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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 19:27

ORIGINE DES "YOUYOUS"

 

Vous avez tous entendu ces femmes juives séfarades qui, pour manifester leur joie lors des cérémonies ou festivités. Notamment les mariages, poussent des youyous, ces longs cris aigus et modulés qui résonnent dans les synagogues ou autres salles de réception. Ce sont des moments de chaleur humaine que partagent les familles et qui font sourire (ou gênent) plus d'un.

 

On a donné toutes sortes d'origines, plus fantaisistes les unes que les antres, à ces vivats, mais non la plus ancienne et la plus proche de la vérité.

 

Qui ne se souvient pas que d'après la bible, Jacob avait échangé le droit d'aînesse d'Esaü contre un plat de lentilles ? Avant sa mort, leur père Isaac, devenu aveugle, veut rétablir Ésaü dans ses droits. Mais, Rébecca profite de la cécité de son mari pour lui faire donner sa bénédiction à Jacob.

 

Ésaü, furieux, décide de tuer son frère dès que leur père serait décédé. Rébecca découvre ses intentions et implore Jacob de fuir chez Laban, son oncle.

 

Jacob se réfugie donc chez Laban, lequel a deux filles Léa et Rachel. Jacob rencontre la cadette, Rachel, près d'un puits à proximité de Harran. Il souhaite l'épouser, mais Laban refuse tant que l'aînée n'est pas mariée. Cependant, Laban accepte de lui accorder la main de sa fille Rachel contre sept années de travail à son service.

Au bout des sept années, les préparatifs de la fête ont lieu. Or tous ceux qui avaient assisté à ces préparatifs (dont le marié était exclu), savaient que l'ignoble Laban greffant cupidité et mauvaise foi, préparait un coup fourré à son futur gendre, mais ne pouvaient le dire ouvertement à Jacob par crainte de représailles.

 

A ce propos, le Midrash (Berechit Rabba 70: 19) raconte que le jour de son mariage avec celle qu'il croyait être Rachel. Jacob vît les gens de l'endroit prendre part avec ardeur aux préparatifs de la cérémonie et chanter en l'honneur des futurs époux. Jacob leur dit : "Pourquoi manifestez-vous autant d'enthousiasme peur mes noces?". Ce à quoi ils lui répondirent :

 

 "Nous voulons montrer notre gratitude envers celui qui a apporté la bénédiction dans notre région". Ils essayaient par là d'utiliser une ruse oratoire afin de souffler à Jacob sous le nez de Laban que celle-ci n'était pas Rachel mais bien Léa.

 

 En accompagnant l'heureux marié sous le dais nuptial, les invités chantaient sans interruption :

 

"Ha lya, ha lya, ha lya, ha /va...".

 

Onomatopée qui voulait faire l'allusion "C'est Léa, c'est Léa", une sorte d'avertissement dans le style de "Tu me fends le cœur !" du César de Pagnol, mais que l'époux n'a pas compris, l'esprit rempli de ce qu'il croyait être son futur bonheur.

 

C'est seulement au matin, qu'il réalisa la duperie et comprit les paroles de la chanson. En ce temps-là, les mariées étaient toutes couvertes de voiles et Jacob n'a pas pu s'en apercevoir dans l'obscurité de la tente, avant le jour,

 

La bible dit : "Laban réunit tous les habitants du lieu et fit un banquet... Or, le matin, il se trouva que c'était Léa" (29: 19,25)

 

De là viennent les différents types de youyous déformés, spécifiques aux régions, voire aux pays, qui entaillent nos joies. Comme beaucoup de traditions juives, celle-ci également a été reprise par d'autres peuples.

 

Précisons encore que cette tradition est typiquement séfarade et que les achkenazes la trouvent ridicule. A ce propos voici une anecdote plaisante mais significative de la société israélienne:

La mère d'Amir Perets, l'ancien Ministre de la Défense (Sépharade né au Maroc) , devait se rendre un jour avec ses jeunes enfants a un mariage où seraient mêlés Ashkénazes et Séfarades. La mère de l’un des époux annonça avec un sérieux imperturbable qu'elle tenait absolument à pousser ses youyous.

L’heure venue, les enfants lui dirent: "Aurais-tu perdu la raison, il en est hors de question !".

"S'il en est hors de question, répondit-elle, alors je ne viens pas".

S'ensuivirent alors, des pourparlers entre la mère et les enfants pour savoir jusqu’à combien de youyous elle pourrait aller : Elle pas moins de dix, eux pas plus de cinq. Finalement ils tombèrent d'accord sur cinq.

La cérémonie commença et les enfants comptèrent....

Amir Perets dit plus tard qu'il réalisa le ridicule de ce genre de négociations et déclara : Nous traduirons notre joie par le nombre de youyous qu'il nous plaira"... (Journal Haarets 17 02 06).

 

 

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