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2 avril 2009 4 02 /04 /avril /2009 19:04

Durban : symbole de la haine

PAR PHILIPPE HADDAD

 

En septembre 2001, je me trouvais à Durban en Afrique du Sud, invité par le Centre Simon Wisenthal pour témoigner des actes antisémites qui frappaient les lieux de culte de France. En effet, le 12 septembre 2000, notre synagogue des Ulis fut l'objet d'une agression aux cocktails Molotov. Me trouvant à l'intérieur du bâtiment lors de cette attaque, je pus m'enfuir par létage supérieur et prévenir les agents du commissariat de police situé non loin de là. Il était évident que les agresseurs avaient pris prétexte de l'Intifada qui faisait rage à l'époque et dont le point d'orgue médiatique fut la soi-disant mort du jeune Mohamed al Doura

Au mois de juillet 2001, je fus contacté par le docteur Samuels, directeur du Centre Simon Wisenthal qui me demandait de venir témoigner à Durban, en tant que victime de l'antisémitisme. Il espérait (sans trop d'espoir) que ma voix serait entendue au milieu d'un tumulte qu'il pressentait hostile à Israël. J'acceptais. Notre délégation était formée de responsables du Centre Simon Wisenthal, de représentants du Ministère israélien des affaires étrangères, ainsi que de Mme Ruth Gillis et du rabbin Seth Mandel. Mme Gillis était la veuve du professeur Shmouel Gillis, de mémoire bénie, cancérologue de renom à l'hôpital Hadassa de Jérusalem, qui avait été assassiné le 1er février 2001 par un terroriste. Quant au rabbin d'origine américaine, Seth Mandel, il avait perdu son fils Koby, de mémoire bénie, assassiné et mutilé, lors de son ultime ballade de lag baomer, le 11 avril 2001.

J'ai gardé quelques souvenirs de la ville de Durban : des grands hôtels modernes, de larges rues chauffées par un soleil encore ardent, un bord de plage au sable fin et surtout ces grands panneaux publicitaires, sponsorisés par l'ONU, où l'on pouvait lire cette belle formule, que les rabbins du Talmud auraient authentifiée : " une seule race, la race humaine ". Malheureusement, nous découvrîmes très vite qu'il existait aussi deux poids deux mesures entre les hommes. Et ce qui devait constituer une grande farandole fraternelle entre des hommes et des femmes de différentes ethnies, cultures ou langues allait être un grand réquisitoire contre un seul Etat (responsable évidemment de tous les maux de la terre) : l'Etat d'Israël.

Dans l'immense esplanade d'accueil du parc des expositions, dans les auditoriums, dans les couloirs, dans les cafétérias, les discours tournaient tous autour de ce sujet. D'ailleurs, le Shabbat précédant notre venue, un groupe d'intégristes musulmans avait manifesté devant le centre communautaire juif en lançant des slogans haineux "Mort aux juifs" ou "Hitler n'a pas terminé le travail". Curieuse attitude qui, d'un côté, affirme que les chambres à gaz n'ont jamais existé et de l'autre celle qui regrette que les nazis n'aient pas achevé leur oeuvre exterminatrice ; mais il est vrai que la haine n'a pas besoin d'une autre logique que la sienne propre. Ici l'hostilité envers l'Etat d'Israël rejoignait la haine antisémite.

Je me souviens aussi de ces trois Nétouré Karta qui portaient sur leur caftan noir un badge. En s'approchant d'eux on pouvait distinguer cette équation : sionisme = racisme.

Un autre élément m'a surpris : dans le spot publicitaire présentant la réunion de Durban et qui tournait en boucle dans les centaines d'écran installés dans tout le parc, des mots apparaissent et disparaissent en fondu enchaîné : xénophobie, racisme, apartheid, ségrégation, torture, homophobie ; un mot n'apparaissait jamais "antisémitisme". (Peut-on l'auteur de ce spot n'était-il pas sûr de l'exacte orthographe du mot ?)

Au fur et à mesure que nous déambulions dans l'immense bâtiment, il devenait clair qu'une seule idée traversait de façon obsessionnelle le discours : Israël était coupable, coupable d'exister, coupable de se défendre ; un bouc émissaire tout choisi.

Les problèmes du racisme, du fanatisme religieux, des injustices sociales dans le monde, des violences envers les femmes, les questions d'éducation des nouvelles générations aux valeurs démocratiques, tous ces thèmes qui auraient dû constituer le cœur des débats étaient totalement occultés. Certes, nous les victimes de l'antisémitisme nous avons été interviewés, filmés, photographiés, mais je pense que les pellicules vieillissent toujours au fond d'un tiroir. Nous sommes restés trois jours à Durban. Le troisième jour les Etats-Unis et Israël annonçaient officiellement leur départ. A leurs yeux, l'ONU était devenue l'otage des ennemis d'Israël, le projet "one race, human race" n'avait été qu'un prétexte de plus pour répandre le venin de la haine.

Il n'y a pas d'illusion à se faire : Durban II ne sera pas différent de Durban I : il y aura beaucoup de monde, beaucoup de jeunes, beaucoup de journalistes, beaucoup de T-shirt prônant l'unité du genre humain, beaucoup de sandwichs, mais il y aura surtout beaucoup de haine, beaucoup de slogans hostiles à Israël et au peuple juif. Ce sera la même chanson et les " démocrates " qui s'y rendront pourront danser sur des airs de dictature nauséabonde.

Mensuel INFORMATION JUIVE Avril 2009

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