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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 09:04



Souccot, Chemini Atseret

Simha Torah

 

Une prière pour un exilé

 

             Dans l’une des hocha’not récitée à l’occasion de la fête de Souccot, le juif demande à D… « de délivrer celle qui a été exilée et qui s’est éloignée, celle qui ressemble à un palmier (gola vesoura, damta letamar) ». Ce texte évoque la nation d’Israël qui a été exilé et qui s’est éloignée du pays d’Israël. Mais pourquoi la comparer avec un tamar, avec un palmier ?

 

             Dans le Talmud (Meguila 14a), les maîtres s’interrogent sur les intentions de la prophétesse Déborah qui rendait la justice, assise sous un palmier. Ils y expliquent que de même que le palmier n’a qu’un seul cœur, de même les juifs de cette génération n’avaient qu’un seul cœur dirigé vers D… . Selon le commentaire du Maharcha, le cœur unique du palmier fait référence au tronc de l’arbre qui part de la terre et qui se termine au sommet. Contrairement aux autres arbres où le tronc se prolonge dans les branches, le palmier n’a pas de branche. Le cœur, c’est donc le tronc.

             Déborah insistait sur l’idée de l’unité du peuple juif car en position de juge, elle avait à faire face à des disputes, des controverses, des conflits. Aussi, devait-elle marteler que ce qui rapproche est plus fort que ce qui sépare.

 

             Israël est étranger aux quatre coins du monde. Errant sur les routes, perdu dans de lointaines contrées, dispersé comme un homme écartelé. Gola vesoura. Si Israël veut survivre, il n’a d’autre choix que de ressembler au palmier (damta letamar), de cultiver un amour du prochain très intense et d’agir pour la cohésion de la nation.

 

             Rabbi Elimélekh de Dinov propose une autre explication de cette prière (Bené Yssasskhar Tichri 12, 14). Selon cet auteur, Tamar ne renvoie pas au palmier mais à Tamar, la belle-fille de Yehouda, fils de Jacob. En effet, après avoir épousée successivement les deux premiers fils de Yehouda et  les avoir tous les deux perdus, Tamar est renvoyée par son beau père chez ses parents. Elle aurait dû épouser le troisième fils de Yehouda conformément à la loi du lévirat, mais le beau père ne voit pas d’un très bon œil cette union. Tamar connait donc l’exil. Elle est envoyée chez ses parents.

             Un jour, raconte le texte biblique, elle apprend que son beau père, entre temps devenu veuf, arrive dans la région où elle habite. Elle se déguise alors en prostituée et parvient à connaître Yehouda. De cette union, naîtra David et plus tard, le Messie. Tamar était une prophétesse. Elle savait que la lignée messianique serait le fruit de son union avec Yehouda ou l’un de ses fils. Malgré les obstacles qui se sont érigés contre elle, Tamar s’est montrée déterminée à accomplir son œuvre et n’est épargnée aucun effort.

 

             En ce sens, la nation d’Israël ressemble à Tamar. Israël est exilé, rejeté, chassé. Pourtant, il s’entête. Il n’a jamais renoncé à l’accomplissement de sa vocation et à revenir sur sa terre pour y bâtir la terre promise.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                La prière pour la pluie    

 

             « L’une des invocations les plus ardentes contenues dans le rituel de cette fête [Chemini ‘Atséret] apparaissait pour le moins intempestive : c’est la très ancienne prière pour l’eau. On y supplie le Maître du ciel et de la terre de nous envoyer la pluie en suffisance… Or, le chtettl en était précisément inondé ! Souvent, l’averse tombait si fort que les fidèles devaient se priver de prendre les repas dans la cabane si amoureusement décorée de verdure et de fruits. Les ruelles devenaient impraticables. Hommes, femmes et enfants pataugeaient dans la boue. Le long des maisons, on avait jeté tant bien que mal des planches qui servaient piteusement de trottoirs. Et transis…, les fidèles arrivaient à la maison de prières, vite ils se joignaient à la foule qui réclamaient à cor et à cri : « De l’eau, Eternel ! De grâce, donne-nous de l’eau ».

             Absurde, n’est-il pas vrai ?

             Pas tout à fait, pourtant. La vertu suprême des juifs, c’est de savoir braver le ridicule. Ils l’ont manifestée, cette vertu, au cours de nombreux siècles, en dépit des moqueries, des injures et même des mises à mort .

 

             Braver le ridicule revient donc à ne pas prendre en considération l’opinion des uns et des autres. Le juif est fidèle à son mode de vie originel quoiqu’en dise ou pense l’environnement. C’est de cette manière que le judaïsme a survécu durant les deux millénaires d’exil.

 

             Dans cette perspective, le Rabbi de Kotzk déclara que la plus grande erreur des explorateurs partis visités le pays d’Israël réside dans une phrase qu’ils prononcèrent en dressant le bilan de leur expédition, phrase évoquant les habitants de Canaan : « Nous étions à nos yeux comme des sauterelles et ainsi nous étions à leurs yeux ».

 

             De même, dans Genèse 11, 29, Sarah porte le nom de Yska. « Ainsi nommé parce qu’elle voyait dans l’esprit divin (saka veut dire voir). Ou encore parce que tous regardaient sa beauté pour l’admirer » (Rachi). Pour justifier ces deux explications, un maître enseignait que bien que tous regardaient Sarah et sa beauté, que tous l’admiraient et la contemplaient, Sarah n’avait d’yeux que pour l’Esprit sacré. C’est selon cet esprit qu’elle agissait et non en fonction de ceux qui la regardaient. D’ailleurs, à ceux-là, elle ne prêtait pas attention  (ibidem). En ce sens, elle était Sarah, c'est-à-dire une princesse, déterminée dans son mode de vie sans considérer ce que l’opinion penserait d’elle.

 

          Telle est la force d’Israël : regarder droit devant, vers l’objectif et ne pas écouter les voix provenant de droite ou de gauche nous invitant à choisir une autre direction.

 

Rabbin Jacky Milewski

 

 

csicsic@aol.com

 

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