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3 novembre 2011 4 03 /11 /novembre /2011 10:02

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Les temps anciens confinaient les populations dans des territoires étroits où la promiscuité permettait la transparence identitaire. En Afrique du Nord et tout autour du bassin méditerranéen, les différentes communautés créaient des quartiers à leur image. Les espagnols, les italiens, les maltais, les juifs, les arabes se repliaient sur eux-mêmes, attirant les nouveaux arrivants vers ces quartiers pittoresques qui revendiquaient une appartenance ethnique ou religieuse. Les moyens de locomotion balbutiaient encore et les distances ne s'allongeaient que de quelques hectomètres par an. Dès lors, il était aisé de se marier dans sa rue comme les villageois se mariaient dans leurs villages. Les épousailles se négociaient autour d'une anisette, d'une boukhah ou d'un ouzo et les nouveaux nés arrondissaient les cercles de famille. Les prénoms Miguel, Pedro, Francisco complétaient les patronymes de Soler, Munoz ou Solbès; les petits Luigi, Gianluca, Cesaré adoptaient les noms de Liguori, Capomazza ou Pappalardo et les bébés Moïse, Jonas ou Abner s'accouplaient aux noms de Dahan, Lévy ou Zenouda.

De nos jours, les peuples en cavale caracolent tout autour de la planète. Les distances raccourcies brassent les enfants de tous pays. Le langage des mots et des idées a tendance à  s'uniformiser. Les temps modernes violent les traditions humaines de nos parents et, même si la leçon tourne encore dans nos têtes, l'inexorable est en marche. Le comportement de ces peuples déracinés varie selon les époques, les climats et les sociétés. Le juif n'échappe pas à la règle. Au fil des années, il aura apprivoisé la langue, les mœurs, le drapeau du pays d'accueil. Il pensera français en France, Américain en Amérique, Israélien en Israël, et c'est humain. Mais il gardera toujours en lui cette flamme, cette façon bien à lui de penser, de raisonner, d'appréhender la vie, de se préparer à l'adversité dans ses rapports avec autrui, cette propension à la tristesse et à la joie selon les moments, cette exubérance  et ce sens du tragique. Une différence, tout simplement!

Cette différence s'inscrit aussi dans sa reconnaissance du juif. On se sent, on se sait juif. On sait juifs, les autres! Par des expressions entrecoupées de mots yiddish ou arabes, par de petits signes distinctifs ignorés des "autres" mais repérés par un œil exercé, par des petits riens à l'évocation de la mère, par le respect dû au père qui voit un fils refuser de fumer devant son géniteur, par la superstition qui habille chaque propos, par le cinq dressé devant "les yeux", par une multitude de gestes empruntés à la mythologie juive: le juif reconnaît le juif. Mais le premier passeport du judaïsme figure dans le patronyme israélite. Que disparaisse cette carte d'identité, ce moyen de s'identifier à une nation, à un peuple, à une communauté, et le temps se chargera de brouiller les cartes d'une façon telle que les savants, eux-mêmes, ne s'y retrouveront plus.

Extrait de  "L'ENFANCE SACRIFIEE DES MARIAGES MIXTES" de Hubert ZAKINE

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femme russe 21/02/2013 17:30


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