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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 16:11


La vie PLUS FORTE QUE la mort

 

 

Les dix épreuves d’Abraham :

 

Nous l'avons souvent écrit, le judaïsme, en tant que fait religieux, pose le choix de la vie en impératif catégorique. Dieu est le Dieu de la vie, Elo-him Haïm, qui demande à chacun :  « tu choisiras la vie » (Deutéronome / Dévarim XXX, 19). Comprenons que lorsqu'un choix, un acte libre doit être posé dans l'existence, alors ce sera celui qui pousse à la vie, à plus de vie, qui devra être choisi. Le masochisme, la fascination de la mort, voire l’aspiration au suicide (même pour un monde meilleur), traduit, pour le judaïsme, une pathologie qui ne peut trouver sa justification dans les textes bibliques.

 

La vie d'Abraham constitue une belle illustration de ce principe. Dans les Chapitres des Pères (Pirkey Avoth V, 3) nous lisons : « Abraham, notre père, a été éprouvé par dix épreuves, et il les surmonta toutes.  C'est pour te faire connaître son amour (pour Dieu). »

 

Parmi les différents événements de la vie d'Abraham, la Torah a donc choisi de nous relater ses dix épreuves – depuis l’abandon de sa maison paternelle jusqu’à l’épreuve du Moriah, afin de nous décrire l'amour d'un homme pour Dieu.

 

A l’analyse, nous remarquons un fait intéressant : toutes ses épreuves ont constitué un déchirement, une perte par rapport à une situation antérieure : Dès le départ, Abraham doit quitter pays, amis et famille, puis il doit se séparer de Loth son neveu, il doit pratiquer sur lui l'alliance de la circoncision (la perte de sa chair), renvoyé Ismaël son fils bien aimé et Agar, sa concubine. A chaque fois, son amour pour Dieu lui offre le moyen de vaincre sa nature généreuse et ses sentiments premiers. Pour autant, il faut bien comprendre combien ses deuils furent douloureux. (Comme l’enseigne, la Kabbale, l’épreuve de l’homme de charité consiste justement à se confronter à la rigueur).

 

La révolution religieuse du Moriah :

 

Pour autant la dernière épreuve ne se conclut pas comme les autres. Ce n'est pas la rupture et la mort du fils qui expriment l'ultime épilogue. Bien au contraire, ces  retrouvailles entre Isaac et Abraham, vont fonder pour la tradition rabbinique la solennité de Rosh Hashana et même de Kippour : Le Juge de toute la terre appelle à choisir la vie, la sienne et celle d'autrui. Il ne désire pas plus la mort du méchant, mais que celui-ci se repente et qu'il vive (Ezéchiel XVIII, 23, fin de l’office de Kippour).

 

La paracha de la semaine dernière (Vayéra) ne s'achève pas, toutefois, sur le happy-end de la non-mort d’Isaac, mais sur la naissance de Rébecca, fille de Béthouel. La structure d'écriture est ici éloquente : Isaac, l'enfant que l'on attendait plus, naît, et est sauvé de l’infanticide ; de plus son alter ego voit le jour après l'événement du Moriah.

 

 De l’enterrement au mariage :

 

Dans la paracha de la semaine, même structure. Par quoi commence-t-elle ?  Par l’enterrement de Sarah. La mort nous surprend et nous rappelle (contre notre fonctionnement de conscience) que nous ne sommes pas éternels. Cette mort implique les devoirs envers le défunt. Abraham achète donc la caverne de Makhpéla, y enterre Sarah et la pleure. Mais juste après, le verset nous apprend que le patriarche devenu vieux décide de marier son fils Isaac. La vie triomphe de la mort, et ce triomphe se traduit concrètement dans un rapport d’espérance au monde.

 

Les Pharisiens contre les Sadducéens :

 

Je voudrai conclure mon propos de la semaine en mentionnant un fait d'Histoire : l'approche dogmatique qui opposa, il y a deux mille ans, les Pharisiens des Sadducéens. Dans cette Judée occupée par Rome, les premiers représentaient l'assemblée des rabbins, issus généralement du peuple, les seconds constituaient l'aristocratie juive, attachée au culte du Temple et collaborant avec les Romains. 

 

Après la destruction de Jérusalem, en 70, seuls les Pharisiens se maintinrent, offrant au peuple juif sa chance de survie, en rédigeant le Mishna qui donnera le Talmud. En faisant du peuple juif, le peuple de l'interprétation du Livre, les Pharisiens ont insufflé aux communautés la force de résister dans les temps d'exil, même aux périodes les plus noires de son Histoire. Incontestablement, notre reconnaissance à leur égard doit être soulignée.

 

Sur quel point dogmatique, entre autres, s'opposaient-ils aux Saducéens ? Sur la question de la résurrection des morts. Alors que les Saducéens posaient la porte de la tombe en porte du néant, les rabbins affichaient en dogme de foi, leur croyance en la résurrection. Ils allèrent jusqu'à trouver des appuis scripturaires (assmakhta) pour étayer la thèse. Quelques pages talmudiques évoquent ces âpres discussions entre les tenants des deux thèses.

 

Nous pouvons nous interroger sur les motivations philosophiques et psychologiques qui sous-tendaient le débat. L'une des réponses trouverait sa source dans l'esprit même de la Torah. Au fond, les rabbins refusaient d'offrir à la mort le dernier mot. Dieu était présenté dès le prélude biblique, comme le Créateur, Celui qui avait insufflé la vie à un être de poussière, la fin de l'existence devenait un long sommeil. Les Patriarches furent ainsi surnommés les « dormants de Hébron ».

 

Qu’est-ce que cette conception a offert dans le rapport du Juif au monde ? Un certain esprit : L’espérance révolutionnaire. Aucune fatalité mortifère ne peut triompher de la volonté de vivre. Nous en sommes un exemple vivant !

 

Philippe Haddad

 

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