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23 mai 2012 3 23 /05 /mai /2012 10:35

bamidbar

Devenir un désert !

« L’Eternel (YHWH) parla à Moshé dans le désert du Sinaï, dans la tente de du rendez-vous, le premier jour du deuxième mois, la deuxième année de leur sortie d'Egypte pour dire »

« Plus haut il est dit : Tels sont les commandements que l’Eternel  ordonna à Moshé, pour les enfants d’Israël, et ici il est dit : dans le désert, pour t’apprendre que la Torah et les mitsvoth ne sont acquises que par celui qui se rend tel un désert. »

Baal Hatourim

Commentons ce commentaire !

Le Baal Hatourim est resté célèbre dans l'exégèse rabbinique un interprète du second degré. En effet, il ne s'arrête pas au sens littéral (pshath), comme Rachi[2], Rachbam[3] ou Sforno[4], mais il prend le texte comme prétexte. Il propose alors, par son interprétation, d'éclairer le verset en conformité avec une tradition orale.

Parmi ses méthodes d'investigation, nous trouvons, comme ici, le principe de sémikhout ou principe de « juxtaposition ». Toute proximité textuelle induit une proximité de sens.

On pourrait comparer cette méthode herméneutique au travail de la psychanalyse sur le rêve. Le signifiant n'est pas seulement dans le récit, mais dans l'interprétation donnée.

Le Baal Hatourim pose, dans notre cas de figure, une juxtaposition entre le dernier verset du livre de Vayikra "Il appela" (Lévitique) et le premier verset de notre paracha qui évoque "le désert".

Pour notre auteur, cette proximité n'est pas seulement d'ordre historique, mais surtout religieuse ; elle dit quelque chose à celui qui a décidé de servir Dieu, c'est-à-dire celui qui a accepté de pratiquer le corpus des mitsvoth dans sa vie.

A quelle condition, ce service de Dieu, avodath Hashem, peut-il être authentique, répondre à l'appel prophétique ? La réponse est donnée par la symbolique du désert.

Le désert évoque un espace vide, un espace silencieux, un espace rigoureux aussi. Nous sommes des citadins, nous avons oublié ce qu'est le désert. Le bédouin pourrait nous parler de son lieu d'existence. Il pourrait nous enseigner en quoi ce silence, ce vide et cette rigueur sont constructifs de notre être, de notre parole. En hébreu, d'ailleurs, midbar "désert" signifie "lieu de la parole" (lieu du dibbour).

Faire de sa vie un désert pourrait signifier se vider de notre plein d'orgueil, savoir prendre nos distances par rapport à l'illusoire, au superficiel, à la brillance éphémère ; faire de sa vie un désert, ce serait s'attacher davantage à l'être qu'à l'avoir, à l'être plus qu'au paraître. 

Pour certains maîtres, le désert est symbole d'humilité. Être humble ne signifie pas s'éloigner du monde, dénigrer sa personne, se diminuer à ses propres yeux.

Je crois que l'humilité signifie rester en vigilance pour recevoir des autres, de la vie, du monde ; cela signifie être en vigilance par rapport au manque d'autrui, à sa souffrance, à son égarement. Cela signifierait aussi savoir descendre vers les plus petits que soit, non pour les écraser, mais pour les aider à s'élever.

Peut-être est-ce là la preuve que nous avons vraiment intégré la parole divine, transmise par Moshé, le plus humble des hommes, homme du désert s'il en fut.

Philippe HADDAD

 

 

 

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 15:04

jp354

 

« Si je t’oublie Jérusalem, que ma main droite m’oublie, que ma langue s’attache à mon palais, si je perds ton souvenir, si je ne mets Jérusalem au sommet de ma joie »

 

La Journée de Jérusalem, ce dimanche 20 mai 2012 ­ 28 Iyar du calendrier hébraïque ­ marque cette année le 36ème anniversaire de la libération et de la réunification de la capitale d'Israël, après les durs combats de la guerre des Six-Jours. Le 15 mai 1967, Gamal Abdel Nasser ordonnait le retrait des Casques bleus de l'Onu de la péninsule du Sinaï où ils étaient positionnés depuis 1956. Peu après, Nasser interdit le passage de navires israéliens par le détroit de Tiran, ce qui revenait au blocus du golfe d'Eilat, en violation du droit international.

Le 31 mai, l'Égypte expédie au Sinaï 100 000 soldats, 1000 chars et 500 pièces d'artillerie lourde. Elle signe un accord de défense avec la Jordanie, la Syrie et l'Irak, ces deux derniers mobilisent leurs armées. Le Koweit, l'Arabie Saoudite, le Soudan et l'Algérie envoient des renforts et des munitions aux belligérants arabes. Israël se retrouve encerclé de partout par quelque 250 000 soldats arabes, plus de 2000 chars d'assaut et quelque 700 avions de combat. Le président irakien de l'époque, Abdul Rahman Aref, déclare : « Notre objectif est clair : effacer Israël de la carte du monde. »

Telle est la situation à laquelle est confronté l'État d'Israël le 4 juin 1967 : trois fronts, neutralité déclarée des Etats-Unis et embargo sur les armes à toute la région, conforté par l'un des principaux fournisseurs de Tsahal à l'époque : la France. Les pays arabes en revanche bénéficient des largesses de l'Union soviétique en matière d'armements. La menace qui pesait alors sur Israël était existentielle.

Le 5 juin à l'aube, les avions de l'armée de l'air de Tsahal entreprennent une vaste opération préventive contre l'armée de l'air égyptienne, détruisant quasiment tous ses avions et une grande partie de ses chars. Les blindés israéliens se dirigent simultanément vers le Sinaï qu'ils investissent rapidement et vers la rive orientale du canal de Suez. Le même jour, la Jordanie attaque Israël.

Le 7 juin, l'infanterie de Tsahal investit la Vieille Ville de Jérusalem. Les soldats arrivent au Mur occidental et le commandant de la région Centre, le regretté général Mordehaï Gur, déclare avec émotion « L'esplanade du Temple est dans nos mains ! »

La conquête jordanienne

En 1950, après la conquête de la Vieille Ville par la Légion arabe le 28 mai 1948, la Jordanie l'annexe, en violation des accords internationaux. Seuls le Pakistan et la Grande Bretagne avalisent cette annexion. Les deux parties ­ l'arabe et la juive ­ de Jérusalem sont séparées par des barbelés et des champs de mines. Des tireurs d'élite jordaniens tirent fréquemment sur des civils israéliens à partir des positions qu'ils occupent sur les remparts. Tous les citoyens israéliens, y compris les musulmans et les chrétiens, sont interdits d'entrée dans le périmètre de la Vieille Ville, en violation des accords de cessez-le-feu signés par Israël et la Jordanie en mars 1949. Les touristes doivent prouver qu'ils sont chrétiens pour y pénétrer. Toute trace de présence juive est effacée. Une route est construite à travers le cimetière juif du mont des Oliviers, et des pierres tombales servent à paver des bases militaires jordaniennes. Les 58 synagogues du quartier juif, y compris la célèbre « Hourva » dont la construction remontait à 700 ans, furent profanées et détruites. Les Juifs perdirent l'accès à leurs lieux saints, en particulier au Mur occidental.

Après la reconquête de la Vieille Ville, la Knesset s'empressa de voter une loi sur les Lieux saints, prévoyant leur libre accès aux fidèles de toutes les religions, et accorda l'autonomie à toutes les religions et à tous les courants pour la gestion de leurs Lieux saints. La loi prévoyait également l'élargissement de la juridiction municipale à la ville arabe de Jérusalem, qui devint partie intégrante du territoire israélien. La Knesset annula toutes les mesures discriminatoires. Le gouvernement israélien rendit aux musulmans le droit de pratiquer librement leur culte sur le mont du Temple, en dépit du fait qu'il représente le principal lieu saint du judaïsme. En fait, il fallut attendre la guerre des Six-Jours et la réunification de Jérusalem pour que les fidèles de toutes les religions aient accès à la Vieille Ville. Aujourd'hui, le Wakf, qui gère le Mont du Temple, empêche les Juifs d'y prier.

En juin 1980, la Knesset vote la loi fondamentale régissant le statut de Jérusalem, capitale de l'État d'Israël. La loi mentionne les droits et les devoirs d'Israël concernant Jérusalem.

Jérusalem au fil des siècles

La ville de Jérusalem est immuablement liée à l'histoire du peuple juif. La place essentielle qu'elle tient dans les traditions juives plonge ses racines il y a plus de quatre millénaires, avec le sacrifice d'Isaac sur le mont du Temple, le mont Moriah, appelé à devenir le site du Temple.

En l'an 1004 avant l'ère chrétienne, le roi David s'empara de la petite cité jébusite qu'il transforma en capitale de son royaume. Son héritier, le roi Salomon, y édifia le Premier Temple. La ville resta la capitale du royaume pendant les quatre siècles où régnèrent les souverains de la dynastie davidique, jusqu'à sa conquête et sa destruction par les Babyloniens en 586 avant l'ère chrétienne. Quand la Perse conquit Babylone, les Juifs obtinrent le droit de retourner dans leur patrie, Erets-Israël. 70 ans plus tard, la ville et le Temple furent reconstruits. Pendant les 500 ans qui suivirent le retour d'exil, Jérusalem resta au cur du culte et de la culture juive.

Ce fut le tour des Grecs séleucides de conquérir Erets-Israël et de profaner le Temple. La révolte des Maccabées en 167 avant l'ère chrétienne fut dirigée contre l'envahisseur païen et restaura l'indépendance juive sous la direction de la dynastie hasmonéenne.

En 63, Pompée conquiert Jérusalem et rattache la Judée à l'empire romain. La population juive se révolte contre Rome, provoquant en représailles la destruction de Jérusalem et du Temple, le massacre de ses habitants et l'exil des rescapés. Une deuxième révolte juive ­ conduite par Bar-Kochba entre 132 et 135 ­ se solde par un échec d'autant plus cuisant que Jérusalem est rasée et remplacée par une ville romaine païenne : Aelia Capitolina, interdite aux Juifs. Sa population juive se disperse à l'étranger (diaspora) et en Galilée.

Au cours des siècles qui suivront, et qui tous apporteront leurs occupants étrangers à Jérusalem ­ Rome jusqu'en 324, Byzance (324-614), Perse (614-638), Arabes (638-1099), Croisés (1099-1291), Mameluks (1291-1516), Ottomans (1516-1917) et Britanniques (1917-1948) ­ la population juive constitua toujours la principale communauté de la ville.

Jérusalem est évoquée plus de 800 fois dans la Bible. Elle est désignée de 70 noms dans la littérature post-biblique. Sa destruction occupe une place exceptionnelle dans la mémoire collective juive, dans la liturgie, dans les jeûnes (en particulier celui de Tisha beAv qui met fin à trois semaines de deuil). Les Juifs du monde entier prient en direction de Jérusalem. La tradition de briser un verre sous le dais nuptial qui conclut la cérémonie du mariage juif est symbolique : la joie ne peut être totale tant que Jérusalem n'est pas reconstruite dans sa splendeur passée. De même, les Juifs orthodoxes laissent dans leurs maisons un endroit non plâtré en souvenir du Temple. La Haggadah de Pessah et les prières de Yom Kippour s'achèvent sur une phrase prononcée avec ferveur : « L'an prochain à Jérusalem ! »

Un jour, Napoléon fit son entrée dans un synagogue un jour de Tisha beAv. Il y vit des Juifs assis par terre qui se lamentaient et demanda la raison de leur affliction. On lui répondit que les personnes présentes pleuraient la destruction de Jérusalem et du Temple. « Quand cela advint-il ? », demanda l'empereur. « Il y a deux mille ans », lui répondit-on. Et Napoléon de rétorquer : « Un peuple qui se souvient de sa patrie pendant deux mille ans finira par y retourner. »

 

 

 

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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 10:28

champs

L'ANNEE DE LA CHEMITA (Année Sabbatique)

Dans la paracha, (section) de Behar, la Torah présente une des idées essentielles de la Torah, à savoir le principe de la chemita, l'année sabbatique.

Il est écrit dans le Lévitique (25/3) : "Six semaines tu ensemenceras ton champ, six années tu travailleras la vigne et tu récolteras le produit mais la septième année tu accorderas une année de chômage absolu à la terre, un Chabbat pour l'Eternel."

Pendant cette septième année la Torah nous interdit donc tout travail agricole.
Quelle peut-être notre appréciation rationnelle de ce commandement ?

Certains ont voulu se contenter de voir ici une loi d'intérêt agricole, afin de laisser la terre se reposer et se régénérer. S'il en était ainsi, pourquoi la Torah aurait imposé à tous les agriculteurs de laisser leur champs en friche exactement en même temps ce qui fera certainement perdre à l'économie plus de ce que la terre gagne en repos...

Une idée maîtresse qu'on trouve chez beaucoup de commentaires est le fait que la Torah interdit au propriétaire du champ de labourer son propre terrain pendant toute une année, lui rappelant ainsi qu'il n'est pas vraiment le patron absolu mais qu'il y a une puissance suprême à laquelle il est, lui même, soumis.

Ainsi, de la même façon que celui qui observe le Chabbat proclame sa foi en D. qui a créé le ciel et la terre en six jours et S'est "reposé" le septième jour ; de même, celui qui s'abstient de travailler son champ la septième année proclame par ce repos que la terre appartient à D.

Cependant, on entend souvent des gens poser la question : "Pourquoi doit on faire les mitsvoth ? Est-ce que, vraiment, celui qui va laisser son champ en friche pendant un an croira plus en D; que celui qui l'aura travaillé ?"

C'est que l'homme doit aspirer à sentir la présence divine en permanence et surtout concrètement. Et un des aspects des mitsvoth est justement à permettre de l'individu de rendre possible la perception la proximité de D.

La Michna nous enseigne dans les Maximes des Pères (2/1) "Regarde trois choses et tu ne tomberas pas dans le péché : sache qu'il y a au dessus de toi un oeil qui voit tout, une oreille qui entend tout et n'oublie pas que toutes tes actions sont inscrites dans le livre."

L'homme qui vit avec cette conscience ne fautera point. Celui qui accomplit les mitsvoth d'une façon suivie, sachant qu'il les fait pour D. se trouvera dans une relation permanente avec Lui.
Rav Moché Isserlis, dit le "Rema", coauteur du Choul'han Arouh, relève au début de cette oeuvre le fait que l'homme ne se comporte pas de la même façon s'il est tout seul et lorsqu'il est en présence de quelqu'un d'autre. Et plus cette autre personne sera importante, plus il fera attention à son comportement. - A plus forte raison si l'homme se sait en présence de son Créateur !

M. Carmi Teboul

 

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11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 15:16

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Le Consistoire Central de France remercie le Président de la République sortant, M. Nicolas Sarkozy, pour son écoute, sa disponibilité et son action permanente dans tous les domaines de préoccupation de la communauté juive, notamment dans la lutte contre toutes les formes d'antisémitisme en France.

Le Consistoire Central de France adresse ses chaleureuses félicitations au nouveau Président de la République Française, M. François Hollande, pour son élection à la plus haute fonction de l’Etat et lui souhaite de réussir pleinement dans l’exercice de ses nouvelles responsabilités au service de tous les Français.

Face aux défis immenses que la France s’apprête à relever, les choix et les décisions du nouveau Président de la République seront essentiels pour tous les Français.

Conformément à sa tradition bicentenaire de dialogue et d’ouverture, au nom des communautés juives de France, le Consistoire Central continuera de défendre les valeurs de la communauté nationale dans la logique républicaine de Liberté, d’Egalité et de Fraternité chère à tous les juifs français.

La communauté juive française - durement éprouvée par l’ignoble attentat antisémite de Toulouse- ne doute pas que le nouveau gouvernement formé par le Chef de l’Etat se montrera inflexible sur les questions de sécurité et de libre exercice du culte des minorités religieuses.

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10 mai 2012 4 10 /05 /mai /2012 15:51

Emor

"Ne profanez pas mon saint nom, afin que je sois sanctifié au milieu des enfants d'Israël, moi, l'Eternel qui vous sanctifie".

(Lévitique, 22, 32)

 Lorsque nous parlons de nos martyrs, de ceux qui sont morts, assassinés, uniquement parce qu'ils étaient juifs, tout au long de notre douloureuse histoire, plus particulièrement, lorsque nous évoquons le souvenir des six millions de juifs assassinés par les nazis dans les fours crématoires, nous avons l'habitude de dire qu'ils sont morts en sanctifiant le nom de Dieu,

Le fait qu'ils soient morts en tant que juifs conscients, proclame à la face du monde qu'ils considéraient Dieu comme saint, Le reconnaissaient et Le vénéraient.

Par leur mort, tous ces juifs ont donc observé ce commandement: l'obligation de sanctifier le nom de Dieu et l'interdiction de le profaner et de le déshonorer. Mais tout le monde, Dieu merci, n'est pas obligé de mourir pour observer cette MITSVAH. Bien au contraire, c'est durant toute notre vie, dans les conditions les plus quotidiennes, que nous devons et pouvons, nous aussi, sanctifier le nom de D.ieu.

De quelle façon ?

Tout d'abord simplement, en vivant selon la volonté de Dieu, en montrant à notre entourage que notre vie est réglée par les grands principes de la Torah et que nous ne nous en écartons sous aucun prétexte.

Agir ainsi, c'est se faire respecter, mais surtout montrer combien à nos yeux la parole de Dieu est respectable et l'Eternel saint.

Mais, de plus, c'est à travers le respect de notre prochain, à travers une honnêteté scrupuleuse, une affabilité sereine, une serviabilité constante, bref à travers l'amour qui se dégagera de notre contact quotidien avec les hommes, que nous nous ferons, plus que tout, le champion de la sainteté de Dieu.

C'est dans ce côté terre à terre des contacts humains que l'autre sera appelé à juger si pour nous véritablement Dieu est saint et apprendra à le sanctifier à son tour.

Si, par contre, nous devions dans ces rapports humains, avoir pour guide, l'égoïsme, la facilité, la haine, l'absence de loyauté, nous nous déshonorerions en même temps que nous profanerions le nom de Dieu.

Lamed

 

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9 mai 2012 3 09 /05 /mai /2012 15:10

emor

Les rendez-vous de Dieu

 

L’un des thèmes de notre paracha est celui des fêtes du calendrier hébraïque. Ces fêtes sont dites en hébreu moâdim (sing. moêd) qui signifie « rendez-vous ». Les fêtes sont entendues comme des rendez-vous avec Dieu, et aussi avec la communauté. Tout rendez-vous implique une rencontre, un échange et donc un enrichissement.

 

Valeur des fêtes juives :

 

L’une des caractéristiques communes à toutes les fêtes de la Torah (Shabbath, fêtes de pèlerinage, Roch Hashana ou Kippour) sont leur caractère chômé. On n’y travaille pas, c’est-à-dire que l’on sort durant un temps du circuit de production économique. Ne pas travailler ne signifie pas que les jours de fêtes soient des moments de loisirs pour faire ses courses ou repasser la deuxième couche de peinture dans sa maison. A priori, ils sont offerts pour vivre une journée plus spirituelle, pour se souvenir des bienfaits de l’Eternel et se ressourcer physiquement, moralement et spirituellement. Les repas, la prière et l’étude auront ici une place centrale.

 

Ecoutons le prophète Isaïe (LVIII, 13 et 14) dont les paroles sont toujours d’actualité :

 

« Si le Chabbat tu retiens ton pied pour ne point faire ton désir, dans Mon jour de sainteté, et si tu appelles mon Chabbat « délice », pour la sainteté de l’Eternel, jour honoré, et si tu l’honores en ne suivant point tes chemins, ne saisissant point l’occasion des affaires, et en ne prononçant aucune parole (profane), alors tu te délecteras devant l’Eternel, Je te ferai chevaucher sur les hauteurs de la terre, je te nourrirai de l’héritage de Jacob ton père, car c’est la bouche de l’Eternel qui la déclaré ».

 

Ces versets, qui sont lus au kiddouch du samedi matin, ainsi que durant la haftara du matin de Kippour, s’appliquent bien sûr au Shabbath, mais par extension aux jours de fêtes qui sont aussi appelés Shabbath (jour de cessation – du travail -).

Le prophète demande de distinguer ces solennités par une conduite différente de celle de la semaine. Le mot raglékha ("ton pied"), peut aussi être entendu en hébreu, comme « ton habitude », on dirait aujourd’hui « se libérer de ses conditionnements ». Selon Isaïe, il s’agit de se construire un nouvel univers où les soucis matériels sont mis entre parenthèses afin de vivre autant que faire se peut, cette proximité avec Dieu, et se reconnaître fils ou fille de notre patriarche Jacob - Israël.

 

Temps de la nature – temps de l’Histoire :

 

Dans la Tora, les fêtes ont un double caractère : un caractère agricole et un caractère historique. Cela est remarquable particulièrement avec les fêtes de pèlerinage.

  • Pessah qui est « la fête du printemps » rappelle la sortie d’Egypte.
  • Shavouoth qui est « la fête des moissons » rappelle le don des Dix Commandements.
  • Souccoth « la fête de l’engrangement » d’automne rappelle la traversée du désert.

En reliant ces moments, la Torah marque une rupture avec les cultes païens qui exprimaient une adoration des forces de la nature pour elle-mêmes. En Egypte, le Nil était déifié, et c’est en son nom, que le Pharaon sacrifia des milliers d’enfants hébreux. En Canaan, Moloch, Baal ou Astarté étaient adorés ; cela entraînait des sacrifices humains ou de la prostitution sacrée.

 

L’un des grands messages prophétiques s’exprime ainsi : le Dieu qui crée la nature est le même Dieu qui délivre l’homme, afin qu’à son tour l’homme utilise la nature pour délivrer son frère de l’oppression et de l’aliénation.

Philippe HADDAD

 

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5 mai 2012 6 05 /05 /mai /2012 15:55

 

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Suivant les sources rabbiniques, le 33e jour de l’Omer (Lag = 33) l’épidémie mortelle qui a tué 24000 élèves de Rabbi Akiva s’est arrêtée. En fait, il s’agirait plutôt d’une allusion à la révolte de Bar Kochba contre les Romains en 135 qui s’est terminée par un bain de sang et l’abandon d’un rêve d’autonomie politique. Rabbi Akiva, qui avait soutenu de son autorité morale la rébellion contre les occupants romains, a trouvé la mort avec nombre de ses disciples.

Depuis, la tradition a fixé que les trente-trois premiers jours de l’Omer seraient des jours de deuil où il est interdit de se marier, de se couper les cheveux, de se raser la barbe, d'écouter de la musique, etc. Le 33e jour du Omer où "l’épidémie s’est arrêtée" est devenu un jour où l’on peut à nouveau se réjouir.

Une seconde tradition liée à Rabbi Shimon Bar Yohaï, disciple de Rabbi Akiva, viendra se greffer sur la première et la supplanter. Le 33e jour du Omer est devenu, à partir du 16e siècle, lorsque des juifs expulsés d’Espagne rejoignent la Terre d’Israël et s’installent en Galilée, le jour anniversaire de la mort de Shimon Bar Yohaï.

La tradition l’appelle la Hilloula de Rabbi Shimon Bar Yohaï. Le terme de Hilloula n’est attribué qu’aux grands maîtres qui sont vénérés comme des saints. Shimon Bar Yohaï est considéré comme l’auteur du livre du Zohar (livre de la Splendeur), ouvrage fondamental de la Kabbale que certains cercles religieux considèrent comme un livre saint au même rang que la Bible et le Talmud. Ecrit en araméen, le livre fut en fait rédigé au 13e siècle par Moise de Léon qui, pour lui conférer une autorité, l’a attribué au grand maître du 2ème siècle. Le livre connut un succès fulgurant et le mouvement cabbalistique prit de l’ampleur. L’ouvrage s’ouvre par le récit de la mort de Shimon Bar Yohaï (le 33e jour de l’Omer) qui réunit ses disciples autour de lui et leur révèle les secrets de la Torah. Ces secrets sont contenus dans le livre du Zohar.

La première mention de la Hilloula de Rabbi Shimon Bar Yohaï se trouve dans le livre Shaar haKavanot attribué à Rabbi Isaac Louria, de la fin du 16e siècle. Ce n’est qu’au 18e siècle que le 33e jour du Omer devient une fête de plus en plus marquée par certains courants religieux. Les traditions se multiplient et se transportent dans les communautés juives du monde entier y compris les communautés d’Afrique du Nord qui vont particulièrement célèbrer ce jour.

La coutume la plus répandue est d’allumer des feux de joie pour rappeler que Shimon Bar Yohaï a transmis les secrets de la Torah qui est un feu qui brûle et réjouit. Elle est une lumière dans la nuit.

On se rend en pèlerinage sur la tombe de Rabbi Shimon Bar Yohaï, située à Méron, petite bourgade de Galilée, à 15 km environ au nord-ouest du lac de Tibériade et à quelques kilomètres seulement de la ville de Safed, haut-lieu de la Kabbale.            

            Les festivités commencent la veille à midi où depuis 162 ans des milliers de fidèles vont chercher un rouleau de la Torah datant de l’expulsion d’Espagne et qui se trouve dans la synagogue d’Abouhav dans la veille ville de Safed. De là, ils processionnent jusqu’à Méron. Le soir, à l’apparition des étoiles, des centaines de feu sont allumés et les hassidim dansent en farandole jusqu’à l’aurore.

A partir de minuit et la journée du lendemain, on coupe pour la première fois les cheveux des garçons qui ont atteint l’âge de 3 ans.

Après avoir abattu rituellement un animal, les fidèles ont pour habitude de manger et de boire le plus près possible de la tombe et de lui faire des prières et des demandes. Certaines coutumes se mélangent à des pratiques plus ou moins superstitieuses que certains rabbins ne voient pas toujours d’un très bon œil.

Rabbi Shimon Bar Yohaï

Rabbi Shimon Bar Yohaï est l’un des hommes les plus remarquables qui aient jamais vécu, et il y en a très peu à qui les contemporains aussi bien que la postérité aient accordé autant de considération.

Dans Yérouchalmi on relève que Rabbi Akiva refusa de recevoir Rabbi Shimon parmi ses disciples, et qu’il ne l’a fait qu’après lui avoir fait passer un examen. Son père Yohaï était du coté de Romains pendant l’époque terrible des persécutions d’Adrien. C’est probablement la raison pour laquelle Rabbi Akiva refusa de prendre le jeune Rabbi Shimon parmi ses disciples. Mais celui-ci réussit tout de même à s’imposer, et fut, avec ses compagnons Rabbi José, Rabbi Meïr, Rabbi Yéhouda et Rabbi Néhemya, l’un des piliers de la Torah.

Contrairement à son père, Rabbi Shimon fut poursuivi par les Romains et condamné à mort, si bien qu’il dut se cacher, avec son fils Rabbi Eléazar, dans une caverne pendant treize ans et où il étudia la Torah.

Après la mort de l'empereur romain, les Sages envoyèrent une délégation à Rome et choisirent Rabbi Chimon bar Yo'hai pour la conduire. En arrivant à Rome, ils apprirent que la fille de l'Empereur romain était atteinte d'une grave maladie et que personne ne pouvait la guérir. Après quelques jours de traitement, la princesse fut guérie par Rabbi Chimon bar Yo'hai. L'Empereur désirant se montrer reconnaissant, lui proposa de choisir la chose la plus précieuse du trésor romain. Rabbi Chimon y trouva les décrets relatifs aux persécutions ordonnées contre les Juifs. Il les demanda en récompense de ses services. C'est ainsi qu'il réussi à écarter le danger qui planait sur les Juifs à cette époque.

Rabbi Chimon bar Yo'haï mourut à Mérone, un petit village près de Safed, en Israël. Nombreux sont ceux qui se rendent chaque année à Lag Baomer (le 18 Iyar), anniversaire de sa mort, en pèlerinage sur son tombeau, où ils allument des bougies et récitent des prières.

 

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2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 14:37

ahare

Bonifier la vie

Nous lirons ce Shabbath Aharé moth (« Après la mort ») et Kédoshim (« Saints ») ensemble (méhoubaroth). La première traite - après la mort des fils d'Aaron - du culte de Kippour au Temple et des unions sexuelles interdites (la presque totalité de cette paracha sera lue à Kippour), la seconde présente diverses mitsvoth (commandements) tant vis-à-vis de Dieu que vis-à-vis du prochain.

Dans certains milieux religieux, il est coutume de lire les deux titres en leur donnant sens : Après la mort (des vivants, ils sont) saints. Une manière de dire qu'après le départ d'un défunt, son âme se trouve dans un monde de paix, baignée de la lumière divine. Mais nous proposerons une autre lecture, qui nous paraît plus près de la conception du prophétisme hébreu : Laissons les morts, et occupons-nous de notre travail d'homme qui consiste à sanctifier la vie. Même les rites de deuil ont pour finalité de permettre aux endeuillés de revenir vers la vie (manger après l'enterrement par exemple).

Cette idée que la vie triomphe de la mort, ou doit triompher de la mort, cette idée que l'espérance doit l'emporter sur le désespérance constitue, incontestablement, la texture du discours prophétique.

Les fils de Aaron, Nadav et Avihou, sont morts d'avoir apporté un feu étranger. Aaron, son épouse et leurs deux deniers fils voient le jour de l'inauguration du sanctuaire métamorphosé en journée noire. La nuit sous le soleil. Pourtant Dieu leur demande de continuer le service du Temple. De même, l'homme peut-il se sentir souillé par ses fautes, par ses transgressions, la Torah donne le rite de Kippour, rite d'expiation et de repentir « pour que l'homme vive ». La vie, encore la vie, toujours la vie, comme sanctuaire du Dieu vivant.

Ainsi peut se comprendre la notion de sainteté, posée en projet de la collectivité d'Israël : « Saints vous serez, car saint Je suis, l'Eternel (YHWH), votre Dieu. » Le rapport de cause à effet n'est pas évident. Pourquoi, parce que Dieu est saint, l'homme doit-il se sanctifier ? Peut-être parce que l'homme est fait à l'image divine, et que la réalisation totale de son humanité du point de vue de son Créateur passe par une imitation de Ses voies (imitatio Dei).

Mais qu'est-ce que  la sainteté ? Cette catégorie religieuse nous renvoie à une distinction, un homme dit saint, un lieu dit saint, un temps dit saint sont distingués des autres hommes (le commun des mortels), des autres lieux (les lieux communs) des autres temps (les temps morts). Pour autant, cette distinction du point de vue biblique ne signifie pas rupture, refus ou diminution de la vie, de l'espace ou du temps. L'homme qui voudrait se sanctifier n'aurait pas besoin de choisir l'exil de l'ascète. Certains selon leur nature profonde arrive à cette conclusion de consacrer leur vie à Dieu, soit ! Ils donnent à penser le sens de notre existence. Mais « la Torah parle le langage des fils de l'homme», elle parle justement et d'abord pour le commun des mortels.

Pour Israël, la sanctification, ce mouvement de distinction, signifie accepter la royauté de Dieu et pratiquer Ses mitsvoth, Ses commandements. D'ailleurs pour de nombreuses mitsvoth positives, le fidèle récite une bénédiction qui contient toujours cette formule : « …qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné… ». C'est le fait d'accomplir la mitsva qui sanctifie. Or ces mitsvoth ne sont « ni dans les Cieux, ni de l'autre côté des mers.» Elles ne se situent pas et ne situent pas celui qui les accomplit dans une autre réalité (au-delà du réel) ou loin de la civilisation.

Celui qui accomplit les mitsvoth vit dans le monde. Le début de la paracha nous révèle son identité : il s'agit d'un paysan qui cultive son terrain, d'une travailleur qui risque d'être happé par un travail absorbant, d'un homme se rendant au Temple pour apporter son sacrifice, d'un individu qui suite à une querelle pourrait garder quelque rancune, voire désirer se venger. Cette réalité ne m'interpelle-t-elle pas ? La Torah parle de mon voisin, la Torah parle de moi. Mon image s'y reflète comme dans un miroir.

A ce paysan, la Torah lui demande de se sanctifier en laissant un coin pour le pauvre, au business man, elle demande de se sanctifier en sanctifiant le Shabbath, au fidèle du Temple de se sanctifier par un zèle d'amour, au rancunier de se sanctifier en extirpant la haine de son cœur. La sanctification introduit un écart entre la nature, ma nature, et la volonté divine que j'accomplis. Je suis du monde et quelque part « mon royaume n'est pas de ce monde » puisqu'il se situe dans l'acceptation de la royauté des Cieux.

L'homme qui se sanctifie peut être mon voisin de palier, mon collègue de bureau, moi, si je décide d'introduire dans mon existence cette parole de Dieu qui m'oblige.

Se sanctifier, ce serait vivre comme un athée, la parole de Dieu en plus. Chaque homme peut alors être concerné !

Philippe Haddad

 

 

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30 avril 2012 1 30 /04 /avril /2012 16:08

les héros d'Israel

 

Il y a quelques jours, Israël fêtait son 64 eme anniversaire.

Après avoir honoré tous ceux qui ont donné leur vie pour la défense du pays, le peuple d'Israël, et plus largement la majorité du peuple juif, est passé du souvenir à l'avenir !

Dans tous les foyers et dans toutes les rues, chacun regarde avec fierté ce qu'est devenu ce désert concédé, en 1948 par les nations honteuses, à ce peuple juif prêt à tout pour vivre et enfin devenir maître de son destin.

Malgré les haines, les trahisons, les guerres et les attentats, Israël a grandi, prospéré et a transformé les marécages en terres agricoles, le désert en jardin et a fait des enfants de la Shoa, des bâtisseurs et des combattants que le monde, malgré lui, admire.

Quelle belle réponse à tous les antisémites que de voir cette belle jeunesse israélienne, étudier, servir dans Tsahal et réussir !

Les 6 millions de nos frères massacrés dans l'indifférence la plus grande, ont aujourd'hui des enfants et des descendants.

Leurs âmes, leurs noms et leurs visages, que la haine voulait à tout jamais effacer, sont aujourd'hui présents derrière chaque grain de sable, chaque fleur, chaque bâtiment, chaque hôpital, chaque université, chaque enfant ...

Du néant imposé par le silence des nations, le peuple juif à recréé l'espoir.

Des ténèbres, il a fait renaître la lumière et par sa volonté et sa croyance, il montre chaque jour sa volonté de vivre et d'exister.

Pas un d'entre-nous ne doit se sentir étranger à ce miracle.

Pas un d'entre-nous ne doit oublier.

Nous sommes tous les héritiers et les gardiens de cette terre et de notre histoire.

Où que nous soyons, où que nous vivions et quelles que soient nos différences, nous devons faire corps avec Israël.

Nous devons tout faire pour renforcer et faire comprendre ce jeune état, qui en 64 ans et malgré les guerres qui lui ont été imposées, est la seule démocratie du moyen orient.

Nous devons le soutenir face aux négationnistes et leurs complices.

Comme l'a déclaré Élie Wiesel, nous pouvons vivre loin d'Israël, mais pas sans Israël.

Bon anniversaire à l'état d'Israël et à son peuple !

Que la lumière de sa capitale éternelle, Jérusalem, éclaire l'humanité et la préserve de l'obscurantisme qui, à chaque génération, cherche à semer la mort et la désolation.

Gil TAIEB

 

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 08:28

tazria

 « L’Eternel parla à MOÏSE en ces termes : « Voici quelle sera la règle imposée au lépreux lorsqu’il redeviendra pur : il sera présenté au pontife. Le pontife se transportera hors du camp...... » (Lévitique XIV, 1-3).

S’il peut paraître que notre paracha se consacre à des questions d’ordre médical, notamment la maladie du METSORA, de ce que l’on appelle le lépreux, en raison des signes qu’il présentait autrefois, et pouvant être considérés comme étant ceux de la lèpre, la TORAH vient surtout nous apporter des enseignements dépassant le simple stade d’une maladie frappant aujourd’hui encore des centaines de milliers de personnes, en particulier dans certains pays d’AFRIQUE, et ce, malgré les progrès scientifiques indéniables pour éradiquer la maladie.

Le texte de notre paracha nous présente les étapes par lesquelles doit passer le lépreux avant d’être à nouveau déclaré pur. Après une période d’isolement à l’extérieur du camp où vivait le peuple durant sa traversée du désert, le lépreux devait être présenté au pontife. Le verset cité en introduction laisse prévoir deux situations apparemment contradictoire. D’une part il est dit « qu’il sera présenté au pontife », d’autre part presque en même temps, il est dit que « le prêtre sortira du camp ». Cela vient nous enseigner que l’initiative doit provenir des deux côtés. En effet, nous savons que cette maladie de la lèpre frappait celui qui s’était lâché à faire de la médisance, d’où nos rabbins, au lieu de lire « METSORA - lépreux, lisent plutôt MOTSI RAH - celui fait sortir le mal ». Calomnier, médire, c’est refuser de reconnaître l’existence de l’autre. En punition, celui qui aura commis la faute du LACHONE HARAH, devra donc être mis à l’écart, et parvenir au terme de ces sept jours d’isolement, à se considérer comme étant insignifiant, sans valeur, jusqu’à ce qu’on le présente au pontife, qui pourra le déclarer guéri.

Par ailleurs, le prêtre, le COHEN a pour obligation d’aller en direction de la personne coupable de calomnie et de médisance, ainsi qu’il est écrit : « Le pontife sortira à l’extérieur du camp. » (Lévitique XIV, 3). Dépassant les limites des trois lieux où résidaient alors les COHANIM, les LEVITES et les enfants d’ISRAEL, le prêtre avait pour obligation de se rendre auprès de celui qui était isolé, tout à fait à l’écart du peuple. Il avait péché par médisance, et voici venu le jour de la réparation, où il devait apporter un sacrifice d’expiation. Malgré tout, il était indispensable que le prêtre vienne vers lui, selon le principe selon lequel, « celui qui veut se purifier, on doit l’aider dans sa voie » (Chabbat 104 a). Dans le cadre de notre étude, on peut comprendre cette expression courante de notre tradition, sachant que celui qui s’était rendu coupable par médisance avait été tenu à l’écart pour expier sa faute. Il a donc eu le temps de réfléchir mais après cela, il était juste que le prêtre vienne lui rendre visite pour lui manifester un sentiment de réhabilitation.

Il faut cependant souligner le fait que si le COHEN (de nos jours le Rabbin, à un moindre degré) était allé en direction de celui qui allait commettre cette faute de la médisance ou une faute d’une autre nature, les choses pourraient changer et n’atteindraient sans doute pas un stade avancé dans le péché. La responsabilité du fidèle et du maître doivent donc en principe être partagée. Nous connaissons des situations analogues dans notre histoire biblique. En effet, certaines de ces situations auraient pu être inversées selon le comportement de l’un ou l’autre des protagonistes. Prenons par exemple le cas du Roi EZECHIAS et du prophète ISAÏE. Lorsque le premier tomba malade, il souhaita la visite du prophète ISAÏE. L’un et l’autre estimaient qu’il n’était pas de leur rang de se déplacer en premier pour se rendre chez l’autre. En définitive, le prophète rendit visite au roi pour lui demander de faire acte de repentance, de sorte qu’EZECHIAS, comprenant qu’il devait se repentir, obtint un sursis de vie de quinze années supplémentaires. (II Rois XX, 6).

Le cas du lépreux dont nous avons parlé au début de notre texte, pour faire comprendre que le prêtre avait le devoir de se rendre chez lui afin de l’inciter à comprendre ses erreurs, nous permet de comprendre qu’il est des moments où l’on doit passer outre à une question de préséance ou de dignité, malgré les fonctions que l’on est amené à occuper. C’est bien ce que veut nous enseigner ce texte des PIRKE ABOTH, chapitre IV, michna 3, où BEN AZAÏ dit : « Ne dédaigne aucun homme, et ne rejette aucune chose ; car il n’y a point d’homme qui n’ai son heure, et il n’y a pas de chose qui ne trouve sa place. »

Aussi bien dans le cas du lépreux que dans n’importe quelle autre situation, nos Maîtres veulent souligner l’importance que devons nous attacher au respect dû à tout être humain, sans exclure ni rejeter qui que ce soit. Tout ce que D.ieu a créé mérite notre respect. Le simple fidèle a tôt ou tard besoin de se rendre chez le prêtre ou le rabbin, tout comme ceux-là aura peut-être un jour besoin de s’appuyer sur lui pour mener à bien leur mission. Le Roi SALOMON dit bien à ce propos : « Il a fait toute chose excellente à son heure. » (Ecclésiaste III, 11). C’est dire combien il est important d’apprécier chacun et chaque chose à leur juste valeur, ce qui nécessite de notre part une très grande attention, ce qui doit avant tout nous inciter à mesurer nos jugements et nos paroles, pour ne pas commettre la grave faute du LACHONE HARA, à laquelle avait succombé le lépreux, objet de notre commentaire sur la paracha

Grand Rabbin Alain Goldmann

 

 

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