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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 11:39

Pinhas

Un feu pour l’Eternel.

Une paix cassée :

La paracha de la semaine dernière s’achève par un meurtre : celui de Pinhas exécutant Zimri, l’un des chefs d’Israël, coupable d’idolâtrie avec la prêtresse Kozbi. Celle de cette semaine s’achève par la longue présentation des sacrifices qui devaient être offerts au Temple, quotidiennement, le Shabbath et les fêtes.  Certes, la Torah ne condamne pas (vraiment) Pinhas ; une « alliance de paix », Bérith Shalom, est même conclue avec lui, par Dieu. Mais dans le texte de la Torah, le mot Shalom possède un waw cassé. C’est la règle de la Massorah, de la tradition orale. Alors qu’en général, la moindre faille dans l’écriture rend le sefer Torah impropre à l’usage public (passoul), ici la loi juive exige cette faille d’écriture. En quelque sorte, le texte doit porter la trace du meurtre. Car une paix fondée sur le meurtre, sur la guerre, n’a pas la même valeur qu’une paix signée par la paix. Le traité de paix après la Shoah n’aura jamais le même goût que celui qui aurait été signé auparavant, sans ces millions d’être humains morts à cause de la folie d’un homme et de ses acolytes.

Dans le même ordre d’idée, la halakha interdit à un Cohen meurtrier, même par inadvertance, de bénir l’assemblée, de lever les mains pour cette bénédiction pontificale qui se termine par le mot Shalom.

De la mort à la vie :

Ce qui nous paraît important ici c’est la manière dont la paracha a été construite, et le fait qu’elle s’achève par le sacrifice animal. Bien entendu, il existe une intention dans l’écriture et dans l’agencement. Cette logique d'écriture peut nous faire penser à un  transfert, le transfert originel : le non-sacrifice d’Isaac par Abraham. Le bélier recevra le coup décisif, à la place du fils. Le thème du bouc émissaire qui joue un rôle majeur dans la conscience humaine (et le peuple juif ne le sait que trop) est structurant de la loi juive. Pensons au bouc émissaire de Kippour, et aussi à la génisse à la nuque brisée. Mais, comme nous aimons à la répéter, pour le judaïsme : le bouc émissaire est un bouc. Or la fin de la paracha traite des sacrifices d’animaux, celui du Shabbath et celui des fêtes, et celui quotidien, du matin et du soir. Sur ce dernier point, l’opinion du Maharal de Prague est éloquente : les deux agneaux quotidiens symbolisent Abraham et Isaac, comme si ce double sacrifice de l’agneau  rappelait que l’homme ne devait pas être sacrifié. La paracha Pinhas présenterait le mouvement de la logique biblique : la fin du sacrifice humain pour le sacrifice animal, séparation de la mort et choix de la vie, évolution de la guerre à la paix.

Philippe Haddad

 

 

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commentaires

J.D. 13/07/2011 16:10



Est-ce par trop "iconoclaste" de supposer que les premiers Chrétiens (et en particulier l'apôtre Paul) qui étaient Juifs comme chacun le sait, ont été influencés plus ou moins consciemment par
cette idée de sacrifice, en se focalisant sur la mort de Jésus, "sacrifice rédempteur de l'"agneau" qui ouvre à la vie ?...


Cordial Shalom.


Jacqueline



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