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11 juillet 2012 3 11 /07 /juillet /2012 10:25

PINHAS

La violence et la paix

 Comme la semaine dernière, la paracha de ce shabbath porte le nom d'un personnage : Pinhas. Mais alors que Balak est présenté comme un haineux d'Israël, Pinhas est porteur de bénédiction. « C'est pourquoi Je lui donne, dit l'Eternel, Mon alliance de paix (bérith shalom) ». Ce passage de Pinhas questionne et heurte notre conscience moderne, car il pose le lien entre violence et religion.

Exécuter quelqu'un au nom de Dieu, devenir un zélote de l'Eternel, nous interpelle d'autant plus que des hommes et des femmes sont  prêts aujourd’hui à tuer et à se tuer pour leur vérité religieuse.

La nature de la faute d’Israël :

A la fin de la paracha Balak, nous lisons :

« Israël s’installa à Shittim; le peuple commença à se livrer à la débauche avec les filles de Moab. Elles invitèrent le peuple aux sacrifices de leurs dieux; le peuple mangea et se prosterna devant leurs dieux. Israël s'attacha au Baal Péôr, et l’Éternel se mit en colère contre Israël. …Le fléau avait fait vingt-quatre mille morts. » (Nb XXV, 1 à 3).

Nous assistons ici à une récidive de la faute du veau d’or qui se traduit par un culte idolâtre (Baal Péôr - qui a donné Belphégor – l’une des divinités adorée dans cette région) et par une orgie sexuelle. Il y avait là une incompatibilité avec le culte de l’Éternel et son éthique.

Soulignons qu’il ne s’agissait pas d’une faute individuelle (comme dans l’histoire de David et Bethsabée), mais d’une faute collective ; et qui plus est, menée par des chefs de tribus, sensés montrer l’exemple.

Tout se passe comme si Israël reniait ici tous les principes de la révélation sinaïtique, pour choisir un paganisme fondé sur la seule pulsion érotique. Du sommet du pouvoir à la base du peuple, le corps national (goy) était malade.

Or une société qui fonde son unité sur la jouissance du sujet, oublieuse des devoirs interpersonnels, au nom d’une transcendance, est une société en péril. Athènes, Rome, les grandes civilisations se sont écroulées par le libertinage.

Dès lors la question de la colère divine (que certains auraient voulu miséricorde) souligne-t-elle la gravité de la situation. Cette déviation collective coûta 24 000 morts au peuple d’Israël.

Zèle religieux et de la paix :

La grande question qui se pose à un esprit sain (et non endoctriné par la haine de l’autre) est : comment comprendre l’attitude divine qui récompense Pinhas par une alliance de paix alors que celui-ci trucida Zimri fils de Salou, chef de la tribu de Simon. Ce dernier, en effet, avait pris, aux yeux de tous, une prostituée sacrée midianite du nom de  Kozbi fille de Tsour. Et c’est au moment précis de leur copulation que Pinhas exécuta l’homme et la femme.

Quelques siècles plus tard, un autre personnage recevra les honneurs divins : le prophète Elie. Lui aussi mit à mort les prêtres du dieu Baal que la reine Jézabel (femme du roi Achab) avait installé dans le royaume d’Israël.

Le paradoxe est que les deux zélotes de l’Éternel qui agirent contre les fauteurs d’Israël, en versant le sang, reçurent cette alliance de Paix. 

Il est possible de répondre (de façon partielle) qu’il s’agit ici des deux seuls cas de la Bible où le zèle religieux fut reconnu par Ciel, tout en le condamnant pour l’avenir. Cela ressort clairement de la suite de l’épisode du Carmel, lorsque l’Éternel se révèle à Elie, non dans le tumulte mais dans « la voix d’un doux silence » (kol démama daka).

De Noé à Jonas :

La Bible semble présenter en son sein un mouvement évolutif qui va de la violence à la paix, de la rigueur divine à la miséricorde divine. Le basculement s’opère justement au mont Horeb avec « la voix du doux silence ». Pour le dire simplement : la religion ne s’impose plus par le glaive mais elle se propose par la douce parole. Ce qui implique une pédagogie et une propédeutique.

Cette évolution au sein même de l’écriture biblique peut nous être fournie par deux exemples succincts (à toi chère lectrice et cher lecteur d’approfondir le sujet, si ton cœur le réclame) :

1.      Elie, le zélé de l’Éternel, devient dans les deux derniers versets qui clôturent le canon prophétique l’homme de la paix : « il ramènera le cœur des pères vers les fils et le cœur des fils vers les pères. » (Malachie III, 24). C’est par la réconciliation, et non par la violence, que le « jour de l’Éternel » sera possible. Dans le cas contraire, (à Dieu ne plaise !) « le pays risque de subir l’anathème divin ». Et comme le disent nos sages zal : « Elie, le prophète, ne viendra pas pour résoudre les débats rabbiniques, mais pour faire la paix dans le monde ». (Cantique Rabba IV, 29)

2.      Noé est le prophète sauvé des eaux dans son arche, alors que l’humanité, hommes et bêtes, est noyée. La rigueur divine l’emporte ici sur toute miséricorde. A contrario, Yona (Jonas, texte que nous lisons à Kippour) est l’homme qui est jeté à la mer, alors que les matelots (au nombre de 70 selon le Midrash, microcosme d’humanité) sont sauvés, et que Yona est jeté à la mer. Or toujours selon le Midrash (sur Téhélim XXVI, 7), Yona n’est autre que l’enfant ressuscité par le Prophète Elie, le zélé de l’Eternel. Et par quoi s’achève le livre de Yona ? « Et Moi, (dit l’Éternel) Je n'aurais pas pitié de Ninive, la grande ville, où il y a plus de cent vingt mille humains qui ne savent pas distinguer leur droite de leur gauche, et des bêtes en grand nombre ?). Sauver les hommes de leur folie (et les vaches folles aussi) n’est-ce pas l’impératif qui nous concerne, tous, aujourd’hui ?

Philippe HADDAD

 

 

 

 

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