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30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 10:15

B de Berechit

Le début est bénédiction, la fin est bénédiction

 

Nous recommençons notre cycle de lecture hebdomadaire avec Béréshit. Sur ce simple mot beaucoup d'encre a coulé. Nous nous référerons à un midrash qui se demande pourquoi la Torah commence par la lettre Beth, qui est la deuxième lettre de l'alphabet hébraïque, et non par le aleph qui est la consomme inaugurale ? Attitude typiquement rabbinique qui ne se contente pas de lire le texte, mais de l'interpréter. C'est pourquoi le regretté André Chouraqui zal remplaçait "peuple du Livre" par "peuple de l'interprétation du Livre".

 

Contre la vision tragique :

 

Voici la réponse proposée : car beth est l'initiale de bérakha "bénédiction", alors que le aleph est l'initiale de arira "malédiction".

L'hébraïsant pourra objecter que le beth est aussi l'initiale de bizayon "mépris" et le aleph l'initiale de or "lumière". Certes les rabbins n'étaient pas dupes, mais ils voulaient transmettre un enseignement important concernant la foi hébraïque : Le monde est inaugurée par la bénédiction. Par là, ils voulaient s'opposer à cette conception pessimiste que le monde serait le produit d'un démiurge ou que le monde ait été totalement abandonné par le Créateur.

Le début de la Torah porterait donc les signes de la bénédiction, c'est-à-dire les possibilités offertes à l'homme de réussir son Histoire, au plan moral. D'ailleurs à la fin de son action créatrice et organisatrice, Dieu va bénir le septième jour (le Shabbath), qui est le jour offert à l'humanité, soit notre temps historique.

Certes, nous lirons dans les premiers chapitres les chutes de l'homme, depuis la consommation du fruit interdit jusqu'au déluge, mais l'espérance ne meurt jamais, car il y a toujours un reste qui portera l'espoir de Dieu.

Si le début est marqué de la bénédiction, c'est que l'homme de la Bible croit intimement à la réalisation des promesses pour la fin des temps. Bien entendu, comme nous l'avons souvent dit, il ne s'agit pas d'une espérance béate et passive, mais d'un engagement responsable pour être à la hauteur du partenariat avec Dieu.

 

 

 UN PLURIEL, BIEN SINGULIER

 

18234103« Dieu dit : Faisons homme, à notre image, comme notre ressemblance, et ils domineront sur le poisson de la mer, l'oiseau du ciel, les animaux et sur toute la terre et sur les rampants qui rampent sur la terre. »

Béréshith / Genèse I, 26

 

 

Ce verset a posé beaucoup de questions à nos commentateurs, nous retiendrons celle du pluriel « faisons ». S'agit-il d'un pluriel de majesté, Dieu dirait « nous » pour parler de Lui, comme dans le Coran. Mais en général dans la Bible Dieu dit « Je », Anokhi, le « Je » absolu, comme au début des dix paroles. Dieu s’adresse-t-Il à d’autres êtres, Il ne serait donc pas seul ?

Nous citerons trois commentateurs : Rachi, Nahmanide et Obadia Sforno, qui offrent trois éclairages intéressants :

 

Un Dieu moral :

Rachi justifie ainsi ce pluriel en posant que Dieu a consulté les anges, créés selon le Midrash, le deuxième jour du monde. « Cela t'apprend l'humilité du Saint, béni soit-Il » écrit le rabbin de Troyes.

Voilà donc un Dieu tout puissant, qui consulte Ses subalternes !

Retenons la leçon, le Dieu de la Bible est un Dieu moral. Pour la Torah, la morale n'est pas fondée par la morale elle-même, mais par l'attitude de Dieu. « Comme Dieu habille ceux qui sont nus (Adam et Eve), toi aussi habille ceux qui sont nus ; comme Dieu rend visite aux malades (Abraham après l’alliance de la circoncision), toi aussi rends visite aux malades, etc.. Dieu est moral, cela signifie qu’Il n'est pas au-dessus d’elle, alors l'homme aussi, dans l'imitation de Dieu, doit rechercher l'humilité, la générosité, etc.,

 

Ciel et terre, partenaires :

Pour Ramban, Nahmanide, Dieu s'adresse à la terre en lui disant : faisons ensemble l'homme. Toi tu fourniras la terre, Moi le souffle (comme cela sera mentionné au chapitre II, de notre paracha). L'homme est ici le produit d’un contrat entre le ciel et la terre.

Le judaïsme est toujours fidèle à cette vision : pas de reniement du corps au profit d’une spiritualité désincarné, et pas d’excès de l’instinct qui déséquilibrerait les aspirations vers le Ciel. Un corps sans âme est un cadavre, une âme sans corps est un fantôme. L’homme, corps et âme, face à Dieu.

 

Racines du bien et fleurs du mal :

 

Rabbi Obadia Sforno développe l’idée suivante : Dieu a donné au monde d’en haut l’ordre de répandre l’énergie vitale sur cette créature terrestre particulière qui est l’homme. De ce point de vue, l’homme ressemble par un certain côté aux anges, à savoir sa capacité à faire le bien (l’acte moral), qui découle du bien d’en haut. Mais alors que l’ange, selon la tradition, est programmé pour ne faire que le bien, l’homme peut choisir le mal.

C’est là une grande question théologique pour le monothéisme qui affirme l’existence d’un Dieu bon, c’est-à-dire qui offre la vie en pure grâce. Comment le mal est-il possible, et pour nous le mal absolu aujourd’hui, c’est le fascisme, sous toutes ses formes, une salle de torture (que Dieu nous en préserve).

La question peut ainsi se poser : Si Dieu n’existe pas, alors la question est comment le bien est possible ? Mais si Dieu existe comment le mal est possible ?

Si nous ne sommes que le produit d’un chaos originel qui s’ordonne selon sa propre logique, alors dans le jeu de forces aveugles, comment expliquer l’amour (de l’autre ; pas de soi, bien sûr). Si nous sommes produits de l’amour de Dieu, comment expliquer la haine qui sommeille ou se réveille de notre cœur ?

Le Talmud (Haguiga 14 b) rapporte que quatre rabbins sont entrés dans le jardin de la connaissance), Elisha ben Abouya devint renégat, car « il arracha les plantations ». Tant que les racines de l’homme restent attachées à la source de la vie, il offre la vie autour de lui. Mais s’il se coupe de ses racines de vie, il devient une conscience indépendante, qui définira lui-même le bien et le mal. Emporté par ses propres jouissances mortifères, il produira les fleurs du Mal.

 

Philippe HADDAD

 

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commentaires

Fernand G. 30/09/2010 16:09



Bonjour,


Je suis loin de Nîmes mais c'est avec beaucoup d'intéret que je viens régulièrement sur ce blog. Je trouve qu'il fait une part égale entre le judaisme et la politique, ceci sans polémique.


ça dénote de la part de son créateur un désir de consensur que malheureusement on ne trouve pas toujours sur d'autres site.


merci beaucoup.


Fernand G.



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