Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 13:33

Responsables, pas coupables…

 

Parmi le corpus sacrificiel, dont il est fait mention dans notre paracha, nous parlerons des korbanoth, mot traduit par « sacrifices » (singulier korban), qui exprimaient deux modalités de la conscience religieuse : la reconnaissance à Dieu et l’éveil de cette conscience.

 

Sacrifice de reconnaissance :

La reconnaissance, tout d’abord, se traduisait avec un korban particulier dit shélamim, rendu par « pacifiques » (de shalom = paix), selon Lv III, 1. Ici, le fidèle se dépossédait d'un bien, d'une richesse (un animal en l'occurrence). Acte gratuit du don, d'une perte de sa propre totalité de richesse.

De manière générale, qu'est-ce qui peut motiver un tel geste ? N'est-ce pas l'expérience de l'amour ? L'amour n'invite-t-il pas à donner, donner de son temps, donner de son avoir, de son corps, de son espace ? Sans doute pour un enrichissement plus grand, celui de son propre être.

Au fond, toute reconnaissance ou tout acte de pure générosité trahit un débordement de l'être qui ne peut contenir son trop plein de vie.

Cette attitude de reconnaissance fut le premier sentiment religieux de l'humanité, selon la Torah. « Et il fut, à la fin des jours, et Caïn apporta des fruits de la terre, et Abel, lui aussi, amena des prémisses de son troupeau et de leur lait. » (Gn IV, 3)

Caïn, celui dont le nom hébraïque renvoie à l’acquisition - « j'ai acquis un fils » déclare Hawa (Eve) - veut « donner » à Dieu, ce qui signifie psychologiquement qu'il veut donner de lui-même.

Dans son chapitre IV des Shmona Pérakim (les huit paragraphes), Maïmonide dit quelque chose de très intéressant concernant la signification de la majorité des commandements pratiques (mitsvoth maassioth) : ce corpus constitue une pédagogie pour l'homme qui les accomplit. Laisser un coin du champ intact de la moisson, laisser reposer la terre la septième année,  et autres commandements à caractère social, vise moins à subvenir aux besoins du pauvre, qu'à corriger les excès du désir de possession (désir si fortement ancré dans l'âme humaine).

On pourra toujours obliger les citoyens à payer des impôts pour corriger les inégalités sociales, rien ne vaudra le sentiment de solidarité et de responsabilité pour lutter sincèrement contre l'indigence.

 

Pour nos actes manqués :

L’autre korban se nomme Hatath. De la racine ‘H.T.H [heth - tet – hé], ce verbe souvent rendu par « pécher » signifie littéralement « rater la cible ». Un acte manqué, en somme.

Le Hatath, ce sacrifice de ratage n’était jamais offert pour une faute religieuse volontaire, mais seulement pour un écart involontaire, nous dirions inconsciente.

Pour la Bible, la faute volontaire traduit, tout simplement, la volonté de fauter. L’homme conscient de loi, de lui-même, a décidé de transgresser la loi divine. Dont acte ! L’homme est libre de manger le fruit défendu ou de ne pas manger. Aucun sacrifice ne peut être apporté dans ce cas de figure.

Comment alors corriger la transgression ? Par la téshouva, le « repentir », c’est-à-dire au final la décision sincère de ne plus recommencer. On pourrait s’étonner d’une démarche si dépouillée. Mais le judaïsme reste cohérent avec lui-même. Tant que l’homme n’a pas accepté « le joug de la royauté divine et le joug des mitsvoth », il est « hors la loi », comprenons en dehors du cadre qui permettrait d’être jugé

Le Hatath était donc apporté dans le cas d’une faute involontaire, c’est-à-dire dans le cas d’une prise de conscience de la transgression, après la transgression. Au moment de l’acte, l’homme était avec lui-même, détaché de la conscience de Dieu, de la conscience de la loi divine. L’homme qui avait décidé de servir de Dieu, oubliait le temps de son acte, son engagement, pour ne garder que son désir de satisfaction immédiat. Adam et Eve viennent à notre mémoire. Ils oublient l’ordre, pour jouir du fruit défendu.

Tout oubli de la loi porte en lui, le piège névrotique, l’ancrage d’une tache irrémédiable, ineffaçable. L’analyse psychanalytique nous aiderait peut-être à comprendre pourquoi un homme décide une chose et son contraire. Pourquoi un homme oublie-t-il ? Pourquoi (son inconscient) décide-t-il d’oublier ?

La Torah veut libérer l’homme de ce piège de la conscience qui l’empêche d’avancer. Combien de vies sont-elles bloquées à cause d’une faute considérée comme indélébile, comme si nous nous étions à la fois, la victime, le coupable et l’instance de justice.

 

La loi a été transgressée, une autre loi de libération sera offerte : le Hatath. L’acte manqué va devenir un acte visualisé : Un don de soi-même, comme une part de sa mauvaise mémoire subjective.

 

La finalité de cet acte sacrificiel ? Continuer sur le chemin de la vie, apporter le souffle d’espérance dont nous sommes porteurs pour apporter sa pierre au parachèvement du monde.

Philippe HADDAD

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Claude SICSIC
  • Le blog de Claude SICSIC
  • : La vie d'une communauté
  • Contact

Profil

  • Claude SICSIC
  • Responsable communautaire, j'ai souhaité créer, avec ce blog, le lien humain et amical qui nous fait tant défaut dans ce monde égoïste
  • Responsable communautaire, j'ai souhaité créer, avec ce blog, le lien humain et amical qui nous fait tant défaut dans ce monde égoïste

Recherche

Archives