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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 08:42

"Le cœur de l'homme"

 

Nous recommençons le rouleau de la Torah, en écoutant de nouveau la paracha Béréchit qui est l'une des plus riches au plan des enseignements et qui a fait couler beaucoup d'encre chez les commentateurs et autres exégètes, aussi bien juifs que non-juifs ; de nombreux passages comme le récit de la création du monde ou celui de Caïn et Abel a aussi interpelé des philosophes, des peintres, des poètes et des musiciens.

 

La Torah est inaugurée par la description de la création de l'univers que la Bible nomme "les cieux et la terre et toute leur armée, "armée" à entendre comme l'ensemble des forces physiques, chimiques, biologiques et autres, placées dans l'univers.

 

A l'analyse on se rend compte que la Torah ne justifie aucunement la création du monde. Pourquoi Dieu a-t-il créé le monde ? Pourquoi a-t-il créé toutes les formes d'existence depuis le minéral jusqu'à l'humain ? A ces questions la Torah ne donne aucune justification.

 

La Torah pose simplement une différence majeure, et de taille, entre l'être humain et toutes les autres créatures vivantes : l'homme peut avoir conscience d'être face à Dieu. Mais pour la Bible cette conscience ne s'arrête pas à un sentiment religieux, cette conscience impose des règles de comportements. En effet, dès la première rencontre de l'homme avec Dieu dans le jardin d'Eden, Dieu ordonne à l'homme : "De tous les arbres du jardin tu mangeras, mais de l'arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas".

 

Alors que l'animal peut manger de tout ce que la nature lui offre, Adam est obligé de sélectionner sa nourriture au sein du jardin. D'une certaine manière, la première règle donnée à l'homme est une règle de cacherouth.

 

L'homme se trouve dès sa naissance placé face à un choix, face à un acte de liberté : obéir ou désobéir à Dieu. L'Adam du jardin d'Eden n'est pas différent de l'homme que nous sommes aujourd'hui, c'est-à-dire de l'éternel humain qui caractérise l'homo sapiens que nous sommes, homo sapiens signifiant « Homme savant » en latin.

 

Ce choix du bien voulu par Dieu est possible, en effet l'homme peut accomplir la volonté de Dieu à condition que l'homme le veuille. Mais la volonté de l'homme peut être fragilisée par ses désirs de satisfactions personnelles. La Torah utilise trois expressions pour parler des désirs de l'être humain, à travers la conduite de Hawa (Eve) : "Et la femme vit que l'arbre était bon à manger, désirable à voir et agréable à connaître".

 

Tout être humain connaît trois types de désir : le désir de jouissance (notamment la jouissance de manger, la jouissance de dominer ou la jouissance sexuelle), le désir esthétique (la recherche du beau) et le désir de savoir (satisfaire sa curiosité).

 

Suite à cette première faute, la Torah va décrire la chute morale et spirituelle de l'humanité, où chacun selon sa capacité tentera de satisfaire l'un ou l'autre de ces désirs.

Avant le déluge, un verset exprimera une sorte de constat de Dieu qui pourrait paraître défaitiste : "car le cœur de l'homme est mauvais depuis sa jeunesse".

 

Dans son film, le cercle rouge, Jean-Pierre Melville, alias Jean-Pierre Grumbach fait dire au préfet de police "l'homme naît innocent, mais il devient très vite coupable, tous les hommes…".

Pourquoi Dieu n'a-t-Il pas créé un ange ? Pourquoi avoir créé une telle créature qui peut selon le philosophe Thomas Hobbes peut devenir "un loup pour l'homme" ? Pourquoi le monde fonctionne-t-il ainsi ? Job lui-même posa la question mais ne reçut aucune réponse du Ciel.

 

La seule réponse, qui n'en est pas une, est d'une certaine manière la parole que Dieu exprima à Caïn avant qu'il n'assassine son frère Abel : "Si tu fais le bien, tu t'élèveras, si tu ne fais pas le bien, le désir te saisira, mais toi domine-le".

Quelques millénaires plus tard, Hillel et Chamaï se sont opposés de savoir si cela avait été une bonne chose de créer l'homme. Chamaï (le réaliste) dit "il aurait mieux valu que l'homme ne soit pas créé ; Hillel (l'optimiste) dit : il valait de créer le monde." Etonnamment les maîtres du Talmud donnent ici raison à Chamaï, il aurait mieux valu que l'homme ne soit pas créé. Que faire selon Hillel ? Accomplir les mitsvoth et faire le bien.

 

Face à la désespérance des haines et des conflits, il reste le choix de l'amour, l'amour de Dieu et l'amour du prochain. C'est la seule espérance que nous pouvons construire.

Philippe Haddad

 

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