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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 10:34

mer rouge

 La violence biblique 

Je voudrais aborder aujourd’hui le thème de la violence biblique. C’est une question que les jeunes du mouvement pourraient se poser en rencontrant certains passages très durs écrits dans la Bible à l’encontre des idolâtres, des Cananéens, des Madianites ou des Edomites.

Dans le livre des Psaumes, par exemple, on trouve des imprécations et des malédictions qui déconcertent le moderne ; et notre jeune d’aujourd’hui pourrait se trouver mal à l’aise avec ce type de discours. Par exemple dans le psaume 137, nous lisons :

« Fille de Babel, vouée à la ruine, heureux qui te rendra le mal que tu nous as fait ! Heureux qui saisira tes petits et les brisera contre le rocher ! »

Le sujet étant très vaste, Sébastien Allali a d’ailleurs abordé la question de manière très judicieuse à propos de la violence dans le récit du prophète Elie, personnellement je me contenterai de me référer à la paracha que nous avons lue ce Chabat, celle de Béchalah, qui parle de la noyade de la cavalerie du pharaon, et selon une opinion exégétique du pharaon lui-même.

Selon le sens littéral, c’est Dieu qui endurcit le cœur du roi afin qu’il poursuive les Hébreux avec ses 600 chars et c’est Dieu qui combat pour Israël en ouvrant et refermant les eaux de la mer rouge (ou mer des Joncs).

A la suite de ce miracle grandiose, sans doute le plus grandiose des plaies d’Egypte, les enfants chantent un chant à l’Eternel, le fameux cantique de la mer (chirat hayam) qui a été introduit dans la prière quotidienne de Chaharit.

S’agit-il d’un chant de vengeance ? Cette allégresse se justifie-t-elle au plan d’une éthique absolue ? Certes la France  a chanté et dansé après la défaite allemande ? Les supporters chantent après la victoire de leur équipe ? Mais ce qu’exprime cette liesse populaire est-ce moralement kacher ?

D’autant plus que dans notre situation, Myriam, la première féministe de l’histoire, chante avec les femmes cette formule « l’Eternel a précipité le cheval et le cavalier dans la mer ». Ce n’est pas une simple louange à Dieu, mais l’affirmation que Dieu a noyé les ennemis.

En fait ces questions n’ont pas échappé à certains maîtres, ceux du midrach ou des penseurs contemporains.

La Bible elle-même semble sentir à cette question, il est écrit (Dt 23, 8) : « tu n’abomineras pas l’Egyptien, car tu as été étranger dans sa terre. » La Torah nous demande d’extirper la haine de notre cœur, fussent envers les Egyptiens qui ont pourtant noyé les bébés. Cette mitsva s’inscrit à la suite de ce que dit le texte dans la paracha Kédochim « tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur ». On voit qu’il ne s’agit pas que du concitoyen, mais même d’un membre d’un autre peuple.

Ainsi Hachem a-t-il noyé les cavaliers égyptiens, comme Il a noyé la génération de Noé, considérant leur punition légitime à Ses yeux, mais une fois le décret appliqué, il n’y a plus de casier judiciaire.

Le Talmud va mettre en exergue « les états d’âme de Dieu ». Dans le traité Méguila (10 b) qui traite aussi de la chute d’Aman, Rabbi Yéochoua ben Lévi enseigne : « Le Saint, béni soit-Il,  ne se réjouit pas de la chute des méchants », à sa suite Rabbi Yohanan dit : « Les anges du Service ont voulu chanter l’Eternel au moment de la traversée de la mer, et le Saint, béni soit-Il, les fit taire en disant : « mes enfants se noient et vous chanteriez un chant ? »

Cette noyade des Egyptiens, nos ennemis, nous devons la porter dans notre conscience religieuse. C’est la raison pour laquelle on ne récite pas le Hallel complet durant Pessah[3], excepté le 1er jour de le fête. En effet, le 7ème jour les Egyptiens furent noyés. On aurait pu réciter le Hallel durant le hol hamoëd, mais alors la demi-fête aurait été plus honorée que le dernier yom tov, d’où l’interdiction de ne pas réciter le Hallel également pendant hol hamoëd.

Je voudrais terminer avant l’enseignant de Yéshayahou Leibowitz dont son commentaire sur la Torah qui remarque que dans le Cantique de la mer, il y a deux aspects qui apparaissent dans une analyse minutieuse des versets.

Du fait qu’il est dit « alors Moïse et les enfants d’Israël ont chanté pour Hachem », il montre qu’il existe la prière de Moïse –qui correspond à son niveau de foi – et celle des enfants d’Israël qui correspond à leur niveau de foi, inférieure à celui de Moïse.

En fait Moïse chante Dieu, en tant qu’Il est Dieu, alors qu’Israël chante Dieu en tant qu’il a noyé des Egyptiens. Dans ce second cas, Dieu est perçu pour le service qu’il a rendu à Israël, comme le fonctionnaire des hommes, alors que Moïse perçoit Dieu dans sa déité absolue. C’est là la différence entre le service de Dieu désintéressé (lichma) et le service de Dieu intéressé (lo lichma).

Cela offre une piste de réponse à notre question initiale : S’il existe des propos outrageants à l’égard des ennemis, ils traduisent un premier rapport à Dieu qui est loin d’être un idéal.

On peut terminer par cette anecdote du Talmud concernant Bérouria la femme de Rabbi Méïr.

Talmud de Babylone, Traité Béra’hot, 10a

Rabbi Meir était profondément tourmenté par des criminels dans son voisinage, ce qui lui faisait implorer [le ciel] que ces criminels meurent. Bérouria sa femme lui dit: pourquoi pries-tu ainsi [pour leur mort]? N'est-il pas écrit (dans le Psaume 104): "Que les crimes prennent fin" (sur la terre). Est-il écrit que les criminels prennent fin? Non: Il faut prier pour la fin des crimes - élimination de la criminalité - mais il faut avoir de la miséricorde pour les criminels et les amener au repentir. Rabbi Méïr pria pour eux et ils firent téchouva.

Philippe HADDAD

 

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