Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 novembre 2011 3 16 /11 /novembre /2011 11:35

desert 3

Quand Isaac est dans les champs !

 

Et Isaac sortit pour [lasouah' dans le texte] dans le champ, au moment du soir. Et il leva ses yeux et il vit, et voici des chameaux venaient.

Genèse/Béréshith XXIV, 63.

 

La vie des patriarches est importante pour la construction de l'identité d'Israël. L'idée doit être précisée : les patriarches ne sont pas que les antiques géniteurs de la nation d'Israël, que l'on mentionne avec nostalgie comme on évoque la mémoire de pieux ancêtres.  Ils sont les fondateurs, les références le modèles à imiter. Aussi éloignés dans le temps qu’ils soient, ils demeurent présents, contemporains, vivants sous nos yeux à travers le texte écrit et la tradition orale. Ils proposent un chemin d'être. Pour la conscience religieuse : Ils sont du passé, du présent et de l'avenir.

Un lien indéfectible :

C'est ainsi qu'il faut comprendre notre lien permanent à leur histoire. Leurs actions, leurs paroles deviennent ainsi sources d'enseignements pour les fils que nous sommes. C'est pourquoi une attention particulière est attachée aux versets qui exposent des éléments de leur vie. Même l'aspect le plus profane, le plus bénin, le plus anonyme devient objet d'analyse, puisque la Torah en parle. Le Talmud va jusqu'à affirmer que « la simple conversation des serviteurs des patriarches est supérieure à la Torah révélée aux fils. » Une autre formule rabbinique pose : maassé avoth siman labanim. « Ce qui est arrivé aux patriarches doit servir de modèle aux fils.»

La paracha de la semaine présente, entre autres, la rencontre entre Isaac, fils d'Abraham, avec Rébecca sa future épouse et deuxième matriarche. Avant cette rencontre, Isaac se trouve dans les champs pour [lasouah']. Que signifie ce terme, et de quelle leçon religieuse permanente est-il porteur ?

Prier dans les champs :

A l'analyse, les exégètes  se divisent en deux. Les premiers interprètent le verbe lasouah dans le sens de prier, c'est la cas de Onkélos (verbe tsalal, comme en arabe [tslâ = synagogue]), de Yonathan ben Ouziel, de Rachi, de Baal Hatourim et Sforno.

Siah (qui donne en hébreu moderne siha = conversation) se trouve mentionné dans le psaume de la supplication du pauvre « qui épanche sa parole devant l'Eternel » (Ps CII, 1).

Pour ces commentateurs, que fait Isaac dans les champs ? Il prit, « il s'écarte du chemin, pour ne pas être troublé par les passants» (Sforno). De là, l'allusion à l'institution de la prière de l'après-midi, minha (TB Bérakhoth 26 b).

L'idée est fondatrice, si les patriarches ont explicitement prié, c'est-à-dire si nous trouvons une source scripturaire justifiant cette conduite, alors l'attitude de la prière devient intrinsèque à l'identité d'Israël.

Isaac jardine :

Deux exégètes ne partagent pas ce point de vue : Rachbam et Abraham ibn Ezra. Pour ces deux commentateurs, qui recherchent avant tout le sens littéral, lasouah vient de la racine siah = végétal, comme dans Gn II, 5. Pour Ibn Ezra, Isaac se promène dans le champ, entre les herbes (ben hasihim) sans exprimer une attitude religieuse particulière.

Pour Rachbam, le petit-fils de Rachi, Isaac plante même des arbres, il est cultivateur, jardinier. Il renoue avec la première fonction de l'homme « et Dieu plaça Adam dans le jardin « pour le travailler et le garder » (Gn II, 15). La première fonction religieuse de l'homme, avant la prière, est de travailler la terre, aménager le territoire, et conséquemment sans aucun doute, ne pas polluer son environnement.

Travail et travail :

Nous voilà donc en présence de deux lectures, dans la première c'est le rapport au Ciel qui est mis en évidence, dans la deuxième le rapport à la Terre. Cette ambiguïté peut être harmonisée en se rappelant que le terme avoda en hébreu est utilisé aussi bien pour l'agriculture de la terre (Gn III ) que pour le service du Temple (Ex), par extension pour la prière.

Depuis le jardin d'Eden, l'homme et la femme sont mis en effort de travail : travail de mise au monde pour la femme (on dit que le travail à commencé), travail de production pour l'homme (transformer la nature), travail pour faire jaillir la vie pour l’un et l’autre.

La prière apparaît alors comme la reconnaissance envers le créateur et l'appel de sa bénédiction pour perpétuer le travail du choix de la vie.

Philippe Haddad

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Claude SICSIC
  • Le blog de Claude SICSIC
  • : La vie d'une communauté
  • Contact

Profil

  • Claude SICSIC
  • Responsable communautaire, j'ai souhaité créer, avec ce blog, le lien humain et amical qui nous fait tant défaut dans ce monde égoïste
  • Responsable communautaire, j'ai souhaité créer, avec ce blog, le lien humain et amical qui nous fait tant défaut dans ce monde égoïste

Recherche

Archives