Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 17:59

 

Un feu pour l’Eternel.

 

Une paix cassée :

 

La paracha de la semaine dernière s’achève par un meurtre : celui de Pinhas exécutant Zimri, l’un des chefs d’Israël, coupable d’idolâtrie avec la prêtresse Kozbi. Celle de cette semaine s’achève par la longue présentation des sacrifices qui devaient être offerts au Temple, quotidiennement, le Shabbath et les fêtes.  Certes, la Torah ne condamne pas (vraiment) Pinhas ; une « alliance de paix », Bérith Shalom, est même conclue avec lui, par Dieu. Mais dans le texte de la Torah, le mot Shalom possède un waw cassé. C’est la règle de la Massorah, de la tradition orale. Alors qu’en général, la moindre faille dans l’écriture rend le sefer Torah impropre à l’usage public (passoul), ici la loi juive exige cette faille d’écriture. En quelque sorte, le texte doit porter la trace du meurtre. Car une paix fondée sur le meurtre, sur la guerre, n’a pas la même valeur qu’une paix signée par la paix. Le traité de paix après la Shoah n’aura jamais le même goût que celui qui aurait été signé auparavant, sans ces millions d’être humains morts à cause de la folie d’un homme et de ses acolytes.

 

Dans le même ordre d’idée, la halakha interdit à un Cohen meurtrier, même par inadvertance, de bénir l’assemblée, de lever les mains pour cette bénédiction pontificale qui se termine par le mot Shalom.

 

De la mort à la vie :

 

Ce qui nous paraît important ici c’est la manière dont la paracha a été construite, et le fait qu’elle s’achève par le sacrifice animal. Bien entendu, il existe une intention dans l’écriture et dans l’agencement. Cette logique d'écriture peut nous faire penser à un  transfert, le transfert originel : le non-sacrifice d’Isaac par Abraham. Le bélier recevra le coup décisif, à la place du fils. Le thème du bouc émissaire qui joue un rôle majeur dans la conscience humaine (et le peuple juif ne le sait que trop) est structurant de la loi juive. Pensons au bouc émissaire de Kippour, et aussi à la génisse à la nuque brisée. Mais, comme nous aimons à la répéter, pour le judaïsme : le bouc émissaire est un bouc. Or la fin de la paracha traite des sacrifices d’animaux, celui du Shabbath et celui des fêtes, et celui quotidien, du matin et du soir. Sur ce dernier point, l’opinion du Maharal de Prague est éloquente : les deux agneaux quotidiens symbolisent Abraham et Isaac, comme si ce double sacrifice de l’agneau  rappelait que l’homme ne devait pas être sacrifié. La paracha Pinhas présenterait le mouvement de la logique biblique : la fin du sacrifice humain pour le sacrifice animal, séparation de la mort et choix de la vie, évolution de la guerre à la paix.

 

Les sacrifices des fêtes :

 

Le culte du Temple était essentiellement un culte sacrificiel. L’ensemble des ces rites, choix des animaux, mode d’abattage, type de sacrifices, etc., tout ceci fut mentionné dans la Torah (notamment le Lévitique, et notre paracha) et développé par tradition orale, depuis l’inauguration du tabernacle du désert (et sans doute, depuis la sortie d’Egypte, avec l’agneau pascal).

En lisant les chapitres 29 et 30, nous apprenons que lors du Rosh Hodesh (Nouveau Mois) et des fêtes de pèlerinage (Pessah, Shavouoth, Souccoth et Shémini Atséreth), ce culte se composait des holocaustes (ola), accompagnés d’offrandes de gâteaux de farine et d’huile, des sacrifices expiatoires (hatat) et des libations.

 

Ceci posé nous pouvons mieux comprendre l’enseignement de Maïmonide dans son Guide (III, 46).

Maïmonide sur le sacrifice du Nouveau Mois :

 « Je vais appeler ici ton attention sur une chose très remarquable, même si le sujet semble étranger à ce chapitre, à savoir que seulement à propos du bouc du Roch Hodesh il est écrit  ‘’expiatoire pour l'Eternel’’ (Hatat LaShem).Or, cette formulation ne se trouve utilisée ni pour les boucs (expiatoires) offerts aux fêtes, ni pour les autres sacrifices expiatoires. L'explication est selon moi évidente : Tous les sacrifices supplémentaires (moussaf), offerts par la communauté, en des temps particuliers, étaient tous des holocaustes (ola), auxquels on ajoutait, durant ces jours, un bouc expiatoire (hatat) qui, lui, était mangé. Les holocaustes étant totalement brûlés par le feu (de l’autel), le verset utilise « feu pour l’Eternel. »

Commentons.

Une analyse minutieuse des chapitres29 et 30 nous montre que chaque fois qu’il est écrit « pour l’Eternel », il s’agit d’holocaustes - sacrifices totalement brûlés sur l’autel - d’où les expressions « feu d’odeur apaisante pour l’Eternel », « feu pour l’Eternel », « holocauste, en odeur apaisante pour l’Eternel » ou « holocauste pour l’Eternel ». En d’autres termes, pour tout holocauste, il est mentionné « pour l’Eternel ». Maïmonide justifie cette écriture par le fait qu’ils sont totalement brûlés (l’homme n’en tire aucun profit). Par contre pour les sacrifices expiatoires, l’expression « pour l’Eternel » n’apparaît pas. Pourquoi ? Car le sacrifice hatat était mangé par les hommes

 

Il existe cependant une exception : Le sacrifice de la néoménie, pour lequel il est dit « expiatoire pour l’Eternel ». Maïmonide insiste bien : pourquoi de ce sacrifice, qui était consommé, il est dit « pour l’Eternel » ? Voici sa réponse :

 

« Du fait que l’on pouvait considérer que les boucs du Rosh Hodesh était offert pour la lune[1]… il est dit expressément ‘’Pour l’Eternel » »… et ceci afin de détruire les erreurs enracinées dans le cœur gravement perturbé (des Israélites sortis d’Egypte). Et pénètre-toi bien de cette idée remarquable.»

 

Servir Dieu par la vie  :

 

Nous pouvons actualiser cet enseignement suite aux différents attentats qui ensanglantent l’Etat d’Israël et depuis 2000, des pays occidentaux, et même des pays musulmans. Notre paracha constitue une réponse : le meurtre d’un homme, même au nom d’une valeur religieuse, entache à jamais le parchemin de la parole divine. La tendance sanguinaire doit être canalisée sur l’animal. De quelle nature peut-être faite une foi qui dénigre la vie, celle des autres et la sienne propre ? Quel malheur que ces dirigeants fous, qui envoient leurs propres enfants et disciples à la mort, n’aient pas compris la valeur de l’éthique monothéiste qui aurait permis, par une collaboration fraternelle, d’apporter aux hommes, la nourriture spirituelle dont ils ont besoin pour vivre (et non pour mourir) !

 

Philippe HADDAD

FIN DE SHABBAT à NÎMES : 22 h 19

 

 


Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Claude SICSIC
  • Le blog de Claude SICSIC
  • : La vie d'une communauté
  • Contact

Profil

  • Claude SICSIC
  • Responsable communautaire, j'ai souhaité créer, avec ce blog, le lien humain et amical qui nous fait tant défaut dans ce monde égoïste
  • Responsable communautaire, j'ai souhaité créer, avec ce blog, le lien humain et amical qui nous fait tant défaut dans ce monde égoïste

Recherche

Archives