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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 09:44

vayigash-moshiach

L'article de Dieu

 La paracha de la semaine dernière Mikets et celle de cette semaine Vayiguash présente les vingt années de la vie de Joseph depuis sa vie de berger auprès de son père Jacob, jusqu'à sa réconciliation avec ses frères. Nous retiendrons cette semaine une leçon qui apparaît à la lecture minutieuse des versets.

Dieu de pharaon et « Le » Dieu de Joseph

 Nous commencerons par le texte de la semaine dernière, quand Joseph est appelé par le pharaon pour l'interprétation des rêves du souverain.

Ecoutons le dialogue dans sa littéralité hébraïque :

« … Et j'ai entendu sur toi qui tu entends les rêves pour les interpréter ». (Gn 41, 15)

Aux yeux de pharaon cet esclave hébreu possède un don particulier.

Sur ce, Joseph répond, pour remettre « les pendules à l'heure » :

« Nullement moi, c'est Dieu (Elohim) qui répondra pour la paix de pharaon. » (Gn 41, 16)

Lors de cette première réponse, Joseph mentionne Elohim, Dieu (sans l'article défini) selon le langage de pharaon. Le fils de Jacob se refuse à tirer la moindre gloire de ce don, il ramène ainsi l'honneur (kavod) à Dieu Lui-même.

Mais après la description des rêves, Joseph change de langage, par un petit détail signifiant à nos yeux, il dit :

« Le rêve de pharaon est un [et non pas deux], ce que Le Dieu va faire, je vais le montrer au pharaon ». (Gn 41, 28).

Joseph a compris le message qui concerne l'économie de l'Egypte : sept années d’abondance suivies de sept années de disette. Ce bouleversement de la nature qui va se traduire par la suspension des crues du Nil et des chutes de pluie procède du Dieu un. C'est pourquoi, il est possible de traduire h'alom éh'ad hou soit par « rêve un, c'est » soit par « rêve de Celui qui est un, c'est » ; du point de vue grammatical les deux lectures sont possibles sans le moindre forçage.

Fort de ce savoir, Joseph ne se réfère plus à Dieu, qui pourrait désigner une divinité égyptienne, mais il mentionne Haélohim « Le Dieu », c'est-à-dire le Dieu distinct du monde et Créateur de ce monde.

Pharaon n'assimilera pas la leçon, puisqu'il continuera à mentionner Elohim, Dieu, sans l’article.

« Le pharaon dit à Joseph : Puisque Dieu (Elohim) t'a fait connaître tout cela, il n'y a personne qui soit aussi intelligent et aussi sage que toi. » (Gn 41, 39).

Dans cette rencontre, ce sont deux conceptions de Dieu qui s'opposent : pour pharaon, Dieu est une puissance naturelle, parmi d’autres puissances, qui fait déborder le Nil régulièrement, mais qui pour des raisons connues d'elle seule, retiendra ses bienfaits durant sept ans.

Pour Joseph, porteur du message hébraïque, Dieu unique ne s'identifie pas à la nature, Il se révèle à travers la nature, tout en restant séparée d'elle. Cette disette s’inscrit dans un dessein divin[1].

A partir de ce moment, Joseph utilisera haélohim Le Dieu, en référence au Dieu créateur. Plus tard, sans révéler son identité, il déclare à ses frères en égyptien ce que le traducteur dira en hébreu :

« C'est Le Dieu que je vénère ». (Gn 42, 18).

A la fin de la paracha de la semaine dernière, c’est dans la bouche de Juda, le frère de Joseph, que l’on retrouve la référence à Haélohim :

 « Juda répondit : Que te dire, mon seigneur ? Comment parler ? Comment nous justifier ? Dieu (Haélohim) a trouvé la faute de tes serviteurs. Nous sommes tes esclaves, aussi bien nous que celui aux mains de qui a été trouvée la coupe ! » (Gn 44, 16)

Ici Juda se réfère à Dieu comme garant de la morale, le Dieu des Hébreux, et non à une divinité locale.

Enfin dans la paracha de la semaine, lorsque Joseph se révèle à ses frères, il mentionnera Haélohim :

« En fait, ce n'est pas vous qui m'avez envoyé ici, c'est Dieu (Haélohim); il m'a fait père du pharaon, maître de toute sa maison et gouverneur de toute l'Egypte. » (Gn 45, 8)

Il y a « Dieu » et « Dieu »

 En conclusion, nous dirons que la mention seule de « Dieu » dans un langage ne signifie pas que nous parlions du même Dieu : s’agit-il d’une divinité, du Dieu des philosophes, du Dieu des scientifiques, ou bien de Celui dont parle la Torah et qui révélera son nom à Moïse ?

Pharaon ne connaissait que les puissances naturelles (Nil, soleil, animaux, etc.) ; depuis Abraham, les Hébreux se réfèrent à un Dieu personne (qui dit « je »), qui interpelle les hommes par leur nom, qui invite à pratiquer l’éthique monothéiste, qui définit le bien et le mal, et qui annonce les promesses.

Philippe HADDAD

 

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