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18 mai 2011 3 18 /05 /mai /2011 15:16

abondance

Le philosophe, le théologien et le prophète

 Nous terminerons ce Shabbat le troisième livre de la Torah, le livre de Vayikra « Il appela » (traduit par Lévitique). Ce troisième livre se conclura par ces mots : «Tels sont les commandements que l’Eternel ordonna à Moïse, pour les enfants d’Israël, au mont Sinaï.. »

Sans le désigner es qualité, Moshé est présenté ici comme porte-parole de Dieu, c'est-à-dire en tant que prophète.

Bien que dans la tradition orale, Moshé demeure « notre maître » rabbénou (pour des raisons que nous avons traitées  par ailleurs), dans la Torah il reste le prophète de Dieu.

Nous voudrions réfléchir cette semaine à cette vocation prophétique, afin de montrer qu'elle sort du cadre classique et superficiel de la divination (le prophète qui devine ou prévoit l'avenir). Le prophète ne vient pas prédire ou prévoir, il voit et il dit une parole.

Pour mettre en exergue la valeur de cette vocation, nous la comparerons à la démarche du philosophe et celle du théologien. Une telle étude pourrait être traitée par des érudits universitaires qui commettraient un livre, nous resterons bien plus modeste, en essayant de dégager ce qui nous paraît spécifique à chacun des personnages.

Le philosophe tout d'abord se caractérise par une démarche solitaire. Le philosophe est seul. Il doit être seul puisqu'il doit faire table rase de tout préjugé, de toute idée préconçue. Même lorsque Socrate dialogue avec un jeune Athénien, il ne fait que stimuler l'esprit de jugement de son interlocuteur. Il fait accoucher d'un savoir (la maïeutique), que le jeune homme pourrait trouver de lui-même s'il s'adonnait à la discipline de penser. La démarche philosophique implique la solitude, et l'effacement de toute antériorité. L'existence même du monde, et bien sûr celle de Dieu, sera donc remise en question, c'est-à-dire en absence. Le Je se posera alors souverain cherchant à partir des règles de la raison à poser les fondements d'un système de pensée.

Certes, le philosophe peut arriver à l'existence de Dieu, mais ce Dieu qui vient à l'esprit sera créé d'une certaine manière à l'image de l'homme, puisqu'il permettra à Dieu d'élire domicile dans l'esprit humain. Bref, dans la philosophie, l'homme est au centre, Dieu à la périphérie.

Passons au théologien, celui-ci cherche à connaître Dieu. Dieu serait objet de connaissance puisqu'une parole, un discours, un logos peut être dit sur Lui. Discours humain, limité certes, mais suffisamment solide et audacieux pour tenter l'aventure. Qu'il pense Dieu par lui-même ou à travers l'étude d'un texte révélé, l'esprit restera identique : Connaître un tant soi peu la nature divine. Tout se passe comme si le théologien tentait de comprendre la rapport de Dieu à l'homme, à partir de Dieu Lui-même, avec les yeux de Dieu. Audace avons-nous dit, qui se justifiera par le fait que Dieu s'est révélé, qu'Il a quitté Sa transcendance pour jaillir dans l'immanence du réel. Puisque Dieu laisse la trace de son passage, le théologien peut tenter d'en saisir un tant soit peu l'origine, comme le rayon de lumière permet d'approcher l'étoile qui l'a fait naître.

Comment le judaïsme peut-il se situer par rapport à ces deux démarches ? En d'autres termes, existe-t-il une philosophie juive ou une théologie juive ?

Les choses doivent être claires, par judaïsme, nous entendrons la tradition religieuse d'Israël, qui se fonde sur une révélation divine. Judaïsme, dans son acception exclusivement religieuse donc !

La réponse semble alors évidente : une philosophie qui pose la suprématie du sujet individuel, coupé de toute antériorité n'est pas pensable du point de vue de ce judaïsme-là. Car l'antériorité de tout sujet, de tout être, est l'être absolu, c'est-à-dire Dieu, désigné par le tétragramme, et rendu en français par YHWH. YHWH contraction de « Il était, Il est, Il sera ». Mon être découle de Celui qui donne l'être.

Quid alors de la philosophie juive ? Tout d'abord il faudrait distinguer cette "philosophie juive" du "philosophe juif". Car par une sorte de sentiment protectionniste, qui frôle parfois le chauvinisme, certains penseurs ou philosophes sont revendiqués de facto "juifs" par la communauté (terme vague j'en conviens), à l'instar de comédiens ou de scientifiques. Cela signifie, avouons-le, que le personnage est d'origine juive, ce qui ne veut pas dire que son œuvre puise aux sources de la Torah, puisque que philosophiquement parlant, il marche seul. (Un acteur juif joue-t-il juif ? E= MC2 est-ce une formule juive, parce que Einstein l'était ?)

Il faut cependant convenir que parfois la pensée philosophique rencontre la Révélation ou la tradition juive (pensons aux Lectures talmudiques Emmanuel Lévinas). Là encore, il faudrait s'interroger : la Torah est-elle prise comme objet universitaire, une source qui alimente la réflexion, ou comme parole du Dieu vivant ?

Si l'identité juive, reconnue comme telle, ne garantit pas un discours obligatoirement juif, la philosophie juive serait-elle plus possible ? Dans notre approche, la philosophie juive signifierait l'application de la pensée rationnelle (koah' hasikhli) à la parole divine. Quand un Maïmonide, dans son Guide des égarés veut démontrer l'existence d'une cause première, il joue le jeu philosophique, pour éviter les pièges d'un imaginaire anarchique, mais son arrière-pensée, car il n'existe pas de pensée sans arrière-pensée (comme aucune conscience sans inconscience), est l'acceptation au préalable de l'être absolu de Dieu.

La théologie juive ? L'expression est souvent avancée par parler des penseurs d'Israël surtout ceux du Moyen-âge (Maïmonide restant le plus connu). Une pensée positive sur Dieu trouve-t-elle sa place dans le judaïsme ? Nous pourrions répondre la parole de Dieu à Moïse : « L'homme ne peut me voir et vivre ! » Aucune contemplation, aucun discours positif ne trouve sa place ici. Telle est la teneur de la troisième bénédiction de la Amida (la prière par excellence) : Dieu est saint. Or la sainteté divine n'offre aucune connaissance. Dire que Dieu est saint revient justement à dire que l'on ne peut rien dire de Dieu. Dieu est « au-dessus de toute bénédiction, de tout chant, de toute louange » selon le Kaddish.

Maïmonide, encore une fois, que l'on présente aussi comme le théologien juif a justement mis en évidence le fait que la seule chose que l'on pouvait exprimer sur Dieu, c'est ce que Dieu n'est pas. (La Kabbale pourrait-être une tentative théologique au sein du judaïsme, mais le colloque ad oc s'impose ici).

Concluons (n'oublions pas que ces petites méditations naissent dans le RER) ! Le judaïsme est le prolongement du discours prophétique. Et les prophètes n'étaient ni des philosophes, ni des théologiens. Ils ne faisaient pas table rase de l'antériorité de leur être, ils ne pensaient pas Dieu. Par contre, les prophètes ont posé le primat d'une rencontre entre l'homme et Dieu, entre Dieu et l'homme. L'éthique est première. Cela implique que le regard juif ne peut être tourné ni vers soi, ni l'au-delà du réel. Certes, sans conscience de soi, ni rencontre avec le Dieu transcendant, l'humain dans sa dimension juive ne pourrait s'exprimer, pour autant ce sera toujours dans la responsabilité d'une parole à prolonger, d'un monde à bonifier, d'un prochain à soutenir, d'une paix à construire.

Le prophétisme commence par la lettre inaugurale de la Torah, la lettre Beth, dont la valeur numérique est 2, et l'initiale du mot bérakha = bénédiction. Il appela occupe la place centrale de la Torah, parce qu'il faut être deux pour un appel.

Philippe HADDAD

Et puis, n'oublions pas LAG BA OMER Dimanche 22 Mai à la Synagogue de Nîmes

 

LagBaomer2011 affiche rectifiée

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commentaires

J.D. 18/05/2011 21:55



Ce D-ieu dont la transcendance est indicible (par définition !) tout autant que la sainteté, s'adresse tout de même à l'homme de façon très simple et "paternelle" : en l'occurrence et
entre autres : Esaïe chap. 45 "je marcherai devant toi, J'aplanirai les chemins montueux... Je t'ai appelé par ton nom, Je t'ai parlé avec bienveillance, avant que tu me
connusses..."


J'aime à penser et à croire que ce D-ieu si grand, tellement Autre, est surtout ce Père qui nous donne la Vie et surtout sa Thora, pour avancer toujours près de lui, mais pas à pas.


 


Amical Shalom.


Jacqueline


J



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