Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 10:21


La faute du vœu

 

Cette semaine nous lirons deux parachioth ou sidroth Matot et Massê qui clôtureront le livre des Nombres, le livre de Bamidbar, "dans le désert". Ce livre a présenté quelques aspects de la vie de nos ancêtres, la génération sortie d'Egypte, et celle qui allait entrer en terre de Canaan, terre promise aux promesses.

Ce voyage de quarante ans ne se sera pas fait sans heurts, sans difficultés. Les ennemis se trouvaient autant à l'extérieur (Balak, Bilâm, Sihon, Og, etc...) qu'à l'intérieur (les explorateurs, Korah, etc...).

 

Une génération ambiguë :

 

Cette génération du désert est vue sous un double regard par la tradition d'Israël. Parfois, elle est présentée comme une génération exceptionnelle, surnommée « génération de la connaissance» (dor déâ) qui mérita d'écouter l'Eternel au mont Sinaï, et de bénéficier de Ses bienfaits nombreux (nuée, manne, puits de Myriam, etc...). Et lorsque Bilâm voulut maudire Israël, il reçut cette réponse, sans équivoque, du Ciel : « Tu ne maudiras pas ce peuple, car il  est béni. »

 

Quelques siècles plus tard, le prophète Jérémie (II, 2) comparera cette génération à la fiancée de l'Eternel, comme il est dit : Va, crie à Jérusalem : Ainsi parle l’Éternel : Je me souviens de ta fidélité de jeune fille, de ton amour de jeune mariée, quand tu me suivais au désert, sur une terre où rien ne pousse. »

 

Parfois, cependant, cette génération est perçue dans son aspect négatif, rebelle et insoumise, qui commit la faute du veau d'or. Ceci est d'ailleurs rappelé dès l'entrée du Shabbath dans le premier psaume du vendredi (Ps XCII, 10 et 11), lorsque le psalmiste s'écrie au nom de Dieu : « Pendant quarante ans, j'ai eu cette génération en dégoût et J’ai dis : C'est un peuple au cœur égaré; ils ne connaissent pas mes voies. Aussi J'ai juré dans Ma colère qu’ils n'entreront dans mon repos !.. »

 

Cette ambiguïté apparaît de façon manifeste, tout particulièrement, dans le Coran, mais aussi dans la mentalité universelle : les uns vouant aux gémonies le peuple juif, d'autres exprimant une grande considération.

 

Ce rapport ambigu laisse entendre que le peuple d'Israël demeure un peuple qui doit choisir son destin : assumer ou non sa vocation de « royauté de prêtres » (Exode XIX, 6). C'est dans l'engagement permanent, dans le cheminement halakhique (halakha = chemin religieux) que l'être juif assume son identité d'Israël, qui ne s'identifie pas à une définition nationale, mais au titre redoutable et honorable celui de « serviteur de Dieu » (Isaïe XLI, 8).

 

 

La faute du vœu :

 

Le début de la paracha Matot traite d'une loi particulière, celle du vœu, le néder. La Torah envisage le cas d'une personne qui prononcerait un engagement religieux (devant l'Eternel) à faire ou ne pas faire telle ou telle chose. La valeur de cet engagement religieux s'exprime par la formule : « Tout ce qui sortira de sa bouche, il fera. » (Nb XXX, 3) La Bible prend la parole humaine au sérieux, parce qu'elle considère l'homme comme conscient de ce qu'il dit. Si de plus cette personne prend l'Eternel à témoin de son engagement, alors il se trouvera lié à cette parole jusqu'à son accomplissement.

 

« Manger de tous les fruits du jardin : le premier commandement de Dieu »

 

Les lois du vœu sont si nombreuses et complexes qu'un traité talmudique lui est consacré : le traité Nédarim (Vœux). Cette semaine, nous nous arrêterons sur ce curieux enseignement mentionné par Rabbi : « Rav Dimi enseigne : Quiconque s'engage par un vœu est appelé fauteur, même s'il accomplit son vœu. » (TB Nédarim 77 b). Dans un autre passage il est dit « méchant » (idem 22 a). Voilà des termes extrêmement forts, pour une conduite somme toute fréquente dans les traditions religieuses. Le vœu ne traduit-il pas une conduite piétiste ? Combien de maîtres, voire des écoles entières dans le judaïsme, ont prôné cette conduite en exemple (par exemple, les hassidim rhénans au XIIème siècle) ?

 

En fait, nous touchons là l'esprit biblique qui, au final, se méfie de toutes tendances religieuses excessives. Comme dans le cas du nazir, comme dans l'épisode des fils de Aaron, la Torah nous met en garde contre des choix personnels qui restent toujours suspects.  « Ce que la Torah t'a interdit ne suffit-il pas que tu t'interdises ce qui est licite ? » s'exclame le Talmud de Jérusalem (Nédarim IX, 1).

 

A priori, le système des 613 mitsvoth devrait offrir le cadre nécessaire et suffisant pour servir l'Eternel avec amour, sans rien ajouter ou retrancher. Pour autant, a posteriori, la Torah reconnaît que l'homme est un être de désir, désir d'en faire plus, désir d'en faire moins. Elle offre alors un cadre supplémentaire qui réglemente la conduite pour éviter le basculement dans un excès, ici le cas du vœu.

 

Le vœu serait une propédeutique qui permettrait de maîtriser son désir par une volonté accrue. Mais au fond, si l’individu accomplit son vœu, cela signifie qu’il possédait en lui cette volonté. La faute, selon Rav Dimi, se situerait peut-être là, dans le doute qu’un homme exprime devant sa propre volonté d’accomplir la volonté divine, alors qu’il a été créé pour ce service même.

 

Ph HADDAD

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Claude SICSIC
  • Le blog de Claude SICSIC
  • : La vie d'une communauté
  • Contact

Profil

  • Claude SICSIC
  • Responsable communautaire, j'ai souhaité créer, avec ce blog, le lien humain et amical qui nous fait tant défaut dans ce monde égoïste
  • Responsable communautaire, j'ai souhaité créer, avec ce blog, le lien humain et amical qui nous fait tant défaut dans ce monde égoïste

Recherche

Archives