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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 11:32

Le travailleur et les jaloux

Notre paracha nous présente quelques aspects de la vie d'Isaac, ce patriarche si discret. Isaac, personnage unique qui ne changea jamais de nom, qui ne connut qu'une femme, qui ne quitta jamais la terre d'Israël. Isaac, cet homme qui ne prit jamais les armes. Isaac finira ses jours aveugles, comme pour souligner qu'il n'était même pas vraiment de ce monde. Méditons sur un épisode de sa vie.

« Isaac sema dans ce pays, et il recueillit cette année le centuple; et l'Éternel le bénit. Cet homme devint grand, et il alla en grandissant, jusqu'à ce qu'il devint fort grand. Il avait des troupeaux de menu bétail et des troupeaux de gros bétail, et un grand nombre de serviteurs, et les Philistins le jalousèrent. Tous les puits qu'avaient creusés les serviteurs de son père, du temps d'Abraham, son père, les Philistins les comblèrent et les remplirent de poussière. Et Abimélekh dit à Isaac : Va-t-en de chez nous, car tu es beaucoup plus puissant que nous.

Isaac partit de là, et campa dans la vallée de Guérar, où il s'établit.  Isaac creusa de nouveau les puits d'eau creusés du temps d'Abraham, son père, et qu'avaient comblés les Philistins après la mort d'Abraham; et il leur donna les mêmes noms que son père leur avait donnés. Les serviteurs d'Isaac creusèrent encore dans la vallée, et y trouvèrent un puits d'eau vive. Les bergers de Guérar querellèrent les bergers d'Isaac, en disant: L'eau est à nous. Et il donna au puits le nom d'Ések (Dispute), parce qu'ils s'étaient disputés avec lui. Ses serviteurs creusèrent un autre puits, au sujet duquel on chercha aussi une incitation (à la querelle); et il l'appela Sitna (Incitation). Il se transporta de là, et creusa un autre puits, pour lequel on ne chercha pas querelle; et il l'appela Rehovot (Largesse), car, dit-il, l'Éternel nous a maintenant mis au large, et nous prospérerons dans le pays. Il remonta de là à Beersheba. »

Cet épisode est inauguré par une famine qui touche toute la région cananéenne (Gn. XXVI, 1). Le patriarche veut descendre en Egypte, à l'instar de son père Abraham qui avait quitté Canaan dans des circonstances similaires. Mais ici, Dieu intervient : « Séjourne dans cette terre ». Cette terre ? Le territoire des Philistins, la bande de Gaza aujourd'hui. Isaac va donc rester dans ce désert aride, sous ce ciel fermé qui ne veut offrir nul goutte d'eau.

Puisque le ciel reste sec, alors il lui faudra trouver l'eau ailleurs. De l'eau de la terre. Isaac ne prie pas, il ne révolte pas non plus. Isaac travaille. Dieu lui a dit de demeurer dans ce pays. La bénédiction se trouve donc là, au bout de la pelle, au bout de la bêche. Plus tard, L'Eternel présentera la terre promise en lieu « où coulent le lait le miel », à condition de construire des fermes, de planter des dattiers et de développer l'apiculture (happy culture !).

Isaac va donc creuser le sol, et ô miracle (ce miracle biblique où l'homme réalise la part que Dieu ne réalise pas) l'eau se trouve au fond du puits.

Les troupeaux d'Isaac pourront étancher leur soif et les serviteurs  d'Isaac, et les Philistins et les troupeaux des Philistins, et quiconque à soif.

Isaac préfigure le Juif qui dans l'histoire s'investira dans les champs arides et incultes pour produire les éléments de la civilisation : les sciences, l'art, la philosophie, les techniques (le Hight Teich), tous ces puits où les fils de l'Homme pourront boire, en fraternité. Isaac préfigure aussi le Juif qui, rejeté d'une nation, s'en ira fructifier une autre.

Et le verset de confirmer la leçon : « Isaac sema dans ce pays, et il recueillit cette année le centuple; et l'Éternel le bénit.  ». Isaac, l'homme, travaille d'abord, alors Dieu le bénit. Dieu ne bénit que l'investissement de l'homme. La Bible nous apprend à ne pas attendre les miracles.

Réussite individuelle d'Isaac, certes, mais qui pourrait profiter à tous.  Car pour la Bible, le scandale n'est pas dans la réussite, mais dans l'orgueil ; il n'est pas dans la richesse, mais dans la pauvreté ; il n'est pas dans le déséquilibre des forces naturelles, mais dans l'injustice.

Les Philistins ne l'entendront pas de cette oreille : Ils le jalousent, et ils emplissent les puits de terre. Logique de la destruction des biens publics justifiée par la réussite du travailleur. Au lieu de remercier, ils haïssent ; au lieu de profiter, ils détruisent. Summum de la haine de soi : personne ne profitera de la bénédiction ni toi, ni nous.

La Torah nous décrit, dans son langage laconique, les symptômes de la haine.  Les membres de cette société malade chercheront alors des boucs émissaires à sacrifier : Isaac et sa maisonnée.

Et puis après les coups en douce, les paroles en face-à-face qui font mal : « Tu es plus riche que nous, décampe ! » On se rappelle la chanson d'Herbert Pagani et Son étoile d'or. Non seulement la condition humaine est condition d'étranger, mais lorsqu'elle est surlignée par le mépris, elle devient parfois insupportable.

Isaac reste confiant en Dieu. Il surmonte l'épreuve. Il est grand dans sa foi, plus que dans ses biens matériels. Et le verset cité veut dire aussi cela.

Malgré l’expulsion, il ne se décourage pas, il creuse ailleurs. De nouveau de l’eau. Dieu, comme Ta bénédiction emplie le monde ! Querelle et « bouge de là ! » et nouveau départ et nouveau travail et… nouveau puits d’eau. Esek, Sitna, même haine ! Il lui faudra arriver à Rehovot (ville nouvelle de l’Israël moderne), pour connaître la largesse de l’esprit, « l’anti-stress ».

Et puis un jour, Isaac décide de rentrer chez lui à Beersheba. Lors d’un colloque on m’a demandé pourquoi le peuple juif voulait revenir sur sa terre ? Réponse simple : l’antisémitisme (pogroms, conditions d’infériorité, affaire Dreyfus, Shoah… (désolé pour ces points de suspension) !

Pour autant la Bible n’est pas un livre tragique. C’est un livre hébreu, non un livre grec. L’espérance tisse l’écriture. Et cette espérance s’exprime dans l’un des plus mots de la langue hébraïque, l’un des plus beaux mots du vocabulaire humain : Shalom.

 

Méditer la fin de passage :

« Il remonta de là à Beersheba. L'Éternel lui apparut dans la nuit, et dit: Je suis le Dieu d'Abraham, ton père; ne crains point, car je suis avec toi; je te bénirai, et je multiplierai ta postérité, à cause d'Abraham, mon serviteur. Il bâtit là un autel, invoqua le nom de l'Éternel, et y dressa sa tente. Et les serviteurs d'Isaac y creusèrent un puits. Abimélekh vint de Guérar auprès de lui, avec Ahouzath, son ami, et Pikhol, chef de son armée. Isaac leur dit: Pourquoi venez-vous vers moi, puisque vous me haïssez et que vous m'avez renvoyé de chez vous? Ils répondirent: Nous voyons que l'Éternel est avec toi. C'est pourquoi nous disons: Qu'il y ait un serment entre nous, entre nous et toi, et que nous fassions alliance avec toi! Jure que tu ne nous feras aucun mal, de même que nous ne t'avons point maltraité, que nous t'avons fait seulement du bien, et que nous t'avons laissé partir en paix. Tu es maintenant béni de l'Éternel (YHWH). Isaac leur fit un festin, et ils mangèrent et burent. Ils se levèrent de bon matin, et se lièrent l'un à l'autre par un serment. Isaac les laissa partir, et ils le quittèrent en paix. Ce même jour, des serviteurs d'Isaac vinrent lui parler du puits qu'ils creusaient, et lui dirent: Nous avons trouvé de l'eau. »

Nous laisserons à Abimélekh la paternité de son discours diplomatique, pour découvrir l’attitude généreuse d’Isaac. Le repas partagé et la paix (Shalom) signée. Cette paix, une source de bonheur qui multiplierait les puits d’eau (et non de pétrole) dans le monde.

 

Philippe HADDAD

 

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