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29 septembre 2010 3 29 /09 /septembre /2010 09:27
Le président Mahmoud Abbas, accompagné entre autres de M. Nabil Shaat et de l'Ambassadeur de Palestine, M. Hael Al Fahoum, m'a reçu pendant une heure et quart dans sa suite à l'hôtel Meurice lundi 27 septembre 2010.
 
Il a parlé de sa longue expérience au service de la paix, notamment au cours des négociations pour les accords d'Oslo. Il a rendu hommage à la mémoire de Rabin. Il a insisté sur le fait que la "colonisation" est le principal obstacle à la paix. Comme on le sait, il attendra la réunion du sommet de la ligue arabe au Caire la semaine prochaine pour prendre sa décision quant à la poursuite ou l'arrêt du processus de négociations. Il a dit que l'occasion risquait de ne pas se reproduire.
 
Je l'ai remercié de cet entretien, qui fait suite à une rencontre hier avec des personnalités françaises d'origine juive, alors que son emploi du temps était si chargé. J'ai rendu hommage à son courage alors qu'il est tellement plus confortable de camper sur des positions extrémistes que sur des positions modérées.
 
J'ai expliqué que en tant que Président du CRIF, je désirais lui transmettre la sensibilité des Juifs de France, la deuxième communauté dans le monde en dehors d'Israël, communauté particulièrement attachée à l'Etat d'Israël, mais que je n'avais pas de légitimité à commenter des négociations dont j'espérais qu'elle se continuerait malgré les difficultés car l'aspiration à la paix était forte dans la communauté juive. Outre les constructions, qui dans le passé n'avaient pourtant pas créé de point de focalisation, et dont l'arrêt n'avait pas été une pré-condition aux négociations, il y a d'autres sujets qui peuvent susciter des blocages. Certains intéressent directement non seulement Israël, mais l'ensemble des Juifs dans le monde. Mon rôle était de les lui rapporter.
 
J'ai retenu trois thèmes et je les ai longtemps développés devant le président palestinien: la reconnaissance de la centralité de Jérusalem dans la spiritualité juive, la reconnaissance d'Israël comme Etat du peuple juif et le remplacement de la culture de la haine par une éducation au respect.
 
Ces questions me paraissent largement plus importantes à long terme que la construction de quelques logements, écoles ou crèches supplémentaires dans des villes qui selon toute vraisemblance resteront israéliennes à l'issue des négociations.
 
Le président de l'Autorité palestinienne n'a pas répondu en détail à chacun de ces trois thèmes. Je n'avais pas d'ailleurs l'ingénuité de penser qu'il le ferait et que nous résoudrions la question de Jérusalem au cours de cet entretien!
 
En ce qui concerne l'éducation, M. Mahmoud Abbas a insisté sur son engagement pour une meilleure compréhension entre les peuples et sur les propositions d'actions communes qu'il avait faites dans le passé aux gouvernements israéliens. Je lui ai dit que j'étais bien informé sur la tonalité des discours qu'on pouvait entendre dans le monde palestinien, y compris dans les territoires contrôlés par l'Autorité palestinienne et que, en tant que Juif, je ne pouvais absolument pas admettre les ignobles insultes sur les Juifs comme bâtards de singes et de porcs. J'ai mentionné, comme exemple, une émission de la télévision officielle de l'autorité palestinienne au jour de Rosh Hachana commentant des images de Juifs priant devant le Mur avec les termes de «pêché et ordures »! M. Mahmoud Abbas a répondu que les insultes contre les fidèles de religions du livre étaient tout à fait contraires aux enseignements de l'Islam. Il a signalé que de tels discours étaient aussi entendus du côté israélien, en se référant aux récentes déclarations de quelques rabbins israéliens. Je lui ai évidemment répondu que d'où qu'ils viennent ces discours étaient insupportables, mais qu'ils étaient bien plus fréquents dans le monde musulman et qu'ils généreraient de la haine pour les générations à venir, car rien n'est plus facile que de remplir de haine le cerveau d'un enfant et il en reste des traces la vie entière.
 
Le président Abbas a dit que ces discours étaient dus à l'occupation et qu'ils cesseraient une fois l'occupation terminée. Je lui ai répondu que l'équation n'était pas évidente car ces appels à la haine se retrouvaient aussi bien pour le Hezbollah, alors que les Israéliens étaient partis du Sud Liban (étonnante réponse sur les fermes de Shabaa, où continuait l'occupation israélienne...) ainsi que pour le Hamas, qui n'avait pas changé sa charte génocidaire alors que les israéliens avaient quitté la bande de Gaza. Le président de l'Autorité palestinienne a répondu qu'un retrait unilatéral sans négociations n'était pas une façon acceptable de gérer la situation. Il a dit qu'il s'opposait à l'idéologie exprimée par le Hamas, ainsi qu'à celle de l'Iran, qui représentait un danger pour les peuples arabes et non seulement pour Israël.
 
J'ai dit au Président Abbas, qui a accepté, que nous allions désormais protester auprès de l'Ambassadeur de Palestine en France, contre les appels à la haine contre les Juifs dans les territoires sous contrôle de l'Autorité palestinienne. J'ai fait part de mon espoir de voir se développer des programmes sportifs, éducatifs ou autres visant à la compréhension mutuelle et de l'importance des symboles dans le conflit israélo-palestinien.
 
En ce qui concerne la reconnaissance de l'Etat d'Israël, M. Mahmoud Abbas a rappelé qu'il l'avait parfaitement acceptée depuis de nombreuses années, et qu'il n'y avait pas dans cette région un Etat de trop, mais un Etat qui manquait, la Palestine. Je lui ai signalé que ce n'était pas évident lorsque l'on voyait toutes ces cartes du Moyen Orient où n'apparaissait pas l'Etat d'Israël. "Que les israéliens m'indiquent où sont les frontières d'Israël et nous le ferons apparaitre sur les cartes!" a répondu le Président Abbas.....
 
Voilà quelques moments significatifs de ce long entretien avec le Président de l'Autorité palestinienne. Je voudrais conclure sur la tonalité de cette rencontre, en la résumant par un terme, qui s'impose à moi et qui représente une des clés essentielles des relations entre israéliens et palestiniens, et de façon plus large entre juifs et musulmans: c'est le mot de "respect". Quels que soient les obstacles sur un très difficile chemin, quelles que soient les oppositions et les tentations simplificatrices, il nous appartient à tous de lui apporter une substance; sans cela tout n'est qu'illusion. Respect et lucidité. A nous aussi, qui ne sommes pas à l'épicentre du conflit, mais qui le ressentons si fort, de travailler en commun. Je salue ici le nouveau responsable en France de la délégation palestinienne, M. l'Ambassadeur Hael Al Fahoum pour lequel, j'ai pu l'apprécier, ces mots sont un programme d'action.

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