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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 16:11

BO 

L’étranger, l’esclave et l’éprouvé

Les modalités de la consommation du sacrifice pascal sont exposées dans Exode 12, 8 : il s’agit de le griller et de le manger accompagné de pains azymes et d’herbes amères. Voyons le sens de ces trois éléments à la lumière du commentaire du Rav Hirsch.

La structure de l’exil égyptien reposait sur trois niveaux : les hébreux étaient des étrangers, ils ont été des esclaves et ils ont souffert dans leur chair. Cette triple tragédie avait déjà été annoncée à Abraham lors de l’alliance des morceaux brisés : « Ta descendance sera étrangère…, on les asservira et on les fera souffrir » (Gen 15, 13).

Ce qui s’est réalisé au début de l’Exode : « on leur imposa des précepteurs d’impôts » (1, 11), l’impôt de l’étranger. Les hébreux devaient payer l’air qu’ils respiraient et qui n’était pas le leur. « L’Egypte les a asservi » (1, 12) « et ils rendirent leur vie amère » (1, 13).

C’est à ces trois malheurs que correspondent les trois expressions de la délivrance du verset 6 du chapitre 6 : « Je vous ferai sortir de la souffrance de l’Egypte, Je vous délivrerai de votre esclavage, Je vous libérerai », vous serez des hommes libres et non plus des étrangers. La quatrième expression (« Je vous prendrai comme peuple ») renvoie au don de la Torah.

La hagada de Pessa’h divise les dix plaies en trois groupes : les trois premières, les trois médianes et les quatre dernières. La première plaie de chacune des trois séries sanctionne le pharaon et son peuple en leur montrant qu’ils sont eux-mêmes des étrangers en Egypte. Le sang vient envahir le Nil, leur divinité et le peuple est bousculé dans sa propre terre par les bêtes sauvages et la grêle. L’Egypte subi des invasions qui lui font perdre le sentiment de se trouver chez elle.

La deuxième plaie de chacune des trois séries punie le pharaon et son peuple pour avoir asservi Israël. Faire d’un homme son esclave provient d’un sentiment de supériorité et d’une confiance totale et extrême dans ses richesses et ses biens. C’est pourquoi les grenouilles, qui d’habitude fuient dés qu’on les approche, vont humilier les égyptiens. Puis la peste anéantira les chevaux, symbole de puissance, et les ânes et les chameaux chargés de transporter les trésors de pharaon. Enfin, les sauterelles s’abattront sur les richesses agricoles du pays.

La troisième plaie de chacune des trois séries (les poux, les ulcères et l’obscurité) fera ressentir aux égyptiens ce qu’ils ont fait endurer aux esclaves dans leur chair. Eux aussi vont expérimenter la souffrance (commentaire sur 7, 15).

C’est ainsi aussi que l’on comprend la triple interdiction concernant le levain à Pessa’h : interdiction d’en consommer, d’en tirer profit et de le posséder. L’interdiction de posséder du levain rappelle le caractère étranger des hébreux puisque celui qui est considéré comme étranger dans un pays n’a pas toujours les droits juridiques pour défendre ses biens. Les multiples spoliations de la Choa le démontrent amplement. La prohibition de tirer profit renvoie au fait que les esclaves d’Egypte ne connaissaient pas le plaisir. Enfin, l’interdit de manger le levain correspond à l’esclavage où les hébreux travaillaient mais ne mangeaient pas de leur travail (commentaire sur 12, 19-20).

Nous saisissons enfin les trois modalités de la consommation du sacrifice pascal : les herbes amères renvoient à la souffrance. Les pains azymes qui n’ont pas eu le temps de monter rappelle l’esclavage qui privait les hébreux de leur temps et qui devaient réaliser leur besogne toujours plus vite, sans quoi les coups de fouet tombaient. Enfin, le sacrifice grillé et non cuit dans une marmite fait allusion au caractère étranger des descendants d’Abraham en terre pharaonique. Sans pouvoir se reposer sur une base solide, déconnecté du sol, suspendu en l’air autour de la broche, la viande représente cet étranger dont la condition est la précarité et qui ne dispose pas de quoi attacher sa présence sur une terre qui n’est pas la sienne.

Rabbin J. Milewski

 

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