, dans l’Exode, la problématique s’exprime entre deux peuples, mais toujours dans ce rapport de force à dépasser ; nous n’en sommes pas sortis      (de cette Égypte là !)

 Philippe HADDAD

 

 

 

 

 

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 11:59

Vayehi

 

 

Le livre de la Genèse, que nous avons commencé au mois d'octobre, juste après les fêtes, touche à sa fin. Vayehi en est la dernière paracha, et elle clos le cycle mythique, mythologique des patriarches. Avec Chemot débuteront les récits d'une histoire nationale.

La fin de la Genèse est l'occasion de présenter un modèle de scène qui se retrouve en plusieurs autres endroits dans la Torah, dans tout le Tanakh et même dans toute la littérature, de l'antiquité à nos jours : la scène dans laquelle un homme, vieux, malade et affaibli, sentant la mort approcher, réunit ses enfants autour de lui et leur distribue son héritage, leur donne ses derniers conseils, leur dévoile des secrets, leur prédit l'avenir. Les participants au cours du samedi après-midi, où j'ai présenté il y a quelques semaines une école de chercheurs/théoriciens de la littérature qui s'occupent de "l'art du récit biblique" connaissent mon intérêt pour cette analyse littéraire des textes. Ici, pour définir ce genre de textes qui reviennent de façon récurrente dans l'histoire avec certaines variantes, on parle de "scène-type".

Le texte qui décrit Jacob, allongé (ou assis) sur son lit de mort, appelant ses enfants pour leur donner une dernière bénédiction, pour être étudié convenablement, doit être comparé à d'autres scènes semblables pour faire ressortir les points communs et les différences. Inévitablement, on pense à l'épisode où le père de Yaakov, Itshak, vieux et aveugle, appelle ses deux enfants pour leur donner sa bénédiction (Paracha Toledot)

Dans les deux cas, le patriarche, le personnage central, l'ancien, est aveugle. Ce détail déjà est loin d'être innocent : dans toute l'Antiquité, les aveugles jouent un rôle fondamental (voir Homère). L'aveugle est celui qui, privé de la vue, développe d'autres sens. Il est le seul capable de ne pas se laisser "aveugler" par la perception commune, et peu "voir" des choses auxquelles nous n'avons pas accès. Dans le Talmud, un aveugle est appelé "sagui nahor"=> celui qui voit la lumière. Ce n’est qu’après avoir dit que Yaakov était aveugle que le récit détaille son « Hazon » sa visionde ce que les douze fils deviendront. Paradoxalement, être aveugle n’est pas une infirmité, mais un pouvoir supérieur. En tout cas, c’est ce qui semble être le cas dans la paracha Vayehi. Pas dans Toledot, où Itshak, devenu aveugle, se fait rouler par sa propre femme, et ne fait même pas la différence entre ses fils, alors qu’il n’en a que deux. Ne pouvant plus se fier à sa vue, il s’en remet à deux autres sens : l’ouïe et le toucher, mais cela ne fait qu’entretenir sa confusion puisque « la voix est la voix de Jacob, alors que les mains sont les mains de Essav ». Itshak, aveugle, ne « voit » plus rien, ne comprend rien, et, sans défense, se fait arnaquer.

Pour Yaakov, c’est tout le contraire : premièrement, il n’est pas tout-à-fait aveugle mais ses yeux sont lourds à cause de la vieillesse (kabdou einav mizoken, ce qui peut se lire « ses yeux avaient pris du poids du fait de la vieillesse »). De fait, il parvient à distinguer les personnes (il demande à Joseph « qui sont ces deux enfants à côté de toi ? ») et il montre qu’il sait très bien ce qu’il fait et pourquoi il le fait : il croise ses mains pour bénir en priorité l’ainé des fils de Joseph, et lorsque celui-ci lui fait remarquer il dit « yada’ti beni, yada’ti » (je sais mon fils, je sais…). Enfin, il appelle tous ses enfants et leur dévoile ce qu’il adviendra « beaharit hayamim » (dans les temps à venir) : il prédit la sortie/délivrance d’Egypte et le retour sur la terre de Canaan, chacun reçoit une bénédiction particulière, une phrase qui lui correspond et détermine la part que sa tribu aura dans le pays, et cela en pleine conscience, sans se tromper, sachant exactement ce qu’il faut dire à chacun.

Quelle différence entre Itshak et Yaakov ! Pour l’un, la transmission de l’héritage spirituel se transforme en drame, en querelle entre les frères qui va durer 20 ans. Pour l’autre, cet évènement est l’occasion d’une réconciliation, d’un apaisement, d’une réunion.

Pour Itshak, l’héritage est l’occasion d’un conflit.

Pour Yaakov, il marque la fin d’un conflit.

Mais une interrogation subsiste, soulignée par les commentaires : si Yaakov possédait une telle sagesse prophétique, s’il pouvait voir jusqu’à la fin des temps, que n’en a-t-il fait usage lorsque Joseph avait disparu ? Pourquoi s’est-il lui aussi laissé « berner », « rouler » par la vue d’une tunique ensanglantée, au point de croire Yossef mort pendant de si longues années ? Ici le commentaire Talmudique développe une théorie très belle et très profonde sur la prophétie, parallèle à la phrase de Jésus "nul n'est prophète en son pays" : on ne peut pas "voir", prophétiser, si l'on est soumis à l'affect, si le jugement est altéré par l'émotion. Yaakov, fou d'amour pour son fils qui lui rappelait tant Rachel, un amour tellement grand qu'il lui fait oublier ses autres fils, un amour possessif, presque malsain, est incapable de "voir" que Yossef n'est pas vraiment mort, qu'il lui arrive des aventures incroyables, qu'il est en Egypte etc. Ce n'est qu'à la fin de sa vie qu'il peut enfin "voir" c'est –à-dire prophétiser. Il le peut car ses yeux se sont alourdis à cause de la vieillesse. Kabed/kavod : ils ont appris à donner un juste poids aux choses et aux gens. Grâce à la vieillesse, à l'expérience, à la réflexion.

Les yeux de Itshak se sont affaiblis, d'après le Midrach, parce qu'il a vu la mort en face lors de l'épisode de la ligature (Aqeda). Pour d'autres opinions, un peu plus poétiques, ce seraient les anges qui ont pleuré dans ses yeux. Sa vie, il l'a vécue sous la protection de sa famille puis de sa femme, dans la passivité. Le seul évènement de sa vie où il lui fallu faire preuve d'initiative, d'activité, le choix entre ses enfants, la désignation d'un héritier, cet évènement a été lamentablement raté.

Yaakov lui, a eu une vie terrible, pleine de souffrances et de malheurs. Mais il n'a pas raté sa sortie. Les larmes versées lors du deuil de Yossef, alors qu'il était inconsolable, auront au moins servi en abimant ses yeux, à lui donner une certaine vision.

A travers son expérience, Yaakov nous enseigne une chose extraordinairement difficile et en même temps indispensable : un chef de famille, le responsable d'un clan, le leader d'un peuple ne doit pas se laisser envahir par la passion et les sentiments, qui ne font qu'altérer le jugement, forcent à prendre des décisions hâtives et illogiques et sont cause de beaucoup de perte de temps et de moyens. Pour diriger efficacement, il faut savoir placer sa raison au dessus de son cœur, garder la tête froide et ne pas laisser les sens, les émotions, les "humeurs" gouverner à sa place.

En s'adressant à ses fils, Yaakov utilise un autre verbe de perception :Shema (entendre/écouter/comprendre). D'après le Midrach, la phrase qui résume la profession de foi du judaïsme et qui se trouve dans le Deutéronome, aurait été prononcée la première fois par Yaakov en entendant la nouvelle que Yossef était encore vivant. Toujours d'après ce Midrach, elle aurait été répétée lors de cet épisode précis de la paracha Vayehi, par les douze frères réunis, symbolisant tout le peuple : "chema Israël" => Ecoute Israël/Jacob. (nous sommes tous unis et nous avons conservé tes valeurs, le monothéisme que tu nous a transmis). Mais écoute, pas vois. Autrement dit nous ne nous adressons pas à ton expérience sensorielle, car si tu vois, malheureusement tu ne verras que des juifs désunis, divisés, sans cesse en conflits et en divergences : droite, gauche, orthodoxes, massorti etc. Mais si tu entends, si tu te fies à ton intellect tu finiras par t'apercevoir que nous nous accordons tous sur deux choses : le point de départ (notre histoire et notre message : l'unité du divin) et le point d'arrivée (la reconnaissance du Dieu unique par l'ensemble de l'humanité). Même si nous sommes toujours dans l'attente d'un dirigeant qui saura nous faire voir nos points communs sous l'apparence de nos divisions, et nous aider à surpasser nos passions pour que nous puissions enfin entendre ce dont nous sommes porteurs sans le voir.

David TOUBOUL

 

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25 décembre 2012 2 25 /12 /décembre /2012 19:27

Bravo, Philippe et Dany et grosses bises...

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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 21:23
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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 09:44

vayigash-moshiach

L'article de Dieu

 La paracha de la semaine dernière Mikets et celle de cette semaine Vayiguash présente les vingt années de la vie de Joseph depuis sa vie de berger auprès de son père Jacob, jusqu'à sa réconciliation avec ses frères. Nous retiendrons cette semaine une leçon qui apparaît à la lecture minutieuse des versets.

Dieu de pharaon et « Le » Dieu de Joseph

 Nous commencerons par le texte de la semaine dernière, quand Joseph est appelé par le pharaon pour l'interprétation des rêves du souverain.

Ecoutons le dialogue dans sa littéralité hébraïque :

« … Et j'ai entendu sur toi qui tu entends les rêves pour les interpréter ». (Gn 41, 15)

Aux yeux de pharaon cet esclave hébreu possède un don particulier.

Sur ce, Joseph répond, pour remettre « les pendules à l'heure » :

« Nullement moi, c'est Dieu (Elohim) qui répondra pour la paix de pharaon. » (Gn 41, 16)

Lors de cette première réponse, Joseph mentionne Elohim, Dieu (sans l'article défini) selon le langage de pharaon. Le fils de Jacob se refuse à tirer la moindre gloire de ce don, il ramène ainsi l'honneur (kavod) à Dieu Lui-même.

Mais après la description des rêves, Joseph change de langage, par un petit détail signifiant à nos yeux, il dit :

« Le rêve de pharaon est un [et non pas deux], ce que Le Dieu va faire, je vais le montrer au pharaon ». (Gn 41, 28).

Joseph a compris le message qui concerne l'économie de l'Egypte : sept années d’abondance suivies de sept années de disette. Ce bouleversement de la nature qui va se traduire par la suspension des crues du Nil et des chutes de pluie procède du Dieu un. C'est pourquoi, il est possible de traduire h'alom éh'ad hou soit par « rêve un, c'est » soit par « rêve de Celui qui est un, c'est » ; du point de vue grammatical les deux lectures sont possibles sans le moindre forçage.

Fort de ce savoir, Joseph ne se réfère plus à Dieu, qui pourrait désigner une divinité égyptienne, mais il mentionne Haélohim « Le Dieu », c'est-à-dire le Dieu distinct du monde et Créateur de ce monde.

Pharaon n'assimilera pas la leçon, puisqu'il continuera à mentionner Elohim, Dieu, sans l’article.

« Le pharaon dit à Joseph : Puisque Dieu (Elohim) t'a fait connaître tout cela, il n'y a personne qui soit aussi intelligent et aussi sage que toi. » (Gn 41, 39).

Dans cette rencontre, ce sont deux conceptions de Dieu qui s'opposent : pour pharaon, Dieu est une puissance naturelle, parmi d’autres puissances, qui fait déborder le Nil régulièrement, mais qui pour des raisons connues d'elle seule, retiendra ses bienfaits durant sept ans.

Pour Joseph, porteur du message hébraïque, Dieu unique ne s'identifie pas à la nature, Il se révèle à travers la nature, tout en restant séparée d'elle. Cette disette s’inscrit dans un dessein divin[1].

A partir de ce moment, Joseph utilisera haélohim Le Dieu, en référence au Dieu créateur. Plus tard, sans révéler son identité, il déclare à ses frères en égyptien ce que le traducteur dira en hébreu :

« C'est Le Dieu que je vénère ». (Gn 42, 18).

A la fin de la paracha de la semaine dernière, c’est dans la bouche de Juda, le frère de Joseph, que l’on retrouve la référence à Haélohim :

 « Juda répondit : Que te dire, mon seigneur ? Comment parler ? Comment nous justifier ? Dieu (Haélohim) a trouvé la faute de tes serviteurs. Nous sommes tes esclaves, aussi bien nous que celui aux mains de qui a été trouvée la coupe ! » (Gn 44, 16)

Ici Juda se réfère à Dieu comme garant de la morale, le Dieu des Hébreux, et non à une divinité locale.

Enfin dans la paracha de la semaine, lorsque Joseph se révèle à ses frères, il mentionnera Haélohim :

« En fait, ce n'est pas vous qui m'avez envoyé ici, c'est Dieu (Haélohim); il m'a fait père du pharaon, maître de toute sa maison et gouverneur de toute l'Egypte. » (Gn 45, 8)

Il y a « Dieu » et « Dieu »

 En conclusion, nous dirons que la mention seule de « Dieu » dans un langage ne signifie pas que nous parlions du même Dieu : s’agit-il d’une divinité, du Dieu des philosophes, du Dieu des scientifiques, ou bien de Celui dont parle la Torah et qui révélera son nom à Moïse ?

Pharaon ne connaissait que les puissances naturelles (Nil, soleil, animaux, etc.) ; depuis Abraham, les Hébreux se réfèrent à un Dieu personne (qui dit « je »), qui interpelle les hommes par leur nom, qui invite à pratiquer l’éthique monothéiste, qui définit le bien et le mal, et qui annonce les promesses.

Philippe HADDAD

 

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