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2 novembre 2011 3 02 /11 /novembre /2011 11:53

lek leha

Réflexion sur la paracha/ Lekh Lékha

Nos patriarches (avoth) et Jérusalem

Notre paracha débute par l'appel de Dieu (YHWH) à Avram (qui n'est pas encore Abraham) qui lui demande de quitter son ancien monde pour aller en Israël (Canaan).

Dans cette terre promise à des promesses, le patriarche se déplacera dans tout le pays. L'exégèse traditionnelle mettra en exergue la rencontre de notre patriarche avec une ville particulière : Yéroushalaïm, Jérusalem. Pour autant, à aucun moment le nom de Yéroushalaïm n'apparaîtra explicitement dans le Torah (Pentateuque). Il faudra attendre le chapitre X de Josué (verset 1) pour découvrir ce nom. Cependant nous trouvons des allusions à cette ville dans le livre de Béréshit / Genèse, nous vous proposons une ballade shabbatique.

Abraham et Jérusalem :

Ainsi dans notre paracha, le verset parle-t-il de « Malki - Tsédek, roi de Shalem ». Rachi, Abraham ibn Ezra et Ramban se rejoignent pour affirmer que « Shalem est Yéroushalaïm », chaque commentateur apportant sa preuve scripturaire.

Pour sa dernière épreuve (paracha de la semaine prochaine), Abraham est appelé par Dieu à « sacrifier » son fils Isaac, sur le mont Moriah. Pour Rachi, le Moriah n'est autre que Jérusalem. Pour le maître de Troyes deux raisons justifient cette correspondance, l'une s'appuyant sur une lecture midrashique, l'autre sur une lecture littérale.

La première raison est tirée d'un enseignement de nos sages qui posent que Moriah viendrait du verbe Léhoroth qui veut dire « enseigner » ; que l'on retrouve par exemple dans Moré, « Enseignant ». Pourquoi Jérusalem se nomme-t-elle Moriah ? Car de Jérusalem sortait et sortira la Torah. En effet, c'est à partir du Sanhédrin, le grand tribunal qui était situé dans l'une des salles du Temple, que l'enseignement des sages se promulguait à tout Israël. C'est encore de Jérusalem que selon nos prophètes (Isaïe II, 3 & Michée IV, 2) « la parole de l'Eternel » sera offerte à l'humanité.

La deuxième raison, plus littérale, voit dans le mot Moriah, la racine Mor, le « Myrte ». Le mont Moriah serait la colline de cette plante odoriférante. Rachi, partant de cette considération, cite la traduction araméenne de Onkélos (Akylas). Dans cette traduction - commentaire, Onkélos propose : « La colline de la combustion de l'encens » allusion à l'autel d'encens du futur Temple.

Isaac et Jérusalem :

L'allusion à Jérusalem réapparaît avec Isaac. Rachi sera de nouveau notre guide. A propos du verset (: « Et Isaac sortit pour méditer dans le champ » (Gn. XXIV, 63), Rachi, constate qu'il est écrit « le » champ, et non « un » champ. Pour notre exégète le deuxième patriarche allait prier dans le champ où il fut, quelques années, auparavant ligoté : le mont Moriah.

Isaac va prier à l'endroit où il a découvert que la vie est une grâce de Dieu, qui appelle l'homme à vivre.

 

Jacob et Jérusalem :

On ne s'étonnera pas de retrouver, le fils d'Isaac, Jacob, lui aussi à Jérusalem. Comment se nomme la ville ici ? Beth El, littéralement « Maison de Dieu », par préfiguration du Temple futur, enseigne toujours Rachi. C'est à partir de la formule de Jacob : « C'est ici la porte des Cieux » (Gn. XXVIII, 18), que la tradition posera la Jérusalem terrestre en vis-à-vis de la Jérusalem céleste, un thème important de la Kabbale.

Jérusalem, mémoire originelle de l'identité d'Israël :

Cette exégèse nous donne à penser. Si la tradition tient à lier la vie de nos patriarches à la ville de Jérusalem, c'est bien entendu pour fonder un lien indéfectible entre la conscience juive et sa mémoire religieuse. Le nom de Jérusalem, comme ceux d'Abraham, Isaac et Jacob, reste fondateur de notre mémoire.

Colline, champs et maison :

Nous terminerons par cet enseignement talmudique :

« Il est écrit : Des peuples s'y rendront en foule, et diront : Venez, et montons à la montagne de l'Éternel, à la maison du Dieu de Jacob, afin qu'Il nous enseigne ses voies, Et que nous marchions dans ses sentiers. Car de Sion sortira la Torah, et de Jérusalem la parole de l'Éternel » (Isaïe II, 3). [Question : pourquoi] Dieu de Jacob, et pas d’Abraham et d’Isaac ? [Car il ne désigneront pas Jérusalem] comme Abraham qui a appelé [Jérusalem] Har « Colline », ni comme Isaac qui l’a nommé Sadé « Champ », mais comme Jacob qui l'a nommé Bayith « Maison ». (Traité Pessahim 88 a).  

Quel sens général donner à cet enseignement ? A l'analyse nous constatons une progression : Colline, Champ, Maison.

  • La colline est un lieu naturel que Dieu a créé. Dans la Bible, la nature, le monde profane, est la signature divine des « six jours du Commencement ». La spécificité de la nature (créée par Dieu) est de se présenter comme un espace infini de forces aveugles. Chaque force, mue par un mouvement intrinsèque, tend à se maintenir. D'où la possibilité de conflits entre les forces naturelles. (ex. Une plante tend à vivre, le feu du centre de la terre tend à jaillir : l'irruption volcanique détruira la plante.). Ici, la colline abrahamique renvoie à cette nature, dans sa dimension sauvage. (Dieu ne demande-t-il pas un acte sauvage au père, pour mieux interdire toute barbarie au nom du Ciel ?)
  • Le champ est toujours un lieu de nature, mais cette fois, géré par l'homme. L'homme favorise le fait de nature, il organise, il délimite, il soigne ; il met de l'ordre, à l'image du Dieu créateur qui met de l'ordre à partir du Tohu-Bohu originel (Dieu donne-t-Il des ordres ? Ne nous demande-t-Il pas plutôt, à travers Ses ordres (mitsvoth), de continuer à mettre de l'ordre dans le monde inauguré en « six jours » ?).
  • La maison est l'espace de l'homme, fait à l'image de l'homme. Les matériaux mondains (minéraux, végétaux, animaux) peuvent servir à cet aménagement du territoire. Un exemple éloquent pour nous : La Palestine d'avant 1948 : un immense désert. Aujourd'hui, Israël et ses villes. Autre exemple : L'écologie. L'écologie se fonde sur l'humanisation du monde sans la destruction de l'espace naturel (sens de « Remplissez la terre et conquérez-la » Gn. I, 25).

Nous pouvons tirer cette leçon : A travers nos trois patriarches, Jérusalem symbolise le passage de la nature brutale, sauvage, agressive, fondé sur un rapport de forces aveugles au respect de la vie humaine. Pour une utiliser une image d'actualité : le passage du monde où l'on brûle les voitures au monde où l'on aide son voisin à changer sa roue.

Le Talmud comprend que les nations ne monteront pas dans une Jérusalem indompté, désertique ou simplement cultivée, mais dans une Jérusalem construite comme une maison. Leur désir à la fin des temps ne sera mû par la haine d’Israël, mais par l’amour de Dieu.

« Et étends sur nous ta Souccah (Cabane) de paix et sur Jérusalem. Amen ».

Philippe Haddad

 

 

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