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5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 09:31

 

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Le philosophe, le théologien et le prophète

 

Nous terminerons ce Shabbath le troisième livre de la Torah, le livre de Vayikra « Il appela » (traduit par Lévitique), en lisant le couple Béhar - Béhoukotaï. Ce troisième livre se conclura par ces mots : «Tels sont les commandements que l’Eternel ordonna à Moïse, pour les enfants d’Israël, au mont Sinaï.. »

 

Sans le désigner es qualité, Moshé est présenté ici comme porte-parole de Dieu, c'est-à-dire en tant que prophète.

 

Bien que dans la tradition orale, Moshé demeure « notre maître » rabbénou (pour des raisons que nous avons traitées  par ailleurs), dans la Torah il reste le prophète de Dieu.

Nous voudrions réfléchir cette semaine à cette vocation prophétique, afin de montrer qu'elle sort du cadre classique et superficiel de la divination (le prophète qui devine ou prévoit l'avenir). Le prophète ne vient pas prédire ou prévoir, il voit et il dit une parole. 

 

Pour mettre en exergue la valeur de cette vocation, nous la comparerons à la démarche du philosophe et celle du théologien. Une telle étude pourrait être traitée par des érudits universitaires qui commettraient un livre, nous resterons bien plus modeste, en essayant de dégager ce qui nous paraît spécifique à chacun des personnages.

 

Le philosophe tout d'abord se caractérise par une démarche solitaire. Le philosophe est seul. Il doit être seul puisqu'il doit faire table rase de tout préjugé, de toute idée préconçue. Même lorsque Socrate dialogue avec un jeune Athénien, il ne fait que stimuler l'esprit de jugement de son interlocuteur. Il fait accoucher d'un savoir (la maïeutique), que le jeune homme pourrait trouver de lui-même s'il s'adonnait à la discipline de penser. La démarche philosophique implique la solitude, et l'effacement de toute antériorité. L'existence même du monde, et bien sûr celle de Dieu, sera donc remise en question, c'est-à-dire en absence. Le Je se posera alors souverain cherchant à partir des règles de la raison à poser les fondements d'un système de pensée.

 

Certes, le philosophe peut arriver à l'existence de Dieu, mais ce Dieu qui vient à l'esprit sera créé d'une certaine manière à l'image de l'homme, puisqu'il permettra à Dieu d'élire domicile dans l'esprit humain. Bref, dans la philosophie, l'homme est au centre, Dieu à la périphérie.

 

Passons au théologien, celui-ci cherche à connaître Dieu. Dieu serait objet de connaissance puisqu'une parole, un discours, un logos peut être dit sur Lui. Discours humain, limité certes, mais suffisamment solide et audacieux pour tenter l'aventure. Qu'il pense Dieu par lui-même ou à travers l'étude d'un texte révélé, l'esprit restera identique : Connaître un tant soi peu la nature divine. Tout se passe comme si le théologien tentait de comprendre la rapport de Dieu à l'homme, à partir de Dieu Lui-même, avec les yeux de Dieu. Audace avons-nous dit, qui se justifiera par le fait que Dieu s'est révélé, qu'Il a quitté Sa transcendance pour jaillir dans l'immanence du réel. Puisque Dieu laisse la trace de son passage, le théologien peut tenter d'en saisir un tant soit peu l'origine, comme le rayon de lumière permet d'approcher l'étoile qui l'a fait naître.

Comment le judaïsme peut-il se situer par rapport à ces deux démarches ? En d'autres termes, existe-t-il une philosophie juive ou une théologie juive ?

 

Les choses doivent être claires, par judaïsme, nous entendrons la tradition religieuse d'Israël, qui se fonde sur une révélation divine. Judaïsme, dans son acception exclusivement religieuse donc !

La réponse semble alors évidente : une philosophie qui pose la suprématie du sujet individuel, coupé de toute antériorité n'est pas pensable du point de vue de ce judaïsme-là. Car l'antériorité de tout sujet, de tout être, est l'être absolu, c'est-à-dire Dieu, désigné par le tétragramme, et rendu en français par YHWH. YHWH contraction de « Il était, Il est, Il sera ». Mon être découle de Celui qui donne l'être. Quid alors de la philosophie juive ? Tout d'abord il faudrait distinguer cette "philosophie juive" du "philosophe juif". Car par une sorte de sentiment protectionniste, qui frôle parfois le chauvinisme, certains penseurs ou philosophes sont revendiqués de facto "juifs" par la communauté (terme vague j'en conviens), à l'instar de comédiens ou de scientifiques. Cela signifie, avouons-le, que le personnage est d'origine juive, ce qui ne veut pas dire que son œuvre puise aux sources de la Torah, puisque que philosophiquement parlant, il marche seul. (Un acteur juif joue-t-il juif ? E= MC2 est-ce une formule juive, parce que Einstein l'était ?)

 

Il faut cependant convenir que parfois la pensée philosophique rencontre la Révélation ou la tradition juive (pensons aux Lectures talmudiques Emmanuel Lévinas). Là encore, il faudrait s'interroger : la Torah est-elle prise comme objet universitaire, une source qui alimente la réflexion, ou comme parole du Dieu vivant ?

 

Si l'identité juive, reconnue comme telle, ne garantit pas un discours obligatoirement juif, la philosophie juive serait-elle plus possible ? Dans notre approche, la philosophie juive signifierait l'application de la pensée rationnelle (koah' hasikhli) à la parole divine. Quand un Maïmonide, dans son Guide des égarés veut démontrer l'existence d'une cause première, il joue le jeu philosophique, pour éviter les pièges d'un imaginaire anarchique, mais son arrière-pensée, car il n'existe pas de pensée sans arrière-pensée (comme aucune conscience sans inconscience), est l'acceptation au préalable de l'être absolu de Dieu.

 

La théologie juive ? L'expression est souvent avancée par parler des penseurs d'Israël surtout ceux du Moyen-Âge (Maïmonide restant le plus connu). Une pensée positive sur Dieu trouve-t-elle sa place dans le judaïsme ? Nous pourrions répondre la parole de Dieu à Moïse : « L'homme ne peut me voir et vivre ! » Aucune contemplation, aucun discours positif ne trouve sa place ici. Telle est la teneur de la troisième bénédiction de la Amida (la prière par excellence) : Dieu est saint. Or la sainteté divine n'offre aucune connaissance. Dire que Dieu est saint revient justement à dire que l'on ne peut rien dire de Dieu. Dieu est « au-dessus de toute bénédiction, de tout chant, de toute louange » selon le Kaddish.

 

Maïmonide, encore une fois, que l'on présente aussi comme le théologien juif a justement mis en évidence le fait que la seule chose que l'on pouvait exprimer sur Dieu, c'est ce que Dieu n'est pas. (La Kabbale pourrait-être une tentative théologique au sein du judaïsme, mais le colloque ad oc s'impose ici).

 

Concluons (n'oublions pas que ces petites méditations naissent dans le RER) ! Le judaïsme est le prolongement du discours prophétique. Et les prophètes n'étaient ni des philosophes, ni des théologiens. Ils ne faisaient pas table rase de l'antériorité de leur être, ils ne pensaient pas Dieu. Par contre, les prophètes ont posé le primat d'une rencontre entre l'homme et Dieu, entre Dieu et l'homme. L'éthique est première. Cela implique que le regard juif ne peut être tourné ni vers soi, ni l'au-delà du réel. Certes, sans conscience de soi, ni rencontre avec le Dieu transcendant, l'humain dans sa dimension juive ne pourrait s'exprimer, pour autant ce sera toujours dans la responsabilité d'une parole à prolonger, d'un monde à bonifier, d'un prochain à soutenir, d'une paix à construire.

 

Le prophétisme commence par la lettre inaugurale de la Torah, la lettre Beth, dont la valeur numérique est 2, et l'initiale du mot bérakha = bénédiction. Il appela occupe la place centrale de la Torah, parce qu'il faut être deux pour un appel.

 

Philippe HADDAD

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commentaires

Jacqueline D. 08/05/2010 19:45



Entièrement d'accord avec tout ce que vous écrivez, Sabine.


"La Rafle" est un film que nos jeunes devraient voir car, comme vous le dîtes, c'est un film qui se place surtout à partir du regard des enfants, et il est essentiel que les jeunes (et les moins
jeunes !) d'aujourd'hui ne soient pas indifférents à cette page tragique de notre Histoire.


Cordialement.


J.D.



B. AKNIN 08/05/2010 14:41



SUITE....


ne pensez-vous pas que nous n’avons pas d’ordre à recevoir pour emmener nos élèves voir ce film là, dont les héros sont des enfants, justement ? Devons-nous
vraiment attendre que l’Education Nationale nous ordonne de systématiser l’étude un peu pointue de ce moment de l’histoire avant de profiter de la sortie d’un film aussi important en salles
?



Vous râleriez encore, de toutes façons, comme lorsque vous râlez lorsque l’on vous ordonne de
lire la lettre de ce cher Guy Môquet… J’en perds mon latin ; vous refusez de parler de la France qui résiste, ok. Mais pourquoi refusez-vous de parler de la France qui collabore
???




Quel est votre problème, avec la Shoah ? Je sais, vous êtes, presque,
tous, de gauche, en cette veille d’élections, et bien trop occupés à casser du sucre sur les infidélités élyséennes ou sur les ratages du gouvernement, et ça vous embête, n’est-ce pas, que le
petit héritier du trône se soit fait circoncire, et puis « ils » sont partout, n’est-ce-pas ? Vous êtes si transparents, mes chers collègues, à la limite de la naïveté, tellement prompts à vous
offusquer lorsque l’on veut légiférer sur la burqa, acceptant sans broncher de manger hallal dans nos cantines, et en tête de toutes les manifs pro-palestiniennes, mais si frileux lorsqu’il
s’agit de mettre en exergue les responsabilités françaises dans l’extermination des juifs, car c’est bien des JUIFS qu’il s’agit, mes amis, pas des tsiganes, ni des homos, ni des malades
mentaux, parce que je commence à en avoir assez de cet argument là, aussi, resservi dans toutes les soirées !




Oui, au Vel d’Hiv’, il n’y avait que des juifs, des Weissberg, des
Rozenberg, des Levy, des petits bonhommes hauts comme trois pommes et morts de soif des jours durant, de belles jeunes filles brunes, terrorisées et en larmes, et puis toutes ces mères, qui
furent ensuite, en une indicible barbarie, séparées de la chair de leur chair, en un « Choix de Sophie » démultiplié par mille…




Ce n’est qu’un film, cette « rafle » là. Oui, juste un film. Mais ne
croyez-vous pas que la proximité lacrymale, émotionnelle, que ressentiront nos élèves devant ces images bouleversantes, devant la reconstitution légère d’un Paris d’abord serein et détendu,
malgré la présence allemande, puis de plus en plus outragé, martyrisé, et devant les personnages attachants et merveilleusement interprétés, sera mille fois plus efficace que la projection de
longues heures du film de Lanzammn, ou de « Nuit et Brouillard » ?




Car combien de fois ai-je entendu des ricanements sordides, oui,
insupportablement dérangeants, du style « Hé, mate la meuf, elle est à poil », en projetant des images de charniers à des élèves ?




L’Histoire n’est rien, pour eux, qu’une période ancestrale, celle
d’avant les ordis, d’avant les portables, une période tellement, tellement lointaine, que souvent elle ne les « touche » plus. Alors forcément, on regarde « Nuit et brouillard » dans quelque
collège de banlieue, et puis à la sortie on recommence à traiter son pote de « sale youpin », parce que la connexion aux réalités d’aujourd’hui ne s’est pas faite, parce que nos enfants ne
savent, hélas, plus vraiment faire la part du Bien et du Mal.




Un film comme « La rafle », par contre, en construisant un univers de
camaraderie, en insistant sur la possibilité qu’ont eu certains « Justes » d’aller au bout de leur désobéissance, et sur le courage de celui qui a su s’échapper, pour témoigner, peut, j’en suis
absolument certaine, déclencher chez nos élèves un processus de réflexion bien plus important, bien plus solide.




Vous qui êtes « de gauche », dites-vous que c’est bien cela que nous
recherchons, toujours : leur dire qu’on a le choix, qu’on a TOUJOURS le choix, et que nous sommes là AUSSI pour leur apprendre le devoir d’insolence, le questionnement, la remise en question de
l’ordre établi.




Alors oui, il y a la grippe H1N1, et les expulsions qui commenceront
lundi, et la soirée des Enfoirés, et demain le petit peuple de gauche, en sarouels et en écharpes palestiniennes, Libé sous le bras, ira joyeusement voter contre le petit peuple de droite,
poussant ses landaus, un Fig’Mag à la main et la tarte aux pommes dominicale dans l’autre, mais ne fermons pas les yeux sur ce qui a été une période tout aussi noire que celle du colonialisme,
ne vous déplaise. Vous avez emmené nos élèves voir « Indigènes », et puis « Germinal ».




Ne les privez pas de « La rafle ».




« Il y a des lieux où souffle l’Esprit, mais il y a un Esprit qui
souffle en tous lieux. » Madeleine Delbrêl.




L’Esprit soufflait au Vel d’Hiv’, lorsqu’y vacillèrent les petites
flammes des bougies de Shabbat, et dans les actes de courage. L’Esprit souffle dans « La rafle ».




Sabine Aussenac.




B.AKNIN 08/05/2010 14:35




La rafle du Vel' d'Hiv par Sabine Aussenac









La
Shoah,
c’est has been.




«Est-ce qu’on sera grands, un jour ?
»
Si l’un de nos élèves demande ça à mon collègue d’histoire, il n’aura pas de mal à lui répondre ; bon,
bien sûr, il y le prion et la grippe du porcinet, et le réchauffement climatique, et JIHAD-Jane, mais bon, à priori, nos chères têtes blondes devraient tranquillement passer leur brevet, leur
bac, éventuellement même quelque L3 ou Master, et puis boire, fumer, conduire, aimer, trahir, mentir, voler, berner, promettre, permettre, procréer, survivre, pleurer, sourire, servir, voyager,
s’engager…Vivre, enfin.




Simon Zygler, l’ami du héros de « La rafle », lorsqu’il demande cela,
sait déjà, au fond de lui, que c’est bien mal parti pour lui et pour son petit frère, le bouleversant petit « Nono ».




Sur les 4051 enfants du Vel d’Hiv’, aucun, en effet ne reviendra. Et
seulement 25 adultes rentrèrent des Camps d’extermination, sur les 13000 juifs assassinés par les autorités du régime national-socialiste, mais, auparavant, trahis par la
France.




Alors oui, cher collègue, tu as raison, quand tu me dis que non, tu
n’emmèneras sans doute pas nos élèves voir le film de Rose Bosch, prétextant d’une part le manque de crédibilité historique, d’autre part un traitement « lacrymal » de l’histoire – tu
m’expliques que tu préfères aller voir avec eux « Nuit et Brouillard », même si c’est dur pour des collégiens, car c’est, au moins, « du réel ». Tu as raison, il y a des imperfections, comme
cette énormité qui agresse le spectateur dans les dernières minutes du film, lorsque la « Juste », l’infirmière Annette, retrouve le petit « Nono », jute avant que le titrage de fin ne nous
informe qu’aucun enfant n’est revenu du royaume des morts. Mais, franchement, à ce moment là, le spectateur lambda est plus occupé à essuyer son mascara ou à toussoter dans sa barbe qu’à
comptabiliser le nombre de survivants…




Comme toi, tes collègues du lycée, auxquels je posais la même question,
ont fait la moue, m’expliquant que l’on traite cette période dans les tous premiers moments du programme, mais me laissant entendre que, bon, tout cela sentait le
réchauffé.




Etrange, car la critique est unanime sur le sujet du traitement de
l’Histoire ; jusqu’au véritable Jo Weissmann, qui explique même que, puisque «tout est dit » dans ce film, il pourra arrêter de témoigner. J’ai d’ailleurs lu qu’une version courte du film
serait distribuée dans les établissements scolaires. Mince alors, comment ferez-vous, chers collègues, mis au pied du mur ?-des Lamentations…Pardon, elle était
facile…




Prétendrez-vous encore que la Shoah, c’est has been ? Hors programme ?
Dépassé ? Trop imprégné d’actualité politique dérangeante, comme les exactions sionistes de l’état d’Israël à Gaza ?




On va y jouer encore longtemps, entre deux jeux du Foulard et de Petit
Pont Massacreur, entre le voile et les vacances, entre les grèves et les résultats du bac, à cette opposition frontale entre le phosphore blanc de Gaza et le Zyklon B
?




Oh, ce n’est pas nouveau, cette réaction de frilosité mâtinée
d’agacement, même des amis osent me le dire, malgré ce qu’ils savent de ma judéophilie de professeur d’allemand spécialisée dans la poésie de la Shoah ; oui, dans un subtil mélange
d’antisémitisme déguisé en apologie de toutes les intifadas, dans un joyeux mélange de lassitude – « Ne crois-tu pas qu’il faudrait aussi parler du Rwanda ? »- et de critique virulente de la
politique expan-sionniste d’Israël, on me l’assène régulièrement, et cela me fait aussi mal que quatre heures de projection de Lanzamnn ou qu’une visite d’Auschwitz
:




« Y en a marre de la Shoah, et des camps, et du chignon de Simone Weil
»-vérité, on me l’a servi ce matin même sur Facebook !




Mais justement, l’Histoire se répète, elle n’est jamais finie, c’est
l’Eternel Retour de la victime et du bourreau. Lorsque la jeune fille demande à son père, dans le film, pourquoi il ne les as pas protégés, Gad Elmaleh n’a qu’une réponse : « Nous avons fait
confiance à la France. »




Et lorsque la jeune infirmière demande au gendarme en faction devant le
Vel d’Hiv’ pourquoi aucun d’entre eux n’a protesté contre la hiérarchie, il n’a qu’une réponse : « Nous avons des ordres. »




Et justement, mes chers collègues, vous qui êtes les véritables
spécialistes de la question, contrairement à moi qui ne suis qu’une linguiste dotée d’une sensibilité littéraire, vous qui avez passé des CAPES et des agrégations, ne pensez-vous
p




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